Consultant·es, lisez cet article pour savoir comment faire des nuits de 8 heures sans vous faire licencier

Il est 23 h 54. Il y a 4 heures, vous avez prévenu vos amis que vous seriez en retard. Il ne vous restait qu’à finir cette présentation. Pas grave, ils comprendront. D’ailleurs, ils ont l’habitude. En fin de compte, vous avez raté le dîner que vous attendiez depuis si longtemps. Encore quelques slides à terminer. À 21 heures, vous avez renoncé à l’idée de dire « bonne nuit » à vos enfants. Maintenant, vous vous demandez simplement si vous allez réussir à dormir cette nuit. Au fait, quand avez-vous mangé pour la dernière fois ? Peu importe, le client avant tout. Et vous n’êtes pas seul au bureau. Vos collègues sont là aussi. L’épuisement se lit clairement sur leurs visages. Vous vous dites que vous avez probablement la même tête. Un zombie dans un beau costume. Mais pourquoi faites-vous cela ? Eh bien, c’est simple : l’adrénaline, le prestige, la diversité des projets, le salaire, toutes les choses que vous ne cessez d’apprendre… Pourtant vous vous demandez : y a-t-il un meilleur poste que celui-ci, pour lequel vous avez travaillé si dur ? 

Ça vous dit quelque chose ?
Si vous êtes consultant·e, vous connaissez parfaitement cette situation. En tenant compte du fait que 300 000 à 500 000 employé·es ont été reconnu·es souffrir de burn-out en France en 2017*, nous pouvons supposer que le conseil ne fait pas exception. Mais nous ne disposons pas de chiffres spécifiques au burn-out dans le secteur du conseil, probablement parce que l’ADN de cette industrie – confidentialité, discrétion, élitisme – n’a pas changé, et qu’il sera toujours difficile d’évoquer les questions du burn-out et de l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée dans un monde où ces mots sont presque synonymes d’échec. Il n’est donc pas surprenant que le conseil, notamment en stratégie et en management, soit l’une des industries où la rotation des effectifs soit la plus élevée (entre 25 à 30 % de changement de personnel chaque année) : « à prendre ou à laisser ». 

D’accord, mais le laisser pour aller où ?
Pendant des années, deux grandes perspectives s’offraient aux consultants : aller travailler dans une entreprise après avoir passé quelques années dans le conseil ou gravir les échelons au sein de votre cabinet pour devenir Partner. Aujourd’hui, ces deux voies prévalent encore, mais avec l’émergence de l’entrepreneuriat et du marché du travail indépendant, ainsi que la libération de la parole concernant l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée. Une autre solution se dessine, auparavant perçue comme un échec, mais qui semble aujourd’hui attirer de plus en plus de consultant·es : le travail en free-lance. 

Martin Videlaine, ancien principal chez Roland Berger, et Ghita Lahlou (BCG, Roland Berger), sont aujourd’hui les associé·es à la tête de Blue Birds, anciennement NC Partners On Demand (NCPOD), une plate-forme spécialisée dans le recrutement de consultant·es indépendant·es de premier plan et le management de transition. Martin a créé NCPOD en 2018, après avoir identifié deux tendances du marché : l’attrait croissant du freelancing auprès des consultants d’un côté et l’intérêt grandissant des clients pour le conseil indépendant de l’autre. 

Trois principaux profils de consultant·es indépendant·es
Martin analyse les multiples profils de consultant·es indépendant·es sur sa plate-forme ainsi que leurs motivations pour le travail en free-lance. 

En premier lieu, il y a les « pur·es indépendant·es », à la recherche d’un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie privée, et qui souhaitent être libres de choisir leurs missions et de se spécialiser dans le rôle ou le secteur qu’ils et elles préfèrent. Ils et elles veulent des horaires flexibles sans devoir rendre compte à une hiérarchie. « Les “pur·es indépendant·es” veulent tout simplement se réapproprier leur vie, retrouver un juste équilibre avec de vraies nuits de sommeil et du temps libre. Cela concerne plus particulièrement les femmes, pour qui cet équilibre semble plus important. Il n’y a pas de femme partner chez Roland Berger, par exemple, elles sont peut-être tout simplement plus matures. »

En second lieu, il y le profil « entrepreneur·se », qui a généralement un projet en cours de son côté et qui travaille en tant que consultant·e tout en développant sa propre activité. 

