Campagne de vaccination : ça chauffe entre l’UE et AstraZeneca

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Critiquée de toute part pour la lenteur des livraisons de vaccins, l’Union européenne demande des comptes au laboratoire AstraZeneca.

Les rebondissements et les polémiques de la campagne vaccinale en Europe n’en finissent plus. Après le lancement du vaccin Pfizer/BioNTech sur le continent puis les premières difficultés d’approvisionnement, l’UE comptait sur le vaccin d’AstraZeneca pour relancer la machine. Problème, AstraZeneca est en retard. Très en retard. Et Bruxelles réclame le respect de ses engagements.  

Plus simple à conserver que les vaccins de Pfizer, plus abordables que les autres vaccins anti-covid déjà en circulation, plus simple à transporter, les arguments du vaccin d’AstraZeneca sont certains. En quête d’un coup d’accélérateur pour sa campagne de vaccination, l’Union européenne comptait sur la livraison de plusieurs dizaines de millions de nouvelles doses. Si le vaccin du laboratoire anglo-suédois est déjà en circulation au Royaume-Uni, AstraZeneca a rapidement fait savoir qu’il ne pourrait pas assumer ses engagements auprès de Bruxelles. Au lieu des quelque 80 millions de doses commandées et (contractuellement) prévues, seules 31 millions pourront être livrées à temps au premier trimestre 2021. Une terrible nouvelle pour l’UE et pour la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, sous le feu des critiques des dirigeant·es européen·nes. Bruxelles réclame des comptes, AstraZeneca se défend. Le groupe pharmaceutique évoque une « baisse de rendement » dans une de ses usines européennes, l’UE juge ces explications « insuffisantes » et demande une inspection d’une des usines belges du laboratoire.

Bruxelles publie le contrat
Le torchon brûlait déjà depuis plusieurs jours, la pression est montée d’un cran ce vendredi 29 janvier. Pour appuyer son argumentaire et placer la laboratoire anglo-suédois face à ses engagements, l’UE a publié le contrat qui lie les deux parties. D’une quarantaine de pages, signé en août 2020 et portant jusqu’à 400 millions de doses, il a été amputé de passages « confidentiels ». Il y est écrit noir sur blanc qu’« AstraZeneca s’est engagé à faire tous les efforts raisonnables pour mettre sur pied des capacités pour produire 300 millions de doses du vaccin, sans en tirer de bénéfice ni essuyer de pertes ». Sur ce point, Ursula von der Leyen répond que « cette clause “faire de son mieux” ne s’appliquait que lorsqu’il n’était pas encore certain qu’un vaccin serait développé. Le temps a passé, le vaccin est là […], et il y a des quantités extrêmement précises de livraisons dans le contrat ».
Un autre point de tension est celui des deux lieux de production situés au Royaume-Uni et stipulés dans le contrat selon la Commission. Pendant que le PDG français d’AstraZeneca, Pascal Soriot, assure que la production des usines britanniques est réservée aux Britanniques, Bruxelles n’est pas d’accord et souligne que le contrat spécifie que ces usines « doivent contribuer aux efforts d’AstraZeneca pour livrer les doses de vaccins à l’UE ».

Le vaccin AstraZeneca autorisé par l’AEM
En attendant les clarifications contractuelles et une issue à cet imbroglio, les pays de l’UE restent à la traîne en termes de vaccinations. En France, les difficultés d’approvisionnement et les reports des primovaccinations s’accumulent. Plusieurs régions (Île-de-France, Hauts-de-France et Bourgogne-Franche-Comté, jeudi 28 janvier) ont annoncé qu’aucune primo-injection ne serait mise en route jusqu’à nouvel ordre. La priorité est d’assurer l’indispensable seconde vaccination pour celles et ceux qui ont déjà reçu une première injection.
En pleine période de tensions, l’Agence européenne des médicaments (AEM) a approuvé l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca dans l’Union européenne pour les personnes de plus de 18 ans le vendredi 29 janvier. L’annonce était attendue avec impatience. Si le laboratoire anglo-suédois ne sera pas capable de livrer toutes les doses prévues, son arrivée sur le marché est la bienvenue. Dans le même temps, la Hongrie est devenue le premier pays de l’UE à approuver un vaccin chinois, celui du laboratoire Sinopharm. Encore une fois, Viktor Orban, Premier ministre hongrois, coutumier du fait, tiens à se démarquer des autres pays membres.

Adam Belghiti Alaoui

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