Le vaccin d’AstraZeneca dans la tourmente

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Après l’Italie et la France quelques heures plus tôt, la France suspend à son tour l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca à titre préventif.

Les soupçons et les polémiques autour du vaccin du laboratoire britannique n’en finissent plus. Entre supposés manques de rigueur dans les essais cliniques et constats d’effets secondaires troublants, la liste des griefs s’accumule. Si les autorités sanitaires n’établissent à cette heure aucun lien entre le vaccin d’AstraZeneca et l’apparition de caillots sanguins, l’inquiétude est bien là. Et les pays européens suspendent le vaccin tour à tour.

Les jours se suivent et se ressemblent pour le vaccin d’AstraZeneca. Depuis qu’il est autorisé, il pose question, entre rumeurs pas toujours fondées et soupçons grandissants. Ces derniers jours, il ne se passe pas 24 heures sans qu’un pays de plus suspende tout ou partie du vaccin d’AstraZeneca en circulation sur son territoire. Le 8 mars, l’Autriche a lancé le mouvement, en suspendant un lot de vaccins après la mort suspecte d’une infirmière vaccinée. Depuis, le Danemark, la Norvège et l’Islande sont allés plus loin en suspendant tous les lots du vaccin britannique. Idem pour les Pays-Bas, l’Italie et l’Allemagne, qui ont constaté des effets secondaires inattendus, potentiellement liés au vaccin, notamment l’apparition de caillots sanguins. Ce lundi 15 mars, c’est au tour d’Emmanuel Macron de suivre l’exemple de ses homologues et d’annoncer la suspension de l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca à titre préventif, en attendant un avis européen. Et la méfiance n’est pas seulement européenne : la République démocratique du Congo, l’Indonésie et la Thaïlande ont également reporté leur campagne de vaccination.

Suspicion permanente
Dans la tempête, l’Agence européenne du médicament (AEM), qui a approuvé le vaccin d’AstraZeneca au même titre que ceux de Moderna, Pfizer-BioNTech et J&J, continue à soutenir la laboratoire anglo-suédois et d’assurer que son autorisation à été soumise à des contrôles stricts. Qu’importe, le vaccin mis au point par l’université d’Oxford et le laboratoire AstraZeneca fait office de mal aimé et reste marqué du sceau de la suspicion depuis son autorisation en Europe. Reste qu’à cette heure, il n’y a aucun lien avéré entre le vaccin d’AstraZeneca et les problèmes sanguins parfois mortels développé par des personnes vaccinées. Qu’il s’agisse de difficultés à coaguler ou de la formation de caillots sanguins (thrombose), rien n’est prouvé. Les suspensions sont décidées à titre préventif, le temps de s’assurer si, oui ou non, le lien existe. En Europe, on dénombre jusqu’à présent 30 cas d’événements thromboemboliques (formation d’un caillot, ou thrombus, dans la circulation sanguine) identifiés sur 5 millions de personnes vaccinés par le produit d’AstraZeneca. Soit une incidence qui n’est pas supérieure à celle mesurée dans la population générale non vaccinée. De quoi faire dire à l’ANSM (Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé) que « le rapport bénéfice/risque du vaccin reste positif, aucun élément n’indiquant pour l’instant que la vaccination ait provoqué ces troubles ».

AstraZeneca défend la sûreté de son vaccin
Si la France a donc suspendu l’utilisation du vaccin jusqu’à nouvel ordre et dans l’attente de l’arbitrage européen, un seul cas de thrombose a été détecté dans l’hexagone, dans le cadre du comité de suivi du 11 mars. Depuis le début de l’exploitation du vaccin britannique, les 3 013 cas d’effets indésirables analysés sont pour la grande majorité des syndromes pseudo-grippaux. En dépit du manque d’éléments à charge, le vaccin d’AstraZeneca traîne une mauvaise réputation dans l’opinion publique, entre annonce de scores d’efficacité obtenus en partie sur la base d’une erreur de dosage, absence de données sur les plus âgés et retard lancinants de livraisons. Selon un sondage YouGov de début mars, seuls 33 % des Français·es faisaient confiance au vaccin britannique.
En réponse, les principaux intéressés défendent leur produit, à l’instar d’Andrew Pollard, directeur de l’Oxford Vaccine Group qui a codéveloppé le vaccin, et qui met en avant qu’il y a « des preuves très rassurantes qu’il n’y a pas d’augmentation du phénomène de caillots sanguins ici au Royaume-Uni où la plupart des doses en Europe ont été administrées jusqu’à présent ». Dans un communiqué publié dimanche, AstraZeneca a mis en lumière qu’« environ 17 millions de personnes dans l’Union européenne et au Royaume-Uni ont maintenant reçu le vaccin, et le nombre de cas de caillots sanguins signalés dans ce groupe est inférieur aux centaines de cas auxquels on pourrait s’attendre dans la population générale ». L’examen de ces données « n’a apporté aucune preuve d’un risque accru d’embolie pulmonaire, thrombose veineuse profonde ou de thrombocytopénie ». L’avis de l’Agence européenne du médicament sur le recours au vaccin d’AstraZeneca, qui doit être rendu ce mardi 16 mars, sera scruté de près.

ABA

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