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L’industrie du conseil au Moyen-Orient. Par Caterina Di Summa, Tushara Nambiar, Klara Pelhjan, étudiants Audencia Grande École. Dans le cadre du concours des meilleures copies étudiantes de l’école de commerce nantaise.

« Ont-elles le droit de sortir ? », « Ont-elles le droit de conduire ? », « Doivent-elles porter la burqa même si elles ne sont pas musulmanes ? » – voici sans aucun doute certaines des questions les plus courantes qui viennent à l’esprit quand on pense aux femmes au Moyen-Orient. Qu’en est-il des cabinets de conseil ?

Caterina Di Summa

Il n’était pas rare que les femmes soient traitées comme des citoyennes de second rang ; malheureusement, elles le sont encore dans certaines parties du monde. Comme c’est souvent le cas au Moyen Orient. Les possibilités d’emploi et les salaires des femmes étaient très différents de ceux des hommes. Un phénomène flagrant dans tous les domaines, auquel l’industrie du conseil n’échappe pas : un célèbre « club réservé aux hommes ». Une recherche rapide sur Internet révèle que, bien que les femmes du Moyen-Orient aient l’un des niveaux d’éducation les plus élevés parmi toute la population féminine dans le monde, 13 des 155 pays ayant les taux les plus faibles de participation des femmes au marché du travail sont situés au Moyen-Orient1, ce qui est déplorable.

Le rôle des femmes dans le secteur du conseil est essentiel

Avec des gratte-ciel qui s’élèvent toujours plus haut, un train de vie opulent, des salaires très élevés et, cerise sur le gâteau, aucun impôt, les Émirats Arabes Unis sont l’un des pays du Moyen-Orient les plus attrayants pour les travailleurs. Anjana Rose Joseph partage son point de vue de jeune consultante travaillant dans une industrie dominée par les hommes dans un pays déjà prédisposé à favoriser la gent masculine dans les rôles de pouvoir. Elle travaille pour l’un des cabinets du Big Four dans ce paradis fiscal, et ses fonctions concernent principalement l’immigration professionnelle dans la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord). Depuis qu’elle a commencé sa carrière de consultante, il y a peu, Anjana se réjouit de son expérience gratifiante.

Klara Peljhan

Les femmes offrent des points de vue, des capacités et des expériences très personnels à l’industrie du conseil, et les entreprises qui accordent la priorité à la diversité des genres sont davantage en mesure de gérer les enjeux commerciaux difficiles. Le rôle des femmes dans le secteur du conseil est essentiel au succès et à la croissance de cette industrie. Elles continueront à contribuer de façon significative au secteur et joueront un rôle crucial dans la détermination de son orientation tant que les entreprises feront la promotion de la diversité et de l’égalité des genres. Les femmes représentent 70 % des diplômés universitaires aux Émirats Arabes Unis, pourtant à peine 37 % des consultants embauchés sont des femmes2. Cela ne dépend pas uniquement des cabinets de conseil. Rendons à César ce qui appartient à César : la société joue un rôle crucial. Comme il n’est pas « courant » de voir une consultante et de travailler avec elle, il est possible que certains clients n’embauchent pas de femmes, ce qui limite leurs possibilités d’avancement dans la société. Les difficultés ne viennent pas seulement de l’externe, mais aussi, malheureusement, de l’interne. Il n’est pas rare que les cabinets de conseil soient structurés de manière à favoriser le recrutement d’hommes plutôt que de femmes simplement pour « plus de sécurité » et parce que les hommes sont perçus comme de meilleurs candidats, au même niveau de qualification, simplement en raison de leur genre… Par conséquent, entrer dans un cabinet est déjà une compétition inéquitable pour les femmes.

Pourquoi ? L’un des aspects les plus affligeants de ce préjudice est la fréquence à laquelle les collaboratrices sont pénalisées et discriminées simplement parce qu’un client est mal à l’aise à l’idée de travailler avec une femme, et puisque l’objectif principal d’une société de conseil est de réaliser des bénéfices, il est nécessaire de plaire au client. C’est pourquoi la structure organisationnelle du cabinet permet de remplacer une consultante par son homologue masculin plutôt que de défendre son personnel féminin, même si la consultante est tout à fait compétente et constitue le meilleur choix pour représenter le client. Mais il y a un espoir. Anjana explique que certaines sociétés de conseil, comme la sienne, ont subi une sorte de restructuration et refusent maintenant de s’engager auprès de clients qui ne font appel qu’à des hommes afin de combattre ces stéréotypes. Ces sociétés comprennent que les compétences et l’expérience d’un consultant, et non son genre, doivent être les facteurs déterminants lorsqu’il s’agit de décider qui est le meilleur candidat pour une mission. Les cabinets de conseil doivent reconnaître la valeur de la contribution de leurs employées et prendre des mesures proactives pour garantir que les femmes soient traitées équitablement et respectueusement. En fin de compte, les compétences d’une femme — et non son genre— peuvent faire d’elle un meilleur profil.

Des motifs d’espoir

Tushara Nambiar

Mais le tabou et l’habitude de dévaloriser les femmes simplement en raison de leur genre sont encore bien vivants. Avec l’aide du gouvernement et des cabinets de conseil, il faudra beaucoup de courage aux femmes et aux hommes pour surmonter cette stigmatisation.

« Il n’y a pas de différence entre les services que nous proposons et le travail que nous sommes capables de faire », explique Anjana. Depuis le 19 janvier 2022, la Loi sur le travail des Émirats Arabes Unis exige que les employées soient rémunérées à la hauteur de leurs homologues masculins, à condition qu’elles effectuent le même travail ou un travail de valeur égale3. Il est devenu illégal de discriminer les femmes simplement parce qu’elles sont des femmes. Les grands cabinets jouent également leur rôle, comme en témoigne l’expérience d’Anjana. Elle travaille avec une équipe composée à 80 % de femmes. Il est rassurant de savoir que l’industrie se modernise grâce aux réglementations gouvernementales et au travail des sociétés de conseil.

Heureusement pour Anjana et pour toutes les jeunes femmes qui souhaitent suivre de leur passion et travailler dans l’industrie du conseil, il ne s’agit plus d’un « club réservé aux hommes ».


[1] Faits. (n.d.). CONSEIL POUR L’ÉQUILIBRE ENTRE LES SEXES DES EAU. Lien.

[2] Taux de participation des femmes au marché du travail (% de la population féminine âgée de 15 ans et plus) (estimation modélisée de l’OIT) | Données. (n.d.). Lien.

[3] L’égalité hommes-femmes sur le marché du travail – Portail officiel du gouvernement des EAU. (n.d.). Lien.

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