Crise sanitaire, crise économique… crise sociale

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Parmi les corollaires inévitables et malheureux de la pandémie appelée covid-19, la crise sociale et la précarisation accrue de millions de personnes, en France et partout dans le monde, ne sont pas à sous-estimer. Bien au contraire.

Adam Belghiti Alaoui, Journaliste à la rédaction

De la crise économique à la crise sociale, il n’y a même pas un pas. Surtout quand des grands groupes (Bridgestone nous a fourni un triste exemple il y a quelques semaines en fermant son usine de Béthune) profitent de la situation et prétextent la crise sanitaire pour faire passer leurs plans sociaux.

Pertes d’emplois massives, banques alimentaires débordées, étudiant·es et jeunes actif·ves désemparé·es… les conséquences sociales de la crise sanitaire s’accumulent. Pire, l’ONU craint une rechute de 71 millions de personnes dans l’extrême pauvreté sur l’ensemble de l’année. Il s’agirait de la première augmentation depuis 1998. La dynamique est mondiale. Mais resserrons l’échelle. En France, les travailleur·ses sociaux·ales sonnent l’alerte et dressent un bilan édifiant.

33 %, la portion de Français·es qui ont subi une perte de revenus depuis le premier confinement, selon le Secours populaire. Dans le pays, plus de 9 millions de personnes vivent sous le seuil de pauvreté et plus de 8 millions se trouvent en situation de précarité alimentaire. Nous sommes 67 millions de Français·es. Pour 16 %, la perte de revenus est même qualifiée d’importante, c’est le cas d’un tiers des ouvrier·ères et d’un quart des personnes au bas de l’échelle des revenus (moins de 1 200 euros nets par mois). L’Insee observe également que le premier confinement a appauvri un quart des ménages, d’autant plus fortement que leur niveau de vie était initialement bas. L’Unedic attend 900 000 chômeur·ses supplémentaires en 2020.

Les plus pauvres et les salarié·es sont les premières victimes de la crise, quoi qu’on en dise et n’en déplaise aux grand·es patron·nes, à leurs syndicats et autres justiciers de la cause de l’entreprise qui jouent les Cassandre. On ne refait pas le monde. Ni la société capitaliste pyramidale. Ni la fracture sociale.

La hausse de la précarité s’accompagne d’une augmentation des besoins. En matière alimentaire surtout. La Croix-Rouge française enregistre une augmentation de 40 à 45 % des demandes et plus de 90 % de ses structures d’aide alimentaire observent l’arrivée de nouveaux publics. En majorité des chômeur·ses (+64 %), des travailleur·ses intérimaires ou pauvres (+63 %), des retraités (+37 %), des personnes en situation de grande exclusion (+40 %), des étudiants (+23 %) ou encore des travailleurs indépendants et commerçants (+23 %). L’association humanitaire ajoute que 76 % des personnes rencontrées lors des maraudes n’étaient pas référencées par les Services intégrés de l’accueil et de l’orientation (SIAO) et plus de 50 % de celles qui ont sollicité l’aide alimentaire l’ont fait pour la première fois.

Il n’y a pas de recette miracle contre cet état de fait. Mais des mesures exceptionnelles, au sens propre du terme, ont été prises ces derniers mois. Dispositifs de chômage partiel assurés et financés par l’argent public, aides financières d’urgences pour les étudiant·es précaires, aide pour jeunes en recherche d’emploi, mesures de lutte contre la pauvreté du plan de relance… On ne pourra pas dire que le gouvernement n’a rien mis en place pour agir face à la précarisation, mais nous pouvons avancer que l’urgence sociale n’est pas, pour l’exécutif, l’urgence prioritaire. Malgré tout, et il faut le rappeler, et s’en féliciter, la France reste la championne européenne des dépenses sociales

Le chômage partiel va très vite ne plus être accessible pour la majorité des secteurs. Les étudiant·es doivent continuer de payer des frais de scolarité toujours plus onéreux, malgré des cours à distance et l’impossibilité de profiter de ce qu’ils·elles financent. Les travailleur·ses précaires vont rester à la merci du marché et de la conjoncture.

L’exécutif a choisi, sans surprise, de miser plus gros sur le soutien aux entreprises et aux gros portefeuilles. Pour, on l’imagine, faire bénéficier – par ricochets – toutes et tous de leur bonne santé et de la relance. La doctrine Macron ne fait pas dans la remise en question. Ruissèlera que pourra.

Adam Belghiti Alaoui

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