Quatorze projets finalisés de services, produits, solutions qui pourraient devenir autant d’entreprises (ou qui sont déjà des start-up). Des équipes de jeunes gens au sortir de leur 5e année de l’Épitech, gonflés à bloc, qui « pitchent » devant 11 jurés venus de tous les horizons du monde de demain – dont votre serviteur. Depuis 2014, l’École pour l’informatique (Épi) et les nouvelles technologies (tech) lance ses étudiants dans le grand bain sous forme d’un projet de fin d’études, l’Épitech Innovative Project. L’Épitech Experience de 2020 des 24 et 25 janvier a révélé des concepts en prise directe avec la France et le monde mutants. Balade au cœur du « futur de l’informatique ».

La matrice : le groupe Ionis (ou Ionis Education Group), la tentaculaire holding créée par Marc Sellam en 1980, avec sa vingtaine d’enseignes et sa soixantaine d’établissements dans les domaines du management d’entreprise, du marketing, de la communication, de la gestion, des hautes technologies, de la création multimédia. Parmi lesquels les sœurs ennemies (gentiment) mais surtout complémentaires que sont l’Épita (École pour l’informatique et les techniques avancées) et l’Épitech, la même mais version nouvelles technologies. En gros, la première forme de bons QI style bac S mention très bien aux métiers d’ingénieur en trois ans, avec le diplôme ad hoc, la deuxième délivre en cinq années le titre d’« expert en technologies de l’information », qui n’est ni master ni diplôme d’ingénieur. Mais sur le terrain, les « gamins », comme les nomme affectueusement le directeur de cette école pas comme les autres, Emmanuel Carli, sont immergés, parfois submergés mais toujours à flot dans un maelstrom de savoirs et d’expériences hors normes.

Autoformation et immersion

Car les jeunes gens en question qui entrent à l’Épitech postbac ont le droit de ne pas briller en maths (mais il ne leur est pas interdit non plus de cartonner !). Et s’ils/elles viennent à 60 % de bacs S, le reste se répartit entre tous les bacs, ST, ST2I, ES, STMG et même L, avec une poignée de bacs pros. Mais on entre aussi à l’Épitech à bac + 2, + 3, en reconversion professionnelle et même en rupture scolaire (Web@cadémie). Ni cours magistraux ni TD, de l’autoformation. Ni physique, ni humanités, ni maths, de la programmation. Donc pas de notes, pas d’examens sur table, des cours filmés en libre accès aux étudiant/es dès qu’ils/elles sortent de la « piscine » où l’on code tant et plus. De l’immersion. « Le dossier scolaire nous importe peu, on évalue à l’entrée l’intérêt du ou de la candidat/e pour le numérique, l’informatique avec le code, le numérique avec les usages », explique Emmanuel Carli, fort du concept de l’apprentissage par projet, marque de l’école. Autre critère d’entrée, le mindset, cette capacité à travailler en équipe dans des domaines sans cesse fluctuants, à trouver des solutions, à se montrer curieux. « L’objectif, martèle le directeur issu en son temps du “bain”, est de former des cerveaux capables d’évoluer dans des secteurs ultra-changeants. On apprend aux étudiants à faire l’acquisition des connaissances techniques utiles à la réalisation du projet. C’est le fameux “apprendre à apprendre”. » Et ça se repère quand les jeunes gens sont immergés dans un serious game avec mission de désamorcer une bombe en trois minutes ! « Placez un candidat devant un obstacle, si elle ou il vous dit “pas de problème, je vais passer à gauche ou à droite, par la fenêtre, mais j’avance”, l’on sait qu’il ou elle pourra rejoindre l’école », arbitre Emmanuel Carli.

Et la rejoindre partout. Depuis 1999, Épitech s’est déployée sur 12 sites en métropole, le 13e à La Réunion. Hors frontières, on retrouve des campus dans les 3 B, Berlin, Barcelone, Bruxelles. Beaucoup plus loin au Bénin et à Tirana en Albanie, sous la houlette d’anciens d’Épitech montés en franchise, à New York, Genève, Casablanca, sans oublier une vingtaine de campus créés ou en création.

Mini CES

Les cinq ans qui aboutiront à l’Épitech Innovative Project commencent à 18 ou 19 ans par de petits projets qui se révéleront aboutis cinq ans plus tard. On retrouve presque dans l’itinéraire de ces enfants pas si gâtés le parcours d’un ouvrier du devoir, avec le chef-d’œuvre final, l’Épitech Experience. Y compris le voyage puisque les Épitech passent leur 4e année à l’étranger. En phase 1, ils/elles ont plongé dans la piscine « moonshot » (le lancement) où des conférenciers, des professionnels et des experts suivent l’avancée des projets d’abord modestes au moment où les équipes se constituent, par affinités, trois mois durant. En phase 2, la piscine « forward » confronte le projet avancé, prototypé, au marché. À leur retour du stage à l’étranger, les Épitech boys and girls s’attaquent à la 3e phase, la synthèse. Des 119 projets innovants de l’année 2020, remontés de toutes les régions, 14 vont émerger en finalistes qui vont se frotter à une autre piscine : deux jours durant, les grands espaces d’Épitech Paris au Kremlin-Bicêtre se mettent à ressembler, comme le disent les organisateurs, à « un mini CES ». Les finalistes en microstands répètent leurs démos, ils seront en amphi face à leurs pairs et au jury pour « vendre » leur projet, quatre conférences sur l’innovation et les métiers du numérique enchaîneront après la remise des prix. Il est temps de plonger dans le concret des start-up en puissance.

Olivier Magnan

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