Reconfiner, non, responsabiliser, oui !

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L’ombre du reconfinement pèse sur la France et ses entreprises. Ces dernières semaines, tout semblait indiquer un troisième tour de vis, finalement, ce ne sera pas pour tout de suite. Reste qu’en dépit de l’accumulation de mesures (couvre-feu, fermetures des frontières et des grands magasins…), la solution du reconfinement n’est pas exclue. Et les entreprises s’en inquiètent. Thibaut Bechetoille, président de l’association d’entrepreneur·ses CroissancePlus, analyse les risques que représenterait un reconfinement et appelle à miser sur la responsabilité des Français·es et des entreprises.

Thibaut Bechetoille, président de CroissancePlus

Quel regard portez-vous sur la gestion de la crise ces derniers mois ?
Notre regard consiste à dire que d’une manière générale, on regarde le problème sous un angle très focalisé sur le sujet sanitaire-covid. Il nous paraît important de resituer le tout dans un contexte plus global de société, avec ses composantes économiques et psychologiques. Il nous semble que cette crise est pilotée de façon parcellaire et pas assez globale. On voit de plus en plus d’études et d’articles sur la santé psychologique des jeunes, les achats d’antidépresseurs qui augmentent, les baisses des consultations de cardiologie… Il faut prendre toutes les dimensions en compte et ce n’est pas toujours le cas.

Un troisième confinement serait donc préjudiciable ?
Quand vous voyez ce qu’il se passe en Espagne où l’on dit qu’on ne peut pas se permettre un reconfinement, et aux Pays-Bas où éclatent des émeutes et où le niveau d’acceptabilité des mesures est bloqué, on se demande si en France ou ne pourrait pas raisonner de la même manière. Avec 63 % de dépenses publiques par rapport à son PIB et 120 % de dette, la France a-t-elle les moyens de se payer un troisième confinement ? La question est là.
Notre message est très clair, il faut tout faire pour éviter un nouveau confinement. Il faut mettre le paquet sur les gestes barrières et les Français·es sont prêt·es à les suivre. Quand on regarde les données en termes de mortalité, on voit bien que la majeure partie de la population ne présente pas de risques si importants face à la covid. Un reconfinement serait aujourd’hui très dangereux pour la société dans son ensemble, pour la santé psychologique et pour les secteurs sinistrés et au bord de la faillite. L’équilibre chancelant de bien des entreprises est difficilement maintenu par les PGE et le chômage partiel.

Que faites-vous des avis scientifiques qui s’accumulent pour recommander un reconfinement sans attendre ?
Nous ne sommes pas scientifiques, mais les chiffres montrent tout de même que les populations présentes en entreprise sont beaucoup moins à risques. Nous en discutons souvent au sein de CroissancePlus : les cas graves de covid sont très rares. Je lis souvent des philosophes comme André Comte-Sponville ou Gaspard Koenig, et je me demande : doit-on s’arrêter de vivre pour éviter de mourir ? On touche aussi à des questions et réflexions philosophiques. Reconfiner reviendra à remettre la société sous cloche, à l’arrêter, pour des résultats qui ne sont pas évidents ni garantis.
Je voudrais bien avoir des chiffres sur l’impact de la situation sur les autres maladies graves, comme le cancer ou les maladies cardiovasculaires. Ne sommes-nous pas excessifs vis-à-vis de la covid, au détriment d’autres impasses de santé publique ?

En définitive, votre solution repose sur civisme et la responsabilité des Français·es ?
Oui, c’est notre grand message. Il faut faire confiance à la responsabilité individuelle et collective, à celle du·de la chef·fe d’entreprise. Un fonctionnement de l’État trop vertical est contreproductif, il faut faire confiance aux citoyen·nes et aux entrepreneur·ses pour entretenir une société responsable.
Pour autant, si la solution retenue revient à opérer un confinement très court et très ciblé pour donner un grand coup d’arrêt à la pandémie, pourquoi pas ? Mais nous souhaitons que les décisions soient prises au nom d’un point de vue global sur la situation.

Que pensez-vous de l’installation du télétravail dans le paysage des entreprises ?
Le télétravail est effectivement un outil efficace pour lutter contre un reconfinement. Mais il est aussi très important pour une entreprise de déterminer un équilibre entre télétravail et présentiel. C’est compliqué de tout mener de front à distance. Un fonctionnement hybride est un bon compromis, mais nous ne sommes pas favorables au 100 % télétravail, qui n’est pas viable sur le long terme. Au premier chef, en raison des risques psychologiques et de l’isolement que cette organisation implique. Les salarié·es ont besoin de contacts sociaux, de ne pas rester derrière Zoom et un écran tous les jours. C’est pour ça que nous préférons responsabiliser les entrepreneur·ses et les employé·es au sein des entreprises, pour s’adapter et adopter un fonctionnement hybride.

Sentez-vous que vos doléances sont suffisamment entendues ?
Nous pensons qu’effectivement notre discours, qui est une voix parmi d’autres, a été entendu. Il est important de prendre la parole. Nous avons senti une réceptivité du Président de la République. C’est une bonne nouvelle qu’il ait attendu avant de rendre sa décision. Notre position est nécessaire et entendue, et elle participe à l’effort collectif et au dialogue social.

Propos recueillis par Adam Belghiti Alaoui

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