2020, année du déficit commercial

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À l’heure du bilan, le déficit commercial de la France s’établit à 65,2 milliards d’euros en 2020.

Si le constat ne surprend pas, il a de quoi impressionner. Au rang des mauvaises nouvelles et des symptômes de crise de l’économie française, le déficit commercial a affiché une inquiétante dynamique en 2020. Avec en tête le coup d’arrêt brutal du secteur aéronautique et les importations de matériels sanitaires, les exportations françaises ont été amputées de quelque 82 milliards d’euros.

2020 année de crise pandémique mondiale et de crise économique inévitable, conséquence des restrictions des échanges internationaux et des ralentissement des activités économiques. Qui dit gel des échanges internationaux dit bouleversement de la balance commerciale et de l’équilibre entre importations et exportations. La balance commerciale française en a payé le prix fort. C’est ce que révèlent les chiffres publiés par les Douanes le vendredi 5 février. Si le bilan commercial en 2020 n’a pas atteint le triste record de 2011, malgré la pandémie et la crise, il reste édifiant. Sur l’ensemble de l’année écoulée, le déficit commercial – qui correspond donc à une situation où les importations d’un pays sont supérieures à ses exportations – s’élève à 65,2 milliards d’euros, soit 8 milliards d’euros de plus qu’en 2019. Il s’agit du niveau le plus bas depuis 2012 et la crise de la dette européenne. Il apparaît qu’au gré des événements et de l’évolution de la pandémie, la chute de la production et de la demande extérieure se calent sur les périodes de restrictions les plus strictes. Dans le détail, les exportations de biens français ont chuté de 15,9 % par rapport à 2019. Un constat semblable à celui observé lors de la crise de 2009 (-17 %).

Des secteurs clés fragilisés
Le communiqué des Douanes précise que la balance commerciale a été pénalisée par « une diminution généralisée des exportations, en particulier dans les secteurs aéronautique et automobile ». Comme le commente Franck Riester, ministre délégué au Commerce extérieur et à l’attractivité, c’est au premier semestre que la chute aura été la plus significative : « En lien avec les effets du premier confinement, la dégradation des échanges est particulièrement marquée au premier semestre – le mois d’avril a connu un recul historique de 43,9 % par rapport à avril 2019, avant une reprise progressive au cours de la seconde moitié de l’année, jusqu’à atteindre un niveau proche de celui de 2019 en fin d’année. »

Les chiffres démontrent que les importations de masques de protection ont pesé lourd dans la balance – côté importations –, à hauteur de 5,9 milliards d’euros, et ont fortement aggravé le déficit commercial avec l’Asie qui atteint 9,6 milliards d’euros, dont 6,6 milliards avec la Chine. Du côté des secteurs clés de l’économie française à l’international, même constat. À lui seul, le secteur aéronautique a connu une dégradation de 45 % des exportations, et le secteur automobile une baisse de 18,7 %. L’agroalimentaire, autre secteur clé, a vu ses ventes reculer de 3,4 %. Seuls les produits pharmaceutiques ont résisté et vu leurs exportations progresser de 4,7 %. L’arrêt brutal des déplacements et du tourisme a également provoqué une baisse de l’excédent traditionnel des services qui a chuté de 21,6 milliards d’euros de balance positive en 2020 à 8,3 milliards d’euros en 2020. En définitive, « l’épidémie a fragilisé les points forts de la France », comme le résume Denis Ferrand, directeur général du centre de recherche Rexocode, dans les connes du journal Le Monde.

Un rebond en 2021 ?
Malgré tout, tout n’est pas si noir avec une lueur au bout du tunnel. Déjà, parce que le nombre d’entreprises exportatrices est stable par rapport à 2019, aux alentours des 128 000. Ensuite, parce que la demande tend à repartir dans les secteurs clés, au gré de l’amélioration des échanges internationaux. La pharmacie, les équipements de transports et l’agroalimentaire seraient particulièrement bénéficiaires de cette reprise.
« L’année est marquée par un fort recul des exportations et une dégradation de notre déficit. Ce n’est pas une surprise étant donné le choc de la crise. Pour autant, l’étendue du trou d’air a été limitée par le rebond des exportations au deuxième semestre, qui retrouvent quasiment, en fin d’année, leur niveau d’avant-crise », note Franck Riester, qui rappelle également que le plan France Relance « inclut un volet export ambitieux », doté de 247 millions d’euros destinés à accompagner les PME et les ETI. Parmi les mesures mises en place pour aider les entreprises en cette période délicate, le « chèque relance export », qui finance 50 % des frais de démarches de prospection à l’international, a été versé à 2 500 entreprises depuis septembre 2020. D’un point de vue plus global, l’année 2021 devrait être celle du rebond des exportations françaises, de l’avis de nombre d’économistes. La demande devrait croître de 59 milliards d’euros par rapport à 2020, et ainsi compenser près de 45 % du manque à gagner subi en 2020.

Pour autant, il y a encore du chemin pour rattraper le retard qu’accuse la France sur ses voisins européens : si on compte 128 000 entreprises exportatrices françaises, l’Allemagne en liste 300 000 et l’Italie 200 000. La balance commerciale française est bien l’une des plus dégradées d’Europe.

Adam Belghiti Alaoui

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