La transition énergétique, un grand défi pour les consultants

Charbon, pétrole, gaz naturel, eau, soleil ou vent : les manières de produire de l’énergie aujourd’hui sont de plus en plus puissantes et tout aussi nécessaires.

Dans un monde où développement humain rime avec consommation d’énergie1, supprimer totalement les émissions de CO2 semble utopique. Malheureusement, la réalité est que nous sommes obligés de réduire considérablement, sinon totalement, nos émissions de gaz à effet de serre (GES) si nous voulons atteindre les objectifs de l’Accord de Paris de 20162, qui visent, sur le long terme, à « contenir l’élévation de la température de la planète nettement en dessous de 2 °C par rapport aux niveaux préindustriels ».

À l’avenir, l’électricité est appelée à devenir le principal vecteur d’énergie en matière de consommation. Depuis la découverte du courant électrique par Michael Faraday dans les années 1800, l’utilisation de l’électricité est devenue courante. De l’ampoule électrique au carburant moteur, les ingénieurs sont désormais mis au défi de trouver le moyen d’en faire l’énergie propre par excellence. Si la consommation d’électricité ne génère pas d’émissions de CO2, ce n’est pas le cas en revanche de sa production. Aujourd’hui, en fonction de l’endroit où vous vous trouvez, l’électricité est produite par l’énergie nucléaire, le charbon, le gaz naturel, le mazout ou une énergie renouvelable (solaire, éolienne, hydraulique, etc.).

Aux États-Unis, 35 % des émissions totales de CO2 du pays sont dues à la production d’électricité. En Europe, l’industrie électrique représente 20 % des émissions totales de CO2. Aujourd’hui, une grande partie de la planète a pour objectif de ramener les émissions nettes à zéro. Le grand défi consiste donc désormais à produire et à générer une valeur économique sans émettre de CO2. Pour en savoir plus à ce sujet, nous avons rencontré un consultant senior de chez Accenture concerné par cet enjeu : « Les gens veulent en même temps sauver la planète et réduire leurs factures énergétiques. »

Sensibiliser l’opinion publique est indispensable pour décarboner l’Europe d’ici à 2030

La transition occupe une place centrale dans le cadre de valeurs d’Accenture. Elle doit être inclusive et induire un changement des comportements. Si l’on veut éviter que les clients paient plus cher, nous avons besoin d’un changement culturel radical, avec une plus grande transparence et une optimisation de notre consommation à tous les degrés de la société.

Plus de transparence implique également de connaître la provenance de notre électricité. Les ménages s’inquiètent des répercussions sur leurs factures énergétiques et ont besoin d’en savoir plus sur les perspectives de consommation durable. Ils s’interrogent sur la propreté de ce qu’ils consomment à chaque moment de la journée. Dans cette recherche quotidienne, les consultants vont jouer un rôle important d’informateurs auprès de leurs clients, puisque chaque nouvelle génération est de plus en plus consciente de la nécessité de la transition. Nous nous sommes entretenus avec Melissa Stark, directrice des services d’énergies renouvelables et de transition énergétique chez Accenture. « L’électricité n’est pas un sujet passionnant, mais sauver la planète, c’est autre chose. Or, 99 % de ce que nous avons fait jusqu’à présent consistait uniquement à ajuster l’offre à la demande », nous a-t-elle expliqué.

Elle pense que, d’ici à 2025, le nombre de voitures électriques en circulation dépassera les 47 millions, pour atteindre 120 millions d’ici à 2030. Le défi concernera la consommation d’électricité due à la recharge quotidienne des batteries. L’objectif est d’éviter une trop grande consommation à certaines heures de la journée et d’utiliser exclusivement des énergies renouvelables pour recharger ces voitures de demain. L’une des solutions pourrait consister à modifier la manière dont nous utilisons l’énergie : la demande pourrait rejoindre l’offre pour augmenter la part des énergies renouvelables, surtout au vu de l’interconnexion des marchés européens.

