Les flottes automobiles ? Des ressources stratégiques de mobilités et des parcs désormais nécessairement ouverts aux véhicules électriques face aux nouvelles contraintes réglementaires et fiscales. Déjà, l’écosystème de la voiture électrique se met en place.

La succession de nouvelles mesures réglementaires et fiscales n’en finit pas de plonger les responsables de parcs automobiles dans un abîme de perplexité. En mars 2019, c’est le nouveau protocole d’homologation des véhicules (WLTP) plus sévère de 25 % en moyenne dans le calcul des émissions de CO2 qui est entré en action. À la même date, les gestionnaires de flottes constatent aussi l’alourdissement de la fiscalité automobile avec la mise en place d’un nouveau malus et l’amplification de la taxe sur les véhicules de société (TVS). Bientôt, ce sera l’entrée en vigueur de la loi sur les mobilités (LOM) qui impose à compter de 2022 aux entreprises de plus de 100 véhicules d’intégrer une part de 10 % de véhicules à faibles émissions. Cette part montera à 20 % en 2024, 35 % en 2027 puis 50 % en 2030.

Pas facile dans ces conditions de faire le choix d’une stratégie d’investissement dans un parc de véhicules. Le loueur Athlon attire l’attention sur ce pic de complexité fiscale que les entreprises doivent gérer en 2020. L’accumulation de nouvelles normes sur un seul exercice fiscal complexifie la gestion financière des milliers d’entreprises qui devront acheter ou louer des véhicules. « Ces normes n’entrent d’ailleurs pas toutes en vigueur en même temps et font du calcul de la TVS un véritable défi », alerte Bruno Morizur, directeur général d’Athlon France. « Les entreprises qui voudront convertir certains de leurs véhicules à l’énergie électrique devront revoir leurs calculs. Sauf politique volontariste sur le plan écologique, certains arbitrages, en particulier en milieu urbain, pourraient donner la priorité à l’hybride. » Pour faire face aux hésitations, ce loueur vient de publier un Guide de la fiscalité 2020 dans lequel il identifie les tendances fiscales qui obligent les chefs d’entreprise, responsables RH ou financiers, gestionnaires de flottes, à adopter une approche « véhicule par véhicule ».

Préparer les flottes à l’électrique

Le président de l’Arval Mobility Observatory (AMO), François Piot, regrette que 30 % seulement des sociétés éligibles à la mise en place d’un plan de déplacement en entreprise aient franchi le pas. « C’est encore aujourd’hui un moyen efficace au sein des entreprises de rechercher de nouvelles organisations, de challenger tous les trajets des collaborateurs et de mettre en place de nouvelles solutions de mobilité tels que l’autopartage ou le covoiturage », explique-t-il. Une démarche qui pourrait s’avérer payante à l’heure où les flottes vont s’efforcer d’introduire des véhicules électriques dans leurs parcs.
Tous les loueurs de véhicules multiplient depuis plusieurs années les prestations de conseil et d’analyse des parcs automobiles de leurs clients pour les aider à s’engager dans la transition énergétique. Comme l’explique Stéphane Crasnier, PDG d’Alphabet, « depuis 2013, nous conseillons nos clients à partir de notre solution Alpha Electric qui prend en compte les usages de leurs flottes ». Ce loueur longue durée procède à l’analyse d’un parc automobile grâce à l’apport d’un outil GPS embarqué à bord des véhicules des clients désireux de passer à l’électricité. À partir des remontées de données, il détermine et identifie les véhicules susceptibles de passer à l’électrique.

Le loueur Arval, lui, s’appuie sur son offre Smart, une solution proposée aux flottes pour les aider à construire leur stratégie de transition énergétique et les accompagner dans la mise en œuvre de solutions de mobilité alternatives. Arval veut donner à ses clients les moyens de transformer leurs ambitions en matière de RSE en plans d’action concrets, explique Ferréol Mayoly, directeur général d’Arval France. « Au-delà de l’analyse des parcours réalisés par les véhicules d’une flotte, il est aussi nécessaire de prendre en compte la situation des collaborateurs, selon qu’ils interviennent comme technicien, manager ou commercial de l’entreprise. Une flotte qui propose une véritable offre électrique doit installer des bornes de recharge sur son site mais aussi éventuellement au domicile de son collaborateur. »

