Le haut-commissariat au Plan prône un « Plan Marshall » pour la relance

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L’organisation présidée par François Bayrou a présenté son rapport sur la dette au Conseil économique, social et environnemental (Cese).

Le 3 septembre 2020, le président du MoDem François Bayrou était nommé à la tête d’une instance qui faisait son retour dans le paysage politique français : le haut-commissariat au Plan. En vertu de son rôle de planification, le haut-commissariat a planché sur la crise et son après. Et propose aujourd’hui une relance massive de l’économie par un cantonnement et un étalement de la dette covid.

« Nous avons besoin de retrouver un sens du long terme et d’une instance qui réfléchit à plus long terme et avec moins de contraintes, en connaissant le pays », lançait le Président de la République au moment du retour du haut-commissariat au Plan abandonné en 2005 et de la nomination de son ancien, bien que très éphémère, garde des sceaux François Bayrou à sa tête. Pour sa « contribution au débat » sur la dette, l’institution a remis son rapport et exposé sa stratégie devant le Cese. L’objectif annoncé de ce rapport étant de réfléchir à une nouvelle stratégie de finances publiques pour la France, dont l’endettement est passé à plus de 120 % de son PIB.
Le haut-commissaire Bayrou propose une relance massive de l’économie française inspirée de ce que prépare le nouveau président états-unien Joe Biden. D’où la qualification de « Plan Marshall » à la française. Une relance qui passera par le cantonnement de la dette covid, dont le remboursement devra être différé d’au moins dix ans. « Je n’utilise pas le terme de relance. Mais il faut que l’État prenne la tête d’une croisade de reconquête collective pour notre économie et notre industrie », affirme François Bayrou.

Pas d’annulation à l’horizon
Le haut-commissariat est donc favorable au report de la dette covid (on parle ici des emprunts publics contractés depuis mars 2020 pour financer les mesures d’urgence). L’élu béarnais estime que cette « dette de guerre » pourrait atteindre les 200 milliards d’euros d’ici à fin 2021. L’année 2020 a déjà coûté 86 milliards d’euros au budget de l’État. En revanche, l’hypothèse d’une annulation de la dette est rejetée par le rapport, qui estime qu’une telle mesure endommagerait la capacité d’emprunt de la France. « Il n’y a pas de générations avant nous qui aient eu la chance de pouvoir se reconstruire en empruntant à taux 0. Il faut s’en servir pour investir », ajoute le haut-commissaire, qui « pense important que l’esprit public comprenne que ce n’est pas une dette qui va peser nécessairement sur l’activité du pays immédiatement, on peut prendre dix ans, le temps de la reconquête ».

Investir massivement et étaler la dette
À la « dette de guerre », François Bayrou ajoute la « dette de reconstruction » et appelle à « un plan de reconquête », au-delà du plan de relance de 100 milliards d’euros. Des investissements supplémentaires envisagés à hauteur de 250 milliards qui porterait le total de la dette covid entre 450 et 600 milliards d’euros sur trois ou quatre ans, soit 20 à 25 % du PIB 2019. C’est considérable, mais le maire de Pau s’en tient à l’exemple américain qui commande de ne pas lésiner sur l’investissement. C’est pourquoi le plan du haut-commissariat repose sur deux autres piliers, outre le cantonnement de la dette : différer le remboursement, qui ne commencerait pas avant 2030, « le temps que l’économie du pays se redresse », et allonger la maturité de cette dette sur trente ans pour rendre sa charge soutenable. Autrement dit, se donner de l’air, sur 40 ans. Pour cela, le Plan a calculé qu’il faudrait consacrer chaque année 15 à 20 milliards d’euros pour assumer l’annuité d’intérêt, soit 0,5 % à 0,7 % du PIB à l’horizon 2030. François Bayrou n’en démord pas, il faut investir massivement aujourd’hui, tant que les taux d’intérêts sont bas et que la charge laissée à la future génération reste à un niveau jugé « assez léger ». C’est sûr que dit comme ça, tout paraît si simple.

Adam Belghiti Alaoui

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