L’impact de la numérisation sur le secteur du conseil, par Élise Trégou

De nombreuses vagues de changement ont déferlé sur le secteur du conseil au fil des ans. Les exemples sont légion, de la gestion scientifique de la deuxième révolution industrielle au développement de nouveaux outils informatiques. Une chose n’est plus à démontrer : le conseil est un secteur enclin au changement. Ces informations poussent à poser la question suivante : à quoi pourrait ressembler la prochaine vague de changement qui frappera le secteur ?

Et si la solution se trouvait dans la « numérisation » ?

La numérisation est globalement considérée comme la route à suivre pour l’entreprise et la transformation dite digitale. Autant de mots savants au milieu desquels, toutefois, il est facile de se perdre… Dans une telle cacophonie, une entreprise peut légitimement se demander si elle doit opter pour la numérisation ou la transformation digitale – sachant par ailleurs que les termes anglais digitalization et digitization font également l’objet d’un débat…

Dans la France des années 2000, même si le terme « numérisation » n’avait pas encore le sens que nous connaissons aujourd’hui, de nombreuses transformations avaient déjà commencé. Le domaine public ne fait pas exception : ainsi, la relation entre autorités publiques et données (celles destinées au grand public, notamment) a toujours évolué. Cela impose une réflexion sur l’open source et le déploiement de plates-formes pour le grand public. Exemple concret : la numérisation des déclarations fiscales (uniquement au format papier il y a seulement quelques années). Dans les deux cas, le consultant devra accompagner l’entreprise dans les changements liés à la numérisation.

Une chose est sûre : la numérisation révolutionne actuellement de nombreux secteurs et continuera de le faire à l’avenir – dans les secteurs privé et public, des plus petites entreprises aux plus grandes structures. Ces technologies ont la capacité d’exercer un impact concret dans nos sociétés au sens large. Les enjeux sont donc tant professionnels que sociétaux. Pour approfondir le sujet, je suis allée à la rencontre de Christian Moinard, ancien consultant et aujourd’hui professeur à Audencia. Fort de huit années d’expérience chez Ernst & Young, il m’aide ici à identifier les défis majeurs de cette transformation.

La numérisation, nouvel eldorado des consultants

Selon Christian Moinard, la numérisation est vue par le secteur du conseil comme une opportunité de marché. Il est hautement improbable, cependant, que l’outil « digital » transforme radicalement la profession de consultant qui est – et restera – avant tout un métier de contact. Pour les consultants, la numérisation est d’abord une aide qui facilitera la vente et qui les accompagnera dans leur travail. Certaines professions sont néanmoins réellement transformées par la numérisation, comme l’audit – dont les pratiques sont bouleversées par des outils toujours plus performants.

Un regard sur ces nouvelles vagues technologiques suffit pour y discerner une certaine « dilution » de la technicité grâce à laquelle ces technologies gagnent en accessibilité. L’informatique est un exemple frappant : au départ, seule une poignée de chercheurs – comme Alan Turing – pouvaient en décoder les subtilités. Au fil de la démocratisation des connaissances, il a été de moins en moins nécessaire pour l’utilisateur de connaître sa machine de A à Z pour pouvoir la faire fonctionner. Idem pour le big data et l’intelligence artificielle.

Pour se préparer au mieux à cette vague, il sera crucial de conseiller à celles et ceux qui souhaitent utiliser de tels outils de rafraîchir leurs notions de mathématiques. Les flux de données deviendront en effet très élevés.

L’impact de la numérisation sur le secteur du conseil

Il sera nécessaire de pouvoir déterminer si tel ou tel échantillon est représentatif ou non d’une réalité plus globale. Compte tenu de l’énorme quantité de données collectée, une simple moyenne n’aura plus la moindre signification ! Sans pour autant devenir mathématiciens ou informaticiens, nous devrons acquérir des connaissances fondamentales. Faute de maîtriser ces concepts clés, il existe un risque de manipulation par la machine – en d’autres termes, de manipulation par ceux-là mêmes qui la fabriquent. Ne nous y trompons pas : derrière un tel phénomène, se cache un objectif humain.

Le consultant, garant de la transition

Selon Christian Moinard, chaque génération technologique s’accompagne d’une certaine forme de « techno-crédulité » qui consiste à affirmer ou à croire en la neutralité de la technologie. Rien n’est moins vrai. Un chatbot, par exemple, est alimenté par les informations que nous voulons bien lui fournir. L’exemple de Tay (chatbot Microsoft lancé sur Twitter) prouve que nous devons être prudents au sujet de l’intelligence artificielle afin d’éviter autant que possible les « dérapages ».

Les entreprises auront certainement besoin d’un garant pour assurer leur cohérence vis-à-vis du système informatique mis en place. Telle sera l’une des missions du consultant, dédiée spécifiquement aux processus et aux workflows. Son rôle : vérifier que l’organisation est constamment conforme aux systèmes informatiques, mais aussi empêcher les disparités potentielles. Ce sera particulièrement utile dans un contexte de mobilité croissante des organisations et de réinvention constante des systèmes informatiques. Un objectif également partagé par le machine learning et l’IA, deux technologies qui permettent une refonte permanente de l’information générée et de l’analyse qui en découle. Cela nécessite une vérification croissante de cette même information

Comment faire face aux changements ?

La meilleure anticipation de ces changements passe par la formation et la consolidation des compétences mathématiques. Il est également – et surtout – nécessaire de réfléchir à des moyens de se réinventer, mais aussi de repenser la structure organisationnelle, et ce, à la lumière de la technologie que l’on souhaite mettre en place. N’oublions pas que c’est l’utilisation de la technologie qui possède un pouvoir de transformation. Autrement dit, ce sont les relations entre l’organisation et la technologie qui autorisent le changement. La technologie seule n’est rien. Elle n’existe que parce qu’elle est activée par l’organisation ou l’individu. Le rôle du consultant sera donc d’accompagner l’entreprise durant cette transition.

Loin d’être définitives, les seules réalités observables actuellement sont en cours de déploiement. Ce qui est sûr, c’est que ces technologies ont la capacité d’exercer un impact concret dans nos sociétés au sens large. Il existe donc un risque réel si ces technologies ne sont pas utilisées consciemment. La délégation des responsabilités de prise de décision à la machine, mais aussi l’abandon de l’aspect humain des organisations nous exposeront à des dangers bien réels.

Élise Trégou
Étudiante Audencia Business School

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