Cadeau d’affaires, valeur (presque) sûre

Fidéliser des relations, récompenser et stimuler collaborateurs et partenaires : le cadeau d’affaires fait partie intégrante de la vie de l’entreprise. Il a fait ses preuves : il ancre le nom de l’entreprise chez le bénéficiaire. Sa valeur symbolique n’est du reste pas toujours à la hauteur de sa valeur tout court. Petit geste, grand effet. Le cadeau d’affaires connaît ses tendances. On les repère.

Chèques, coffrets cadeaux, services premium… L’offre se veut aujourd’hui pléthorique, pour tous les goûts et tous les budgets. Avec souvent pour dénominateur commun ce souci de privilégier la personnalisation, l’individualisation. Il faut marquer les esprits. Selon la dernière étude menée par Omyagué en 2019, les clients sont les destinataires archiprioritaires (90 %), suivis par les collaborateurs et les partenaires (50 %). Les fournisseurs restent les parents pauvres du geste (20 % des cadeaux). Pourquoi offrir ? Primo, pour fidéliser des clients, secundo marquer un événement, tertio favoriser collaborateurs et partenaires. Sans surprise, la fin d’année constitue le pic d’achats. Les trois critères du choix n’ont à leur tour rien de surprenant : c’est le prix le facteur décisif, puis l’on veut de l’originalité avant même – mais de peu – la qualité de l’objet. Pour 64 % des acheteurs de cadeaux d’affaires, le made in France et les produits écoresponsables sont devenus importants. Qu’offre-t-on, enfin ? De la dégustation, de la gastronomie (47 %), des champagnes, vins et spiritueux (46 %). Les accessoires de bureau pointent au troisième rang (43 %), suivis par les produits high-tech (audio, photo et vidéo).

« Le marché du cadeau d’affaires a incontestablement évolué, considère Aurélie Queyrat Maître, responsable Boutique Entreprises chez Longchamp. Au-delà du traditionnel cadeau de fin d’année, ces présents de prix sont devenus des outils stratégiques pour les entreprises : ils sont l’occasion parfaite d’exprimer une gratitude tout en renforçant les valeurs de l’entreprise. » « Nos clients sont sans cesse à l’affût de services premium et de cadeaux personnalisés, confirme Bénédicte Barraqué, responsable du pôle Cadeaux et entreprises chez Fauchon. En tant que grande maison, nous avons le devoir d’offrir tous les services possibles pour s’adapter à toutes les exigences de nos clients, à commencer par les personnalisations. De la carte message confiée par nos clients ou imprimée pour eux. Au logo de l’entreprise et/ou le message du client sur le fourreau qui enserre chaque coffret. » Rien ne doit être laissé au hasard, le cadeau d’affaires est sensible au détail : rien de pire qu’une déception ou une mauvaise impression, l’objet inadapté. Des exemples ? Offrir un set de golf à un amateur de tennis ou une caisse de vin à une personne qui ne supporte pas l’alcool. Les facteurs culturels et les préférences personnelles font partie des règles d’or pour ne pas commettre d’impairs.

Arnaud Wielgus, directeur commercial chez Relais et Châteaux, réalise 55 % de l’activité sur le marché de l’entreprise : « Nous proposons deux types de produits à destination des entreprises : le coffret cadeau et les chèques cadeaux disponibles dans la plupart de nos établissements à travers le monde. Deux offres destinées à récompenser les équipes en fin d’année ou « incentiver » les équipes commerciales. »

Allier cadeau et préférence française

On a vu plus haut que le made in France était plébiscité. Offrir du Bleu Blanc Ruche, comme dirait le prophète du tricolore Arnaud Montebourg, c’est maximiser l’effet : l’agrément du cadeau et l’impression que la firme qui offre se soucie d’éthique nationale. C’est tout l’objectif de Bleu Blanc Ruche qui, comme le rappelait son fondateur au Parisien, vise avant tout à « acheter du miel à des apiculteurs français à un prix supérieur au marché, en contrepartie de quoi ceux-ci s’engagent à eux-mêmes repeupler, c’est-à-dire à augmenter leur cheptel ». Mais pas seulement. L’ancien ministre de l’Économie positionne aussi son offre sur le secteur du cadeau d’affaires par l’intermédiaire de la société C&J Trade, son distributeur exclusif. Arnaud Montebourg résume bien la démarche : « Répondre aux besoins des entreprises d’offrir des produits qui ont du sens, fabriqués en France et responsables sur le plan environnemental. »

Chez Lonchamp, Aurélie Queyrat Maître valide la tendance : « On constate que les entreprises font davantage attention à valoriser le savoir-faire français d’autant plus depuis la crise sanitaire qui invite à un retour au local. » Y compris pour des objets « bateau » du cadeau d’affaires ? Oui. Le manque d’originalité du produit ne nuit pas dès lors que l’objet se veut prestigieux. Raison pour laquelle le Véritable Cherbourg est devenu le Parapluie de Cherbourg. L’entreprise normande, dirigée depuis 2018 par Charles Yvon et qui vend 15 000 parapluies par an, se positionne elle aussi sur le marché du cadeau d’affaires au nom de l’excellence. L’obtention du label Entreprise du patrimoine vivant – EPV – et sa qualité de fournisseur de la boutique de l’Élysée suffisent à attirer les entreprises.

La covid n’a pas tué le cadeau

Les entreprises ont-elles modifié leur façon de stimuler leurs salariés en cette période troublée ? « Hormis le mois d’avril où l’activité a été complètement à l’arrêt, nous avons réalisé le même chiffre d’affaires en activité cadeaux en mai et en juin, comparé à la même période l’année dernière. L’explication est connue : un certain nombre de collaborateurs ont donné de leur temps durant cette crise tout en prenant des risques. Les entreprises pharmaceutiques ou informatiques, qui ont mis les bouchées doubles ces derniers mois, nous ont commandé des coffrets pour récompenser leurs salarié.es. Plus que jamais, les entreprises vont avoir besoin de réactiver leurs clients ou motiver leurs équipes. C’est une année spéciale. Même si certaines sociétés, en difficulté financière, ne sont pas au rendez-vous du cadeau d’affaires, on voit bien que d’autres sont prêtes à investir tout spécialement sur ce créneau », analyse Bénédicte Barraqué, Fauchon. L’enseigne gastronomique aligne sur sa carte d’affaires le « simple » dîner à 130 euros jusqu’aux 3 nuitées et 3 dîners facturés 1 560 euros à l’entreprise. « Les coffrets cadeaux “marchent” très bien, dit-elle, car ils offrent une flexibilité en fonction des besoins du client, quels que soient le budget ou les envies, concrétisés par nos écrins de chocolats, nos plateaux de confiseries, nos boîtes de macarons et un large choix de vins et champagnes. Il n’y a pas de budget moyen : l’enveloppe varie entre 15 euros et plus de 1 000 euros par cadeau grâce à notre large gamme de produits et parce que nous savons nous adapter. Nos clients sont nos meilleurs baromètres pour créer de nouvelles recettes, de nouveaux produits. Nous avons renouvelé par exemple entièrement notre collection de chocolats qui exaltent les saveurs intenses du cacao. » Mince, on aimerait bien mériter un cadeau d’affaires…

Jonathan Nahmany

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