Tour de vis ciblé

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Plutôt que d’ouvrir une troisième période de confinement, l’exécutif a fait le choix de fermer un nombre choisi (selon la surface) de galeries commerciales.

Tout le monde s’attendait à l’annonce du troisième confinement inévitable, il n’en est rien pour l’instant. Le gouvernement en a étonné plus d’un en annonçant une série de mesures complémentaires du couvre-feu, en lieu et place d’un confinement strict. Si la plupart redoutaient le reconfinement, nombre d’entreprises sont très impactées par ce nouveau tour de vis. Malgré de nouvelles aides compensatoires.

La propagation de la covid continue et s’accélère, les variants du virus inquiètent toujours plus, la campagne vaccinale tardent à porter ses fruits… L’exécutif se devait de prendre de nouvelles mesures. Le temps de la réflexion passé, les doléances des syndicats patronaux et des représentant·es des entreprises entendues, la décision est prise : pas de reconfinement. Mais une série de restrictions entrée en vigueur ce dimanche 31 janvier. « Nous pouvons encore nous donner une chance d’éviter le confinement », a assuré le Premier ministre. Deux semaines après l’instauration du couvre-feu à 18 heures, Jean Castex a annoncé la fermeture des frontières extra-européennes. Une décision qui met fin à la liberté de circulation rétablie dans l’espace Schengen depuis le 15 décembre. Les frontières françaises sont fermées aux pays extérieurs à l’Union européenne, « sauf motif impérieux » (désormais précisés, entre impératifs familiaux et professionnels). Toute entrée sur le territoire français à partir d’un pays de l’UE est conditionnée au résultat d’un test PCR, à l’exception des travailleur·ses frontalier·ères. Idem pour les voyages à destination ou en provenance des territoires ultramarins.
L’autre grande mesure concerne la fermeture des centres commerciaux non alimentaires de plus de 20 000 m², « ceux qui favorisent le plus le brassage », selon Matignon. La mesure est prévue, pour l’instant, pour un mois. Un « calendrier qui pourra évoluer en fonction de l’évolution de la situation sanitaire », a indiqué Francis Palombi, président de la confédération des commerçants de France. Pour des milliers de boutiques, c’est le coup dur.

Plus de 300 centres commerciaux « sacrifiés »
À l’annonce par le gouvernement de la fermeture des centres commerciaux de plus de 20 000 m² et des commerces non-alimentaires présents dans leurs galeries, l’incertitude et l’incompréhension n’ont pas tardé à gagner les exploitant·es de boutiques. En particulier à propos du mode de calcul des surfaces commerciales, sachant que les enseignes alimentaires peuvent, elles, rester ouvertes au sein des galeries commerciales. Il s’avère finalement que les règles retenues pour le calcul des surfaces incluent les bureaux, les réserves et les stocks, et ne concernent pas seulement les portions ouvertes au public. Au total, ce sont quelque 343 centres, selon les chiffres des CDAC (Commission départementales d’aménagement commercial), et 396 selon le Conseil national des centres commerciaux qui baissent leurs rideaux. Une portion qui représente un peu moins de la moitié des centres commerciaux métropolitains, soit plus de 13 millions de m² de surfaces commerciales et quelque 25 000 magasins. La mesure impacte directement des milliers d’entreprises et de salarié·es.
Pour les plus inquiet·ètes, pas de crainte, faire ses courses alimentaires reste possible : les hypermarchés alimentaires présents dans les galeries de plus de 20 000 m² restent ouverts, avec leur lot d’aménagements (abaissement des jauges, limitation des regroupements, 10 m² par personne…). Idem pour les chocolateries, boulangeries, magasins de surgelés et autres business alimentaires présents dans les centres commerciaux.

Maigres dédommagements
Dans la foulée de cette annonce choc pour des milliers d’entreprises, Bruno Le Maire a affirmé que les commerces seraient « largement indemnisés, quoi qu’il en coûte ». Le retour du fameux quoi qu’il en coûté. En l’occurrence, les commerces concernés pourront avoir accès au fonds de solidarité exceptionnelle et disposer d’un « droit d’option », entre la compensation de perte de chiffre d’affaires jusqu’à 10 000 euros mensuels ou l’indemnisation de 20 % du chiffre d’affaires plafonné à 200 000 euros par mois. Dans le cas où cette première mesure ne suffirait pas, un dispositif de couverture de 70 % des charges fixes a également été ouvert. Sans oublier l’exonération des cotisations patronales et l’aide au paiement des cotisations salariales. Reste l’épineuse question des stocks et des invendus, qui risquent de s’accumuler, en pleine période de soldes d’hiver.
Du côté des professionnel·les du secteur, les réactions diffèrent : « Sur les 300 000 commerces français, seuls 25 000 vont fermer leurs portes, c’est un moindre mal pour éviter un reconfiner », estime ainsi Jacques Creyssel, de la Fédération du commerce et de la distribution. Pendant que Yohann Petiot, directeur général de l’Alliance du commerce, déplore « des annonces qui stigmatisent, en période de soldes, un certain type de commerces ». Il est certain que la mesure pénalise particulièrement les enseignes dont la majorité des magasins sont situés au sein de grandes galeries commerciales, ainsi que les grands magasins habitués aux très grandes surfaces, à l’instar d’Ikea, contraint de fermer la quasi-totalité de ses points de vente. Toujours selon Yohann Petiot, « les aides ne sont pas du tout satisfaisantes ». Les acteur·rices du secteur attendront beaucoup de la réunion prévue en milieu de semaine avec Bruno Le Maire. Notamment concernant, déjà, la visibilité sur la réouverture.

Adam Belghiti Alaoui

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