Comment les DRH préparent la rentrée

Sur le pont dès le 17 mars, les directions des ressources humaines ont développé les conditions du maintien de l’activité des entreprises. De là à les faire revenir sur le devant de la scène ? La question se pose.

Flash-back. 16 mars 2020. L’allocution du président Emmanuel Macron annonce la fermeture des sociétés « non essentielles ». L’économie est l’arrêt. « On a eu 15 jours de panique chez nos clients, se remémore Loïc Douyère, directeur associé de Florian Mantione Institut, cabinet conseils en ressources humaines. Assurément, ce fut violent. En même temps, cette période est propice à l’innovation. D’ordinaire, on se regarde trop le nombril. Là, le pragmatisme est de mise. On a pu distinguer les vraies directions des ressources humaines des autres. Si vous ne changez pas l’eau du bocal, vous ne vous renouvelez pas. Cette crise est aussi l’occasion de donner un coup de pied dans la fourmilière… » Un discours qui tranche.

Redorer un blason égratigné ?

« Combien de RH ont été invité.es pour raconter ce qui a été fait pendant la crise, interroge Aymeric Vincent, directeur de la transformation et de la direction RH au sein du groupe Les Échos-Le Parisien. Trop souvent, cette fonction est cantonnée aux recrutements ou aux licenciements. La covid-19 lui a permis de quitter la case facile des relations avec les élus pour aborder d’autres thématiques… » Case facile ou tour d’ivoire ? Ou bien encore zone d’ombre ou second plan ? « Progressivement, en une dizaine d’années, le périmètre des RH s’est rétréci pour n’occuper qu’un rôle juridique, commente Francis Petel, vice-président de la Commission nationale éducation formation de la Confédération des petites et moyennes entreprises. Elles s’occuperaient de compétences… On sait que ce n’est pas vrai. »

Le contour de la fonction RH ? Un sujet qui fait débat, pour le moins. Mais les derniers chiffres plaident en leur faveur. En avril, 12 millions de salarié.es ont été concerné.es par l’activité partielle. Avec – phénomène boule-de-neige – la mise en place du télétravail, avec des connexions fiables, du matériel à disposition, l’ouverture des catalogues de formation, la mise en place de numéros verts pour libérer l’expression des salarié.es angoissé.es, le maintien des recrutements… Deux exemples : Scaleway, deuxième fournisseur européen de cloud public, a maintenu le cap avec 60 embauches à la clé. Idem pour Troops, spécialisée dans la numérisation RH qui a vu croître ses effectifs de 50 %, pendant le confinement, en passant de 30 à 45 collaborateurs. « Les RH ont mis en œuvre 100 % de ce qu’elles savent faire, note Bernard Serre, vice-président national délégué de l’Association nationale des DRH (ANDRH). La question de leur place devient centrale. Or, il y a quelques mois encore, on se demandait si elles n’allaient pas être remplacées par l’intelligence artificielle. Qu’est-ce que cette crise nous a appris ? Quand les salarié.es ne peuvent plus venir, les entreprises s’arrêtent. Autrement dit, l’on a réappris que la dimension humaine compte. Qu’elle va permettre la transformation des entreprises. Si les RH ne prennent pas le lead de ça, quelqu’un d’autre le fera à leur place. On ne vous la donne jamais, la place, il faut aller la chercher. »

Ancienne DRH, aujourd’hui enseignante-chercheuse au sein d’EDC Paris Business School, Caroline Diard voit une opportunité nouvelle se présenter aux RH : « Là où la crise a été bien gérée, elles pourront réclamer à avoir voix au chapitre, à intégrer le comité de direction, signe de la dimension stratégique de la fonction. » « Là où la situation »… l’expression est importante. Car il existe autant de profils de RH que d’entreprises. Le costume trop juridique des RH en poste est pointé du doigt, trop étriqué, un frein à l’ouverture sur l’extérieur. Les RH ne se racontent pas suffisamment.

La visibilité récemment gagnée devrait perdurer, pas toujours pour de sympathiques raisons. « Les ressources humaines ne vont pas perdre la main, ajoute Aymeric Vincent, du groupe Les Échos-Le Parisien, car beaucoup d’entreprises seront confrontées hélas à des plans de restructuration. »

Une fonction sur la sellette ?

Le téléphone de Loïc Douyère sonne. Un contact d’un DRH en quête d’un nouveau poste. Un échange de mail ? La même tonalité. « Une charrette de DRH » se préparerait-elle ? « Les entreprises recrutent actuellement des commerciaux, remplacent les postes financiers, ceux considérés comme stratégiques », note encore le directeur associé de Florian Mantione Institut. Les DRH n’entrent pas (encore) toujours dans cette catégorie-là.

Murielle Wolski

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