Bonnes mesures et mauvaise com

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Adam Belghiti Alaoui, Journaliste à la rédaction

C’est le nouveau débat qui anime les discussions du quotidien et divise les passions : les mesures sanitaires décidées par le gouvernement et leur bienfondé ou le contraire, c’est selon. Tout le monde y va de son avis en s’improvisant  spécialiste épidémiologique, ce qui est pour le moins douteux. Mais si l’on prend du recul, si l’on dépasse les allusions puériles et irresponsables à une « dictature sanitaire », que reste-t-il ? Peut-être des mesures difficiles à accepter de nouveau, quoique sans doute nécessaires et, en filigrane, une difficile lisibilité de la stratégie du gouvernement.

Depuis la rentrée, ce gouvernement durcit le ton contre la crise sanitaire. Il fallait relancer la machine économique à tout prix, c’est chose faite. Après un été de « relâchement » et une rentrée sur fond de deuxième vague, le retour de bâton est violent. Les faits sont là, le virus est encore partout. Au 12 octobre, 74 départements sont en situation de vulnérabilité élevée, 8 505 nouveaux cas ont été confirmés en 24 heures et 5 350 nouvelles hospitalisations ont eu lieu sur les sept derniers jours. De l’orange vif, les indicateurs se rapprochent du rouge.

La logique sanitaire et responsable justifie donc le coup de vis sanitaire des autorités et le passage en alerte maximale des grandes métropoles françaises. Les spécialistes, les vrais, s’accordent sur ce point. Reste que la cohérence est une denrée rare en ces temps durs, et les Français.es veulent comprendre, mais peinent à suivre.

La décision de la fermeture des bars et des restaurants à 22 heures, à Paris notamment, en laisse circonspect·e plus d’un·e. Certes, les restaurants restent ouverts, mais la politique de la demi-mesure passe mal. Le virus est-il donc plus virulent après 22 heures ? Bien sûr que non. On connaît la vraie raison de ce vrai-faux « couvre-feu », l’heure tardive favorise les réunions, les contacts et la montée de l’ivresse, mais la mesure peut faire sourire jaune. Et surtout, elle n’est pas, ou mal, expliquée par le gouvernement, qui se contente d’informer les Français·es à coup de points covid ici et là. Lisez les chiffres et suivez les mesures, point.

Emmanuel Macron a placé Jean Castex à Matignon pour recréer du lien avec les Français·es, pour le moment le contrat n’est pas rempli. L’inquiétude grimpe et la stratégie de l’exécutif n’est que peu lisible et peu constante. Une fois passé son discours de politique générale et ses premières prises de parole résolument tournées vers la relance, le capitaine Castex est rentré dans le rang. Ses soldats, tantôt Véran, tantôt Blanquer, montent au front pour relayer les mesures. Et la distance entre les Français·es et leurs dirigeants (l’écriture inclusive à ses limites…) reste la même.

D’un côté, le gouvernement insiste, à raison, sur l’alerte sanitaire et prend des mesures de restriction, de l’autre, il laisse toujours plus de mou aux entreprises et refuse de trop se mouiller. Au jeu des non-dits, c’est fort. À celui de la clarté du discours des pouvoirs publics et de la hauteur de l’enjeu, ça l’est moins.

Le gouvernement est un bien piètre pédagogue. La situation que nous vivons est singulière à plus d’un titre. Oui, les mesures prises (fermetures des bars et restaurants à 22 heures, interdiction des rassemblements de plus de 10 personnes, port du masque obligatoire dans l’espace public…) sont, par définition, privatrices de libertés. Mais elles nous privent aujourd’hui de libertés et de luxes – soit dit en passant, non essentiels – dont nous pourrions ne plus bénéficier demain sans prise de conscience.

Il faut appeler un chat un chat. Et une mauvaise communication, une mauvaise communication. Séguéla et son disciple Tapiro auraient à redire. Oui, la rentrée et la reprise économique se sont faites au prix d’un regain incontrôlé et incontrôlable des contaminations (retour des enfants à l’école, chute du télétravail…). Oui, la stratégie du gouvernement, dictée par les impératifs et les enjeux économiques, prête à confusion (allègement du protocole dans les établissements scolaires pour faire baisser le nombre de fermetures de classes, transports en commun bondés, non-imposition du télétravail lorsqu’il est possible…). Et, oui, j’insiste, les mesures restrictives se justifient dans le cadre de la lutte contre la propagation du virus.

Pendant que nous tacherons de nous responsabiliser, d’accepter de nous imposer les gestes barrières autant que faire se peut, de finir notre dernier verre en terrasse sur les coups de 22 heures et d’œuvrer collectivement pour que le couperet du confinement ne retombe pas, le gouvernement qui tient la barre serait bien inspiré de revoir la présentation de sa copie. La fin ne suffit pas à justifier les moyens. En attendant, sortez prudent·es.

Adam Belghiti Alaoui

 

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