La transition écologique : un concept qui change la donne pour les consultants ?

Par Charlotte Fosse et Alexandre Pedezert, étudiants Audencia Grande École.

Le 12 décembre 2020 a marqué le cinquième anniversaire de l’Accord de Paris. Cet événement phare avait pour ambition de placer le monde sur la voie d’un développement à faible émission de carbone. En dépit de la bonne volonté démontrée, il faut reconnaître que les résultats sont mitigés. Par conséquent, les sociétés doivent dès maintenant s’engager dans une transition radicale vers de nouveaux modèles : des institutions politiques aux citoyens, tous sont concernés et les entreprises ne font pas exception. En tant qu’étudiants en consulting, nous nous sommes demandé quelles pouvaient être les répercussions sur les sociétés de conseil et les consultants. Maxime Bahuau, ingénieur en efficacité énergétique, et Carolin Tüns, consultante en développement durable/architecte chez Inddigo, une société de conseil engagée dans la transition écologique, ont accepté de répondre à nos questions.

De nouveaux défis pour les sociétés

Aujourd’hui, « les entreprises doivent être préparées à faire face aux nouveaux défis législatifs et réglementaires » qu’implique la transition écologique, souligne Carolin Tüns. La transition écologique en effet n’a plus rien de nouveau et les entreprises disposent désormais des outils nécessaires pour pouvoir faire face aux contraintes qu’elle impose. Aussi, pour s’assurer que tous les acteurs économiques se conforment à ses exigences, celles-ci ont été traduites en lois très concrètes. La loi Pacte de 20191 en France est un bon exemple, car elle oblige les entreprises à prendre en considération tous les enjeux sociaux et environnementaux inhérents à leur activité. L’analyse du cycle de vie est un autre problème auquel les entreprises sont confrontées.

La multiplication des contraintes législatives et administratives oblige les entreprises à adapter leur modèle économique. Le déplacement du personnel et l’utilisation d’énergies renouvelables font partie des questions qu’elles doivent désormais aborder. Par exemple, en 2018, Apple a annoncé que ses installations mondiales étaient approvisionnées en électricité à partir d’énergie 100 % propre.

Mais surtout, comme le dit Maxime, « la participation à la transition écologique représente une véritable opportunité pour les entreprises de renforcer leur attrait ». Comme l’indique le baromètre GreenFlex/Ademe 20192, pour 63 % des Français, qu’une entreprise propose des produits durables renforce leur confiance en elle.

En outre, de plus en plus de cadres se préoccupent de ces sujets, comme le révèle une étude réalisée en 20193 : 78 % des cadres pourraient choisir leur futur employeur en fonction de ses valeurs écologiques. Par conséquent, il devient crucial pour les entreprises de mettre en œuvre de nouvelles pratiques si elles veulent continuer d’attirer des cadres supérieurs et rester concurrentiels.

La bonne nouvelle ? C’est que la pandémie n’a pas affaibli cet engagement en faveur de la transition écologique. Au contraire, le 3 mai 2020, 90 dirigeants d’entreprise ont signé un article dans Le Monde pour encourager une transition écologique plus rapide4. Comme Carolin et Maxime l’ont signalé pendant notre entretien, la pandémie a créé de nouvelles contraintes, mais aussi de nouvelles opportunités commerciales, de quoi obliger les entreprises à accélérer leur transition vers un modèle plus durable. C’est pourquoi nous observons aujourd’hui un véritable engagement des entreprises à l’égard de la transition écologique, avec de nouveaux défis à relever.

De nouveaux impératifs pour les sociétés de conseil

La transition écologique est un processus long, mais inévitable. Pour faire face à ce changement de paradigme, les grandes sociétés de conseil sont en train de s’adapter. Elles ont créé de nouveaux postes (par exemple, consultants en RSE et en transition écologique), ainsi que de nouveaux départements. KPMG a lancé son département développement durable dès 1993, PwC a fait de même en 1994 et le nombre de consultants n’a fait que s’accroître depuis, ce qui prouve qu’une vraie prise de conscience est en train de se produire dans ce domaine. Car ce nouveau profil de consultants soutient concrètement la mise en œuvre de pratiques durables dans les entreprises conseillées. Ils mettent aussi en lumière les principaux risques liés au changement climatique, comme l’indique le rapport publié par McKinsey en septembre 20205.