L’objectif d’une énergie sans carbone est essentiel et c’est pourquoi nous avons demandé à Melissa Stark comment elle imaginait les sociétés et industries européennes dans dix ans : « En Europe, les énergies renouvelables s’imposeront dans le mix électrique, jusqu’à en représenter 75 %, avec 55 % d’énergie solaire et éolienne, 20 % d’hydroélectrique et un peu de biomasse. »

D’ici à 2030, le réseau électrique aura été totalement modifié de façon à pouvoir poursuivre la décarbonation des villes européennes et améliorer l’efficacité de la consommation électrique et des ressources énergétiques distribuées.

Les consultants doivent cibler les entreprises, les villes, les États, mais aussi les groupements industriels

L’un des plus grands défis des consultants d’ici à 2030 sera d’aider les villes européennes à se décarboner. Selon l’Agence européenne pour l’environnement (AEE), la pollution atmosphérique est « le premier risque environnemental pour la santé en Europe3 ». Les villes européennes peuvent viser la neutralité carbone, améliorer la qualité de l’air, mettre en place un système de tarification intelligent pour les véhicules, renforcer les synergies entre les secteurs de l’électricité et de l’e-mobility, ou encore soutenir une reprise économique faible en carbone grâce aux programmes en faveur de la marche et du vélo4.

De fait, si nous réduisons la pollution atmosphérique grâce à ces solutions de relance, les bénéfices pour la santé humaine d’ici à 2030 pourraient représenter un montant total équivalant à 80 millions d’euros. Les consultants doivent cibler de nombreux pays européens qui se sont engagés à atteindre la neutralité carbone d’ici à 20505.

En Europe, on compte plus de 3 000 groupements industriels représentant 54 millions d’emplois, ce qui en fait une cible de prédilection. Pour donner un exemple concret de la décarbonation des clusters industriels en Europe, citons Humber (au Royaume-Uni), qui s’est fixé pour objectif de créer le premier cluster industriel net zéro au monde. Le groupe prévoit de développer un réseau de captage et de stockage du carbone, la production et le déploiement d’hydrogène bas carbone, ainsi que la production d’hydrogène vert par électrolyse grâce à l’éolien offshore.

Si chaque cluster industriel créait de l’hydrogène vert qui pourrait être stocké et utilisé avec résilience, il s’ensuivrait une diminution de notre dépendance aux ressources fossiles étrangères et limiterait ainsi les risques d’approvisionnement3. Car selon la consultante senior de chez Accenture, « le stockage à long terme de l’électricité est pour l’instant la seule solution envisagée pour atteindre la mondialisation des énergies renouvelables5 ».

En guise d’exemple de décarbonation d’une entreprise à fort impact régional partout dans le monde, l’objectif de Google de fonctionner grâce à des énergies sans carbone 24 heures sur 24, 7 jours sur 7 d’ici à 2030 pourrait inspirer d’autres sociétés motivées par les préoccupations climatiques. Encourager les consommateurs d’électricité ou d’autres sociétés à leur emboîter le pas pourrait également aider à répandre ce genre d’initiatives dans le monde entier.

Pour résumer, les sociétés de conseil ont un rôle crucial à jouer pour aider les entreprises à réaliser cette transition énergétique qui devra conduire à la décarbonation de l’Europe d’ici à 2030. À l’heure actuelle, sensibiliser l’opinion publique est l’une des clés pour encourager les clients, par exemple, à profiter des heures creuses de façon à équilibrer la consommation d’électricité.

1 http://hdr.undp.org/en/content/energising-human-development

2 https://ec.europa.eu/clima/policies/international/negotiations/paris_en

3 Shaping the Future of Energy and Materials System Value Framework – Europe Market Analysis, octobre 2020

4 Energy Transition in Utilities – Accelerating the energy transition toward a net-zero emissions future.

5 Energizing Industry – Generating >€200 billion per year by 2030 through European industrial decarbonization

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