L’offre « e » s’élargit

Il est vrai que l’année 2020 devrait être celle de l’introduction tant attendue de modèles électriques et hybrides dans les flottes des entreprises. Tous les constructeurs sont d’ailleurs au rendez-vous avec de nouvelles offres. Il en va ainsi de Peugeot qui vient de commercialiser la nouvelle 208 dans une version électrique très performante. Cette e-208 dispose d’une autonomie de 340 km et d’un moteur de 136 ch. Elle rejoint une nouvelle catégorie de petites citadines 100 % électriques telle que la Mini Cooper SE dotée d’une autonomie de 235 à 270 km. En version 100 % électrique, la Mini dispose de 184 ch pour un poids de seulement 1 440 kg. Même tendance chez Honda qui vient de présenter la Honda « e » animée par un moteur électrique de 150 ch pour 220 km d’autonomie. Le japonais propose une connectivité avancée illustrée par l’assistant personnel OK Honda qui s’appuie sur des algorithmes d’intelligence artificielle pour proposer des services personnalisés accessibles par commande vocale. Dans un registre de modèles plus polyvalents, la marque Lexus, filiale haut de gamme de ‡Toyota, vient de commercialiser son SUV premium urbain UX300 e en version électrique. Celui-ci est doté de 204 ch et d’une autonomie d’environ 300 km. Il se destine selon la marque « au segment des véhicules de direction d’entrée de car policy associé à un budget cohérent ».
De même, le Volvo XC 40 est désormais disponible en version 100 % électrique de puissance de 408 ch avec deux moteurs électriques. L’ensemble offre une autonomie de 400 km. Enfin, l’ID3, nouvelle berline compacte 100 % électrique de VW, sera dotée, elle, de plusieurs étages de puissance de batteries pour des autonomies de 330 à 550 km.

Les hybrides sont au rendez-vous

À côté des véhicules purement électriques, certains constructeurs ont fait le choix de la technologie hybride afin d’abaisser les niveaux d’émissions de CO2 des modèles proposés aux flottes d’entreprises. Ford développe la technologie hybride sur son nouveau Ford Puma. Ce petit SUV aux airs de faux coupé qui doit concurrencer les Renault Captur ou Peugeot 2008 est ainsi équipé d’une hybridation légère (Mild Hybrid) qui associe un alterno-démarreur de 11,5 kW avec une batterie de 48 volts. L’ensemble réduit de 10 % la consommation et les émissions de CO2.

De même, Renault propose une version hybride de la Clio. Ce modèle en tête des ventes dans les entreprises est disponible désormais en version Clio E-Tech hybride de 140 ch équipée d’un moteur essence de 1.6 couplé à deux moteurs électriques alimentés par une batterie de 1,2 kWh. En milieu urbain, Renault promet une réduction de 40 % de la consommation d’essence et une autonomie électrique de 65 km.

Chez Peugeot, les best-sellers de la marque sont disponibles désormais en version hybride rechargeable. Il en va ainsi de la 508 mais surtout du SUV 3008 proposé dans deux versions plug-in. Plus dédié aux flottes, le 3008 Hybrid 225 ch est homologué pour des émissions de 31 g/km de CO2. Un atout fiscal que les flottes d’entreprises ne pourront cette année négliger. Idem dans l’univers premium où les modèles à succès se doivent aussi d’être proposés en version hybride rechargeable. Il en va ainsi du BMW X1 qui va pouvoir sauvegarder son statut de numéro 1 des SUV Premium avec la version plug-in xDrive25 e. Elle développe une puissance cumulée de 220 ch et est homologuée pour une consommation de 2,2 l/100 km et des émissions de CO2 à 48 g/km.

Chez Audi, le Q5 repasse également par la case plug-in et revient dans le catalogue de la marque dans une confortable version hybride rechargeable Q5 55TFSI e de 367 ch. Enfin, chez Mercedes, de multiples modèles connaissent une évolution avec des variantes hybrides rechargeables. C’est le cas de la Mercedes Classe A 250 e qui propose une puissance cumulée de 218 ch pour une consommation de 1,4 I/100 km et 25 g/km d’émissions de CO2. Son constructeur annonce aussi une autonomie électrique de plus de 60 km. De quoi autoriser des trajets domicile-travail au quotidien en mode zéro émission.