La transition écologique n’est pas l’apanage des grandes sociétés de conseil. Les cabinets plus petits et les cabinets locaux ont également un rôle à jouer. Inddigo est l’un d’entre eux. Cette société de conseil française travaille avec un grand nombre d’acteurs publics français depuis près de 30 ans sur les défis posés par la transition écologique à plusieurs degrés, de la gestion des déchets à la rénovation de bâtiments. Leur principale force ? Leur ancrage territorial. La proximité avec les clients aide les consultants à comprendre leurs besoins et, par conséquent, à les aider dans leur évolution, quels que soient leur ambition et leurs moyens. Inddigo est la preuve qu’il est possible de bâtir de nouveaux modèles économiques sur les valeurs de la transition écologique et de les faire fonctionner.

De nouveaux rôles pour les consultants

La transition écologique aura des répercussions sur les sociétés de conseil et, par conséquent, sur les consultant·es. Lesquel·les, comme mentionné plus tôt, sont confronté·es à de nouvelles missions liées à la durabilité des entreprises. Mais ils·elles sont également en train de modifier leur manière de travailler, en introduisant une dimension environnementale importante dans leur offre. De grandes sociétés comme Deloitte essaient d’inclure l’empreinte carbone dans leurs recommandations aux clients et de les sensibiliser aux effets environnementaux.

Dans les petits cabinets comme Inddigo, l’engagement des consultant·es en faveur de la durabilité écologique va plus loin. Comme Maxime le signale, leur rôle est de regarder au-delà du cahier des charges des clients. Ils·elles sont là pour confronter les demandes et pour proposer les solutions les plus appropriées et les plus durables. Mais sensibiliser le client requiert une approche interdisciplinaire, dans la mesure où le changement climatique impose des contraintes très différentes à un large éventail d’acteurs. C’est pourquoi nous sommes convaincus que les futur·es consultant·es auront besoin de compétences hybrides pour faire face à ces nouveaux défis et soutenir tous les acteurs dans leurs missions.

Les consultant·es ne devraient pas se contenter de conseiller, mais devraient également sensibiliser leurs clients et l’opinion publique à de multiples sujets. Ils·elles possèdent l’expertise et peuvent, grâce au développement d’outils numériques, informer les gens sur des enjeux importants. La participation d’Inddigo aux Assises de la transition écologique en ligne est un exemple de cet engagement public.

Pour autant, il faut garder à l’esprit que les clients restent décisionnaires. Par conséquent, si les consultant·es souhaitent délivrer le bon message, ils·elles doivent conserver les qualités qui ont toujours été au centre de leur profession, l’écoute et la patience, et les combiner avec leur engagement personnel afin de développer la conviction nécessaire pour motiver leurs clients à suivre leurs préconisations.

En conclusion, la transition écologique est en cours et tous les départements des entreprises seront impactés. À mesure que le paradigme évoluera, les sociétés de conseil auront un choix à faire : être ou subir le changement. Nous pensons que cette question est trop importante pour ne susciter que des demi-mesures et les consultant·es doivent participer à ce débat. Leur avenir est en jeu. Alors, quelles sociétés embarqueront en direction du conseil 4.0 ?

Références
[1] Pacte, Le Plan d’action pour la croissance et la transformation des entreprises, 2019, septembre. https://www.economie.gouv.fr/files/files/2019/PACTE_Juin2019/bro-a4-pacte.pdf

[2] Baromètre de la consommation responsable – GreenFlex/Adema – Édition 2019, mai 2020. https://www.greenflex.com/offres/produits-consommation-responsables/marketing-responsable/barometre-consommation-responsable-2019/

[3] Environnement : pour 8 cadres sur 10, leurs employeurs sont trop timides, Cadremploi, 30 octobre 2019. https://www.cadremploi.fr/editorial/actualites/actu-emploi/detail/article/environnement-pour-les-cadres-leurs-employeurs-sont-trop-timides.html

[4] Tribune, Mettons l’environnement au cœur de la reprise économique, Le Monde, 2020, nº 23426, 5 mai 2020, p. 28.

5] McKinsey on Climate Change, McKinsey & Company, septembre 2020. https://www.mckinsey.com/~/media/McKinsey/Business%20Functions/Sustainability/Our%20Insights/McKinsey%20on%20Climate%20Change/McKinsey-on-Climate-Change-Report-v2.pdf 

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