Vers la « quatorzaine » de sept jours

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La mise à l’abri des testés positifs devrait passer à une semaine.

La décision était attendue depuis plusieurs jours et réclamée par les entreprises. La réduction de la mise à l’écart des testés positifs de quatorze à sept jours devrait être annoncée vendredi 11 septembre. La mesure visera notamment à booster l’adhésion des Français.es à la contrainte d’isolement. Pour faciliter la vie des entreprises, le gouvernement prend le risque d’un signal de relâchement sur le plan sanitaire.

Attention, (nouveau) revirement. En pleine période de recrudescence « exponentielle » de l’épidémie sur le territoire français, Olivier Véran, ministre de notre Santé, annonçait le jeudi 8 septembre sur les ondes de France Inter que le raccourcissement de la durée d’isolement des personnes testés positives au coronavirus et des cas contacts était bel et bien à l’ordre du jour de l’exécutif. Le régime actuel de quatorzaine consiste, comme son nom l’indique, à deux semaines d’isolement, il pourrait passer à une semaine dès le conseil de défense du vendredi 11 septembre.

Cet assouplissement, aujourd’hui plus qu’envisagé, bénéficie de l’aval et même de la recommandation du conseil scientifique, décidément devenu un organe consultatif influent et incontournable.

La caution scientifique nécessaire pour une telle décision est là, selon le ministre de la Santé : « On est davantage contagieux dans les cinq premiers jours qui suivent les symptômes ou la positivité d’un test. Ensuite, cette contagiosité diminue de façon très importante, et au-delà d’une semaine, elle demeure, mais est très faible. » Autre argument invoqué pour justifier la mesure : au-delà de 10 jours, seulement 5 % des personnes seraient contagieuses, faiblement qui plus est. Surtout, le gouvernement déplore de trop nombreuses transgressions des quatorzaines. Et pour cause, contrairement à d’autres pays plus stricts, la France ne vérifie pas la présence des personnes chez elles et ne rend pas l’isolement obligatoire. Réduire ce temps d’isolement à une durée socialement plus « acceptable » serait donc un moyen supplémentaire pour favoriser le respect volontaire des mesures de précaution.

La politique du « en même temps »
Au-delà des justifications scientifiques et sociales portées aux nues par Olivier Véran pour introduire la mesure à venir, le gouvernement cède à un pragmatisme sanitaire et économique difficilement contournable. D’un côté, les décisions et les restrictions nécessaires pour endiguer l’épidémie et en limiter la circulation, le bon sens sanitaire, de l’autre le bon fonctionnement de l’économie et la facilitation de l’activité des entreprises. Un « en même temps » des plus délicats. Les entreprises voient sans surprise d’un bon œil la réduction de la quatorzaine, à l’instar de François Asselin, président de la Confédération des petites et moyennes entreprises (CPME) qui déclarait sur France Info : « Sept jours serait un délai raisonnable […] en tout cas ce serait un petit bol d’air pour les entreprises en termes d’organisation qui serait bienvenu. »

La question de l’élément déclencheur de la mise à l’écart se pose également sans trouver  de réponse claire. Les sept jours d’isolement doivent-il commencer dès la communication du résultat positif ou dès l’apparition des symptômes ? Sur ce point, les avis divergent, d’autant plus que beaucoup de cas sont asymptomatiques. Une solution pourrait être de reconduire pour sept jours supplémentaires la mesure d’isolement pour une personne asymptomatique au moment de son dépistage, en cas d’apparition des symptômes.
Le gouvernement et sa formule « vivre avec le virus » penchent en l’occurrence vers un « en même temps » qui satisfait la demande des entreprises – sept jours d’isolement en cas de test positif –, en particulier les TPE/PME pour lesquelles il sera dommageable de devoir se priver de salariés auto-confinés durant deux semaines.

Reste que l’équilibre est chancelant. Pour accompagner son plan de relance et favoriser le rebond de l’épidémie, le gouvernement fait en sorte que les salarié.s ne soient pas trop longtemps indisponibles ou à l’écart pour leur entreprise, une concession qui ne doit pas laisser supposer un relâchement coupable. Assouplissement des mesures sanitaires et réaffirmation de la prudence sanitaire doivent, paradoxalement, aller de pair. Bien qu’Olivier Véran assure que la décision n’est pas motivée par « des raisons de priorisation économique », les enjeux pour les entreprises et la santé de l’économie globale pèsent lourd. Trop lourd ?

Adam Belghiti Alaoui

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