L’affacturage joue le financement court terme

Ce mode de gestion des créances clients et de leur financement est de plus en plus plébiscité par les entreprises à la recherche du tryptique simplicité, souplesse et rapidité.

L’affacturage, ou factoring, est un mode de financement obtenu auprès d’un factor (un établissement de crédit spécialisé, aussi appelé société d’affacturage ou encore entreprise de factoring), à travers la vente de ses créances. On connaît le principe : après avoir émis les factures adressées à ses clients et au lieu d’attendre le paiement souvent retardé, on en cède les créances à un factor qui nous verse alors une certaine somme immédiatement. Rien n’est évidemment laissé au hasard. Les conditions sont fixées au préalable, à travers la signature d’un contrat d’affacturage.
Savez-vous à combien se monte le chiffre d’affaires cumulé « acheté » au premier semestre 2018 par l’ensemble des sociétés d’affacturage françaises ? 153 milliards d’euros ! Ce qui porte la progression du marché à près de 10 %. Si les chiffres progressent aussi rapidement, c’est que la typologie des entreprises clients de l’affacturage a évolué. À l’instar des mentalités. En France, on estime que moins de 3 % des entreprises ont recours à une solution de financement de leurs factures clients contre 10 % au Royaume-Uni. Cette disparité entre les pays s’explique : en France, l’affacturage a été bien longtemps associé aux entreprises en difficulté. De plus, bon nombre de chefs d’entreprise le considèrent encore comme un financement complexe et contraignant. Or le changement de cap est acté : naguère facilité réservée aux PME, le factoring concerne désormais de plus en plus de très grands producteurs de factures (opérateurs téléphoniques, fournisseurs d’électricité…) qui cèdent d’immenses portefeuilles de créances. Ces grands comptes constituent ainsi 40 % des en-cours facturés. Dans le même temps, les établissements bancaires qui détiennent la majorité des factors ont eu intérêt à pousser ce type d’offre. Le financement est réputé très sûr, puisque sécurisé par une facture. Il vient en complément du crédit traditionnel, ce qui donne le moyen à un groupe bancaire de couvrir davantage une même entreprise cliente.

Fluidifier au maximum le parcours client

Le succès fulgurant de l’affacturage repose aussi sur une reprise de l’activité économique qui s’est notamment affirmée tout au long de l’année 2017. Or ces périodes se traduisent pour les entreprises par des besoins de liquidités destinées à reconstituer les stocks, investir, recruter, exporter, conquérir de nouveaux marchés ou tout simplement répondre à une demande qui s’accélère et génère des besoins de trésorerie à satisfaire rapidement. La numérisation et son corollaire, la dématérialisation des factures, atteignent un tel niveau que certaines offres, proposées aussi bien par les sociétés d’affacturage « historiques » que par certaines fintechs, ont été cataloguées comme relevant de l’e-affacturage. Le challenge pour les factors : faire en sorte que les process deviennent de plus en plus rapides tout en fluidifiant au maximum le parcours client.

L’émergence de factors « nouvelle génération »

