Vaccin Johnson & Johnson : des promesses et des doutes

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L’Agence européenne du médicament (AEM) vient d’approuver le vaccin Janssen de J&J dans l’Union européenne.

Dans la famille des vaccins anti-Sars-Cov-2 autorisés en Europe, je demande le petit nouveau. Après ceux de Pfizer-BioNTech, Moderna et AstraZeneca, la France et ses voisins s’apprêtent à exploiter le vaccin Janssen, du groupe américain Johnson & Johnson. Un ajout qui tombe à point nommé. Reste que si le vaccin présente de sérieux arguments, des retards de livraison sont déjà prévus.

Une nouvelle étape de la campagne vaccinale est franchie en Europe avec l’autorisation jeudi 11 mars par l’AEM du quatrième vaccin anti-covid dans l’UE. Le vaccin développé par le groupe américain Johnson & Johnson (J&J) sera commercialisé en France par Janssen, la filiale pharmaceutique belge de J&J. Depuis le 1er décembre, ce vaccin déjà autorisé aux États-Unis depuis la mi-février était en cours d’évaluation par l’AEM, laquelle a donc donné son feu vert officiel pour son lancement sur le Vieux continent. En janvier déjà, J&J assurait que ses essais cliniques démontraient une efficacité à 85 % de son vaccin contre les formes sévères de covid, et à 67 % pour prévenir les formes modérées de la maladie. Si ces résultats paraissent très éloignés de l’efficacité du vaccin Pfizer (95 %), les expert·es rappellent que les variants du virus, qui n’étaient pas répandus à l’époque des tests de Pfizer et Moderna, pèsent aujourd’hui dans la balance. Partout dans le monde, les commandes de doses du vaccin de J&J s’accumulent : aux États-Unis, le président Joe Biden doit prochainement annoncer un projet de commande de 100 millions de doses supplémentaires. Au Canada, il est autorisé depuis début mars. L’Europe, via la Commission européenne, a, elle, commandé quelque 200 millions de doses, avec une option pour 200 millions supplémentaires, dont la moitié doit être livrée d’ici à juin. En France, les premières livraisons devraient intervenir « courant avril », selon le ministère de l’Économie.

Avantages logistiques
Au-delà des questions sur son efficacité, le nouveau venu de la campagne vaccinale se distingue surtout par ses avantages logistiques vis-à-vis de ses concurrents made by Pfizer, Moderna et AstraZeneca. Tout d’abord, et c’est sans doute le plus important, il ne demande qu’une seule et unique injection, et non deux espacées de plusieurs semaines. De plus, sa conservation n’exige que des températures de réfrigération standards (entre 2 et 8 °C), et peut aller jusqu’à trois mois. Surtout, il n’a pas besoin de reconstitution et est prêt à l’emploi. De quoi grandement faciliter son stockage, ses livraisons et son administration.

Le vaccin Janssen et dit classique, à vecteur viral (adénovirus), qui peut donc être produit en grande quantité. « Cette année, nous fabriquons 1 milliard de vaccins, ce qui veut dire qu’un milliard de vies peuvent être protégées », annonce Paul Stoffels, le directeur scientifique du laboratoire américain. Pour fabriquer ce vaccin à vecteur viral, les scientifiques ont utilisé un adénovirus [ndlr : un virus qui n’a pas d’enveloppe mais un génome à ADN protégé par une capsule qui va s’attacher aux cellules avant de les infecter], responsable de rhumes hivernaux, dont ils·elles ont modifié l’ADN pour qu’une fois injecté le virus provoque la fabrication de la protéine Spike, propre au Sars-Cov-2. Laquelle amène le système immunitaire à apprendre à réagir et à se défendre en produisant une réponse immunitaire contre la covid. Après l’injection unique, la protection est a priori effective deux semaines plus tard et se renforce au cours du temps.

De quoi changer la donne ?
Le lancement du vaccin Janssen sur le marché européen embarque autant d’espoirs que d’interrogations. S’il va être produit sur place en France – par Sanofi à Marcy-l’Étoile (69) – ainsi qu’en Espagne et en Italie, des difficultés s’annoncent déjà en termes de puissances de production et de respect des délais de livraisons. Avant même l’annonce de l’autorisation par l’AEM, J&J prévenait Bruxelles que le respect de son engagement contractuel de livraison de 55 millions de doses au deuxième trimestre 2021, dont 8 millions pour la France, serait difficilement tenable.
Reste que l’arrivée de ce nouveau vaccin peu coûteux à dose unique sonne comme une très bonne nouvelle pour les pays émergents du reste du monde. En cas de production suffisante au sein et à destination desdits pays émergents, nous pourrions assister à la première véritable mondialisation de la vaccination. Rappelons que jusqu’à présent, près de 130 pays n’ont pas encore accès à un vaccin. En somme, le J&J va, très certainement, donner un nouveau coup de boost à la vaccination à l’échelle mondiale, mais la rareté des unités de production pourraient rapidement s’accumuler, face à la demande mondiale. Une chose est sûre, malgré les quelques bémols, l’autorisation de cette nouvelle arme contre la covid n’est pas du luxe pour une France qui se donne pour objectif d’atteindre les 30 millions de Français·es vaccinés d’ici à l’été.

Adam Belghiti Alaoui

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