Total : de la pompe à la borne

Pour faire face à l’arrivée importante de véhicules électriques dans les entreprises, tout un écosystème se met en place. Il en va ainsi en priorité des pétroliers qui s’engagent désormais dans une profonde mue. Comme l’explique Sophie Vergne, directrice marketing de Total Fleet, « nos clients professionnels commencent à adopter des véhicules électriques et s’interrogent sur la façon de s’équiper en bornes de recharge afin de faciliter le parcours de leurs collaborateurs. Total Fleet propose des bornes de recharge accessibles avec la carte Total à la fois pour le véhicule du collaborateur ou pour un usage privé. Pour les voitures de fonction qui doivent recharger leurs batteries dans l’entreprise, mais aussi au domicile de l’utilisateur, Total Fleet propose une solution de borne de recharge chez le particulier lequel disposera de deux cartes : l’une pour une recharge personnelle, l’autre pour une recharge professionnelle, laquelle sera facturée à l’entreprise ».

Chez Total, l’offre de solutions de recharge passe aussi bien par les bornes dans l’entreprise que par la mise en place de stations de recharge sur certains sites qui reçoivent du public ou encore directement au domicile des conducteurs. De plus, avec la carte Total, indique Sophie Vergne, « les utilisateurs ont accès à 18 000 points de recharge en France et plus de 100 000 en Europe. Nous développons également un réseau de charge rapide de 175 kW avec un point de recharge tous les 150 km en France et en Europe ».

Shell développe aussi ses bornes électriques

De son côté, le pétrolier Shell avance au pas de charge pour s’ouvrir à la transition énergétique. La firme a racheté il y a un an la société NewMotion qui dispose d’un important réseau de bornes de recharge dont 20 000 en France. Shell a également établi un partenariat avec le réseau de recharge rapide Ionity développé par un consortium de constructeurs automobiles. Comme le souligne Marie Bandelier, responsable du marketing de Shell Fleet Solutions, « les études réalisées nous montrent que les utilisateurs de véhicules électriques font montre d’un comportement différent des utilisateurs des modèles thermiques. Avec une voiture électrique, un conducteur réalise en moyenne 20 % de recharge électrique sur des bornes publiques, 40 % à son domicile et 40 % sur le parking de son entreprise où il passe le plus de temps. Shell propose donc désormais l’installation de bornes de recharge électriques sur le parking des entreprises ainsi que chez leurs collaborateurs ».

Ce pétrolier a également annoncé le lancement de son nouvel outil baptisé Business Hub. Grâce à cette plate-forme, les entreprises surveillent, analysent et contrôlent tous les aspects de leur infrastructure de recharge, y compris les sessions de recharge de leurs véhicules électriques. Les données détaillées des flottes donnent la clé de l’optimisation du « coût total de possession » et l’efficacité de leur infrastructure de recharge pour véhicules électriques.

Parallèlement, comme Total il y a quelques mois, Shell va s’ouvre à la gestion de flottes. « Nous venons de lancer Shell Fleet Hub, explique la responsable du marketing de Shell Fleet Solutions. Il s’agit d’une nouvelle solution proposée à nos clients pour la gestion en temps réel de leurs parcs automobiles. Ce portail dédié à la gestion des cartes carburant s’ouvre plus largement à la gestion de flotte en ligne. Il rassemble l’ensemble des services nécessaires au suivi d’un parc à partir des transactions opérées mais également des kilométrages réalisés par les véhicules d’une flotte. Il fournit ainsi des états de gestion tels que la facturation, des alertes sur l’état du parc, et bien d’autres. » Pour les pétroliers, la montée en puissance des véhicules électriques change totalement la donne et principalement celle des cartes carburant délivrées aux flottes d’entreprises. Face au risque de disruption, la transition de la pompe à essence vers la borne électrique semble inévitable.

Jean-Pierre Lagarde

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