En apparence oligopolistique, la structuration du marché de l’affacturage apparaît aujourd’hui de plus en plus concurrentielle. Certes, force est de constater qu’environ 85 % du secteur est trusté par les filiales des grandes banques commerciales hexagonales à l’instar de BNP Paribas Factor, HSBC Factoring, Natixis Factor, CM-CIC Factor, CA Leasing & Factoring… Mais des acteurs d’une nouvelle génération relevant de la sphère des start-up ont émergé. On les appelle les « factors 2.0 ». À la faveur de promesses de valeur efficaces (simplicité des offres et process, tarification transparente, délais de réponses raccourcis…), les fintechs comme Finexkap, Urica, Edebex ou Creancio se positionnent sur le marché à potentiel des PME et TPE. Par exemple, Finexkap propose une solution de financement ponctuel de factures commerciales sans engagement. La société se targue d’être en mesure de financer des créances très spécifiques, même celles que refusent généralement les factors traditionnels. Dans leur façon de cibler une niche spécifique, les fintechs s’adressent carrément aux « laissés pour compte » comme l’indique le CEO de Finexkap, Cédric Tessier : « Nous voulons répondre à un manque. Le marché de l’affacturage traditionnel n’est pas accessible à tout le monde. Beaucoup de factors sont encore réticents à financer des créateurs d’entreprise, des jeunes TPE-PME et des sociétés qui ne cèdent que de faibles volumes de facture. »
Il n’est pas si sûr que les « majors » du factoring délaissent ce créneau des PME.
Chez Crédit Agricole Leasing & Facturing (CALF), par exemple, l’affacturage est un produit qui correspond aux besoins de toute entreprise, peu importe sa taille et son secteur d’activité. Véronique Rigal-Antonic, directrice relation client affacturage, déroule un discours parfait : « Notre gamme s’adapte parfaitement à toutes leurs spécificités. De la TPE à la grande entreprise à l’international, nous avons la solution qui correspond au besoin. » Pour les petites entreprises en tout cas, elle se nomme Cash in Time, lancé l’an passé, fort de sa réponse en moins de 24 heures à prix fixe de 3,5 % du montant TTC de la facture, mais sans frais complémentaire. « Depuis peu, des travaux sont menés pour assister nos opérateurs via des robots lors de la saisie des contrats d’affacturage, enchaîne Véronique Rigal-Antonic, avec le renseignement automatisé des champs du contrat, par exemple. Nos opérateurs gagnent en efficacité et le processus de demande de contrat s’en trouve accéléré. »

Tapis rouge pour clients rois

Pour Éric Turbot, directeur général délégué au commerce chez BNP Paribas Factor, la surenchère de l’excellence trouve des échos comparables : « Nous sommes le seul factor capable de financer les entreprises en moins de huit heures. » Pour y parvenir, pas de mystère : le factor a modernisé ses offres, accéléré la cession et le traitement des créances via des processus optimisés (plus de 98 % des factures clients sont dématérialisées). Contrats en ligne autorisés par la signature électronique (60 % des avenants aux contrats sont signés électroniquement, dixit M. Factor), numérisation de l’ensemble des parcours clients, offres au forfait, adaptées aux petites structures (montant forfaitaire, sans engagement, sans caution). Avec sa dernière offre, One2Fin, le banquier vise les acteurs du e-commerce (marketplaces et vendeurs en ligne) au nom d’un argument qui porte : « Nos clients commerçants bénéficient immédiatement du gain lié à leurs ventes, dès l’émission du bon de commande. » Sans oublier, comme chez CALF, l’accompagnement par un chargé de relation clientèle et par un gestionnaire.
Les factors, unanimes, l’affirment : l’affacturage serait aujourd’hui la première technique de financement court terme des entreprises françaises, devant le découvert. Elles ne s’y trompent pas puisque le secteur a connu en France une croissance de plus de 10 % ces dernières années. Apparemment, tout est avantage : combler rapidement des besoins de trésorerie grâce au financement de factures avant leur date d’échéance, réduction des délais de paiement, externalisation des postes clients, parade au risque de défaut de paiement. Pour Éric Turbot, « l’affacturage soutient la croissance des sociétés, de manière alternative ou complémentaire aux autres sources de financement »… même si les entreprises s’acquittent bien sûr du service rendu.
Reste… le risque de défaillance de l’entreprise cliente, qu’encourent toutes les banques et pas seulement dans le cadre de l’affacturage (le phénomène a frappé les factors les plus exposés), mais aussi de façon préoccupante le risque majeur de fraude. La bête noire des banquiers pour lesquels la course à l’affacturage sur fond de dématérialisation stimule l’imagination des félons : fausses factures, fraude aux coordonnées bancaires (le client est invité à créditer une somme sur un compte étranger) ou fraude au président (un salarié de la comptabilité de l’entreprise reçoit de son prétendu président l’ordre de virer une somme d’argent), sont probablement les plus répandues. Mobilisés contre ce fléau universel, les factors investissent dans la formation des équipes chargées de la prévention et de la détection des fraudes et le KYC (Know Your Customer).

Jonathan Nahmany

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