Enfin, en troisième lieu, il y a les consultant·es qui se sont tourné·es vers le travail en indépendant·es de façon temporaire, entre deux emplois, pour continuer à gagner leur vie et rester sur le marché. 

Quel que soit le profil du·de la consultant·e indépendant·e, tous et toutes font face à la même question cruciale : où vais-je trouver mon premier client ? Et c’est là que Blue Birds intervient. 

Un intérêt grandissant des grands comptes
Le marché du conseil indépendant est en pleine expansion, alimenté par la demande des grands comptes. Martin l’a clairement observé : « La nouveauté, c’est que les grands comptes font de plus en plus appel aux free-lances […]. À titre d’exemple, nous sommes désormais contactés par les services des achats des clients pour être référencés en tant que plate-forme de travail indépendant haut de gamme. D’ailleurs, l’équation financière du client est vite résolue. Que vous ne puissiez pas vous offrir les services de BCG ou que vous cherchiez simplement une option plus abordable pour répondre aux mêmes exigences, engager un ou une indépendant·e plutôt qu’un cabinet de conseil de renom est beaucoup plus attractif, tout en étant comparable en termes de qualité. » 

Il y a une différence de taille cependant : si vous avez besoin d’une équipe de consultant·es pour un projet de grande envergure, il sera beaucoup plus difficile de monter une équipe de consultant·es indépendant·es, car les free-lances ne sont pas particulièrement ouvert·es à l’idée de partager le leadership et les marges. Chacun a ses propres méthodes, points de vue et expériences, et la recherche de modes de travail consensuels pourrait nuire à l’efficacité de l’équipe. 

Alors, toujours prêt·e à vous lancer dans une carrière d’indépendant·e ? Attention, voici le paradoxe.

« Il y aura les indépendant·es autodidactes et ceux·celles qui auront déjà travaillé 5 ans en cabinet […], et ils·elles n’auront pas la même valeur. »

Selon Martin, même si les consultant·es indépendant·es sont généralement plus jeunes, une solide expérience au sein d’une société de conseil reste incontournable. « Il ou elle aura alors l’expertise, les exigences, les méthodes, saura comment se comporter avec les clients et mener des équipes et des projets de A à Z. » Il semble donc qu’une carrière d’indépendant·e ne soit pas la solution immédiate pour la nouvelle génération de consultant·es, de plus en plus en quête d’une meilleure qualité de vie**. Ceux et celles qui voudraient se lancer ne se verraient pas confier les mêmes projets et leurs services ne seraient pas facturés au même prix. Ils·elles seraient alors confrontés à une précarité professionnelle et financière. 

Vers une ubérisation de l’industrie du conseil ?
L’industrie du conseil est donc en pleine mutation, tant en raison des changements de la structure du marché que des attentes des jeunes consultant·es. 

D’un côté, les plates-formes de conseil indépendant jouent un rôle de plus en plus important dans l’industrie. Ainsi, les grands cabinets de conseil/audit développent actuellement leurs propres plates-formes en interne, comme Deloitte avec Open Talent, PwC avec Talent Exchange, et KPMG avec Freelance Portal. Nous pourrions dès lors nous demander si les plates-formes existantes seront rachetées par les grands cabinets pour les garder sous contrôle et bénéficier de ressources plus flexibles. 

De plus, la société change elle aussi. 86 %*** des jeunes de la génération Y ne veulent pas travailler dans des multinationales, 70 % d’entre eux ne souhaitent pas rester plus de 5 ans au sein de la même entreprise et 47 % veulent créer leur propre entreprise. Ces jeunes auront-ils la patience de se former en cabinet pendant plusieurs années avant de se tourner vers une carrière de consultant·e indépendant·e ? Ou bien choisiront-ils·elles une voie plus risquée ? 

Il est maintenant 2 heures du matin. Vous avez enfin fini vos slides. Vous êtes le dernier au bureau parce que vous avez cliqué sur cet article qui vous promettait une bonne nuit de sommeil. Maintenant vous savez. Il y a une autre voie. À prendre ou à laisser.

*Vaincreleburnout.fr website – partie « Chiffres clés »
**47 % des personnes de la génération Y citent l’équilibre entre vie professionnelle et vie privée comme une priorité dans leur futur emploi. Yuko infographics – Étude Viavoice.
***Yuko infographics – Étude EBG/IPSOS
****Yuko infographics – Étude Deloitte
*****Yuko infographics – Étude Viavoice

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