L’Éducation nationale fait machine arrière

Jean-Michel Blanquer a sonné la fin du 100 % présentiel dans les lycées et la suppression des épreuves communes de première et terminale pour cette année 2020-2021.

Les établissements scolaires ne pouvaient y échapper. Après avoir un temps promu la continuité quasi normale des cours, au gré d’un protocole renforcé, le ministre de l’Éducation nationale a répondu à l’aggravation de l’épidémie et aux critiques du corps enseignant. Ce jeudi 5 novembre, il a annoncé le renforcement du protocole sanitaire dans les lycées. Au menu : fin du 100 % présentiel, contrôle continu et flexibilité locale.

La grogne et l’inquiétude des enseignant·es, des parents d’élèves et des chef·fes d’établissement, face à un protocole sanitaire jugé insuffisant, grimpait de plus en plus ces derniers jours. Jean-Michel Blanquer le reconnait lui-même, dans un courrier transmis aux chef·fes d’établissements, les mesures de distanciation sociale « sont à l’évidence plus difficiles à appliquer au lycée, où les déplacements des élèves sont plus nombreux et plus fréquents, et l’organisation de la restauration scolaire plus complexe ». Le constat est enfin posé et assumé, la refonte du protocole se concentrera en priorité sur les lycées, lieux de déplacements permanents des élèves et des enseignant·es.
À l’annonce des détails du reconfinement et du maintien des cours en présentiel dans les établissements scolaires, les critiques avaient été immédiates. Et une intersyndicale vient d’annoncer une « grève sanitaire » pour le 10 novembre, face à la tension qui règne dans les lycées. Il était temps pour l’Éducation nationale de réagir.

Place à l’alternance
C’était une demande des syndicats et de nombreux·ses chef·fes d’établissements. Jean-Michel Blanquer a annoncé ce jeudi 4 novembre aux directeur·rices des lycées que l’alternance devrait devenir la règle, en particulier dans les lycées à gros effectifs où les distanciations sont impossibles à respecter. Concrètement, c’est la fin de la politique du 100 % présentiel soutenue jusqu’ici. Les lycées pourront basculer vers davantage de cours à distance, sous condition de conserver au moins 50 % de cours en présentiel pour chaque élève. « Tous·tes les élèves doivent travailler pendant la totalité du temps scolaire ordinaire, que ce soit en cours, en classes virtuelles ou en autonomie », précise le ministre dans sa note.
Les autres précisions concernent l’allègement des programmes et des examens. Le ministre a également décidé la suppression des épreuves communes de première et terminale (ex E3C) pour cette année 2020-2021. Du reste la répartition des coefficients, entre contrôle continu et épreuves terminales sera préservée (40 % sont acquis dans le cadre du contrôle continu fondé sur les notes trimestrielles).

Revirement et « souplesse locale »
Le grand enseignement de cette annonce, c’est bien l’accent mis sur l’initiative et la responsabilité des chef·fes d’établissement, qui accompagne ce virage à 90 degrés, qui traduit un véritable changement de « politique éducative », après deux mois de cours durant lesquels le ministère refusait net de prolonger les dispositifs de cours à distance lancés pendant le premier confinement. Jean-Michel Blanquer le dit, il veut une « souplesse locale ». Il appartient à chaque établissement de décider du « régime » à adopter pour l’alternance entre présentiel et cours à distance : une semaine sur deux, un jour sur deux ou une matinée sur deux. Et ce grâce à la latitude laissée aux chef·fes d’établissement. De nouvelles difficultés en perspective pour les enseignant·es, qui devront gérer, en alternance donc, leurs classes en face-à-face et à distance.
Le choix fort du ministère répond aux critiques et aux doléances syndicales, mais remet sur la table un problème déjà soulevé par les détracteurs du protocole sanitaire de rentrée : le manque d’homogénéité et le trop plein de responsabilités et d’initiative qui pèse sur le dos des chef·fes d’établissement.

Adam Belghiti Alaoui

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