Épargne accumulée, Bercy prépare son plan

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L’exécutif souhaite inciter les Français·es à débloquer et dépenser les fonds accumulés depuis un an en raison de la crise.

On le sait, par temps de crise, prudence est mère de sureté. Depuis un an, les Français·es accumulent de l’épargne, beaucoup d’épargne. Entre diminution et interdiction des sorties, des loisirs, des voyages, la consommation a chuté drastiquement, et les fonds « mis de côté » ont bondi. Bercy veut aujourd’hui encourager les Français·es à dépenser cette épargne, et participer à la relance. Pour cela, un dispositif se dessine.  

Le surcroît d’épargne accumulé ces derniers mois tend à devenir un vrai débat politique central et un enjeu non négligeable pour la santé économique du pays à court terme. Et pour cause, le taux d’épargne financière est passé de 4,6 % du revenu disponible en 2019 à 12,1 % l’an passé. On estime que les Français·es ont mis de côté 111 milliards d’euros de plus en 2020 qu’en 2019 ! Autant dire que la dynamique est significative et qu’elle pèse dans la balance. Cette chute de la consommation est l’une des grandes conséquences de la crise économique. Pour beaucoup d’économistes, mais aussi pour l’exécutif, la rapidité avec laquelle cette « cagnotte » accumulée sera dépensée et reversée dans l’économie réelle déterminera en grande partie l’allure de la reprise économique qui reste en outre tributaire de l’évolution de la pandémie et de la campagne de vaccination. Le constat est posé, reste la stratégie à établir. Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, devrait présenter dans les semaines à venir « un dispositif pour assurer que l’épargne des Français va bien à la relance de l’activité économique et aux entreprises françaises ». Parmi les pistes attendues, les incitations aux transferts et aux dons entre générations tiennent le haut du panier.

L’option de la transmission
« Nous serons jugés à la fin de l’année sur le retour de la croissance, qui doit être la plus forte possible. Il est donc normal d’anticiper, raison pour laquelle nous réfléchissons à des dispositifs pour permettre aux Français de débloquer leurs fonds et alimenter la reprise », justifie-t-on a Bercy. Voilà plusieurs mois que le ministère de l’Économie scrute de très près l’épargne qui s’accumule et planche sur son orientation. D’autant plus que le pactole grandit à vue d’œil : la Banque de France anticipe un total de 200 milliards d’euros d’ici à la fin 2020 ! Colossal.
Pour faire sortir cet argent de sous les matelas, sans attendre le retour de la confiance et de la consommation à la sortie de la pandémie, Éric Woerth (LR), le président de la Commission des Finances de l’Assemblée nationale propose de « mettre en place un Livret C, un instrument financier très simple garanti par l’État dont les fonds iraient vers les TPE et les PME ». Une idée qui ne séduit pas le gouvernement, au motif qu’elle n’est pas adaptée aux règles prudentielles (ndlr : les dispositifs légaux et éthiques qui protègent les épargnant·es contre les risques excessifs lors de leurs placements et investissements). Bercy préfère travailler sur la facilitation des prêts ou dons entre générations. Les transmissions en ligne directe, très facilitées par Nicolas Sarkozy à son arrivée au pouvoir en 2007, ont vu leurs règles durcies il y a dix ans. Aujourd’hui, elles sont plafonnées à 100 000 euros et sont fiscalisées au-delà. L’hypothèse étudiée par l’exécutif impliquerait donc de relever ce plafond et d’assouplir les règles en matière de transmission, pour que l’argent circule plus facilement entre générations.

Le refus de la taxation
« Pouvoir donner plus sur une période courte permettrait de faire circuler l’argent à un moment où l’économie en aura besoin », estime Éric Woerth. Reste que la piste privilégiée par Bercy, ni plus ni moins qu’un geste sur les donations, pourrait être interprété politiquement comme un coup de pouce direct aux ménages les plus aisés, très majoritairement concernés par la mesure. D’autant plus que plus de 70 % de l’épargne accumulée ces derniers mois proviendraient des 20 % des ménages aux revenus les plus hauts, selon une étude du Conseil d’analyse économique (CAE). À gauche, fort de cet état de fait, c’est au contraire la solution de la taxation de l’épargne qui revient le plus souvent, plutôt que la levée des restrictions de transmissions sous forme d’un cadeau aux plus riches. Là aussi, le risque est grand : les classes moyennes, qui ont beaucoup épargné, pourrait l’interpréter comme une première hausse d’impôts, et se diriger vers une nouvelle épargne de précaution. Devant cette hypothèse, le gouvernement est clair : c’est non. Bruno Le Maire ne veut pas entendre parler de hausse d’impôts. Si rien n’est encore sûr, le chemin que prendra le dispositif présenté dans les prochains semaines se dessine de plus en plus clairement. La piste « prêts ou dons entre générations » devrait être la bonne. Sans grande surprise. Et l’exécutif ne sort pas cette solution de son chapeau. En 2019, Gérald Darmanin, encore ministre des Comptes publics, avait déjà mis en avant la mesure.

Adam Belghiti Alaoui

 

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