Le Reflet*, la différence « aux petits oignons »

Dans ce restaurant de Nantes, on fait le pari de la diversité. Six employés avec trisomie 21 sont au service. Le Reflet convainc investisseurs et surtout clients qu’avec un management ad hoc, l’inclusion professionnelle en milieu ordinaire c’est possible !

« Nul n’est inemployable », conclut le rapport de Jean-Marc Borello en faveur des personnes les plus éloignées de l’emploi le 16 janvier 2018. Un exemple concret ? Ouvert début 2017 dans le centre-ville de Nantes, le restaurant Le Reflet ne désemplit pas. Quel est le secret de cette recette à succès ? L’équipe est composée de quatre salariés ordinaires et six «extraordinaires», c’est-à-dire porteurs de trisomie 21.

Enfin visibles

Il y a une trentaine d’années, l’espérance de vie des personnes trisomiques n’atteignait pas trente ans, elles vivaient recluses dans des institutions et n’avaient aucun espoir d’aller à l’école et encore moins de trouver un travail. La peur de l’autre les tenait à distance du reste du monde. Le film Le Huitième jour ayant peut-être encouragé le changement des mentalités, elles revendiquent, depuis quelques années, le droit, comme tout un chacun, de contribuer à la richesse collective. La singularité de ce restaurant nantais, c’est qu’elles sont en première ligne, au contact du public, enfin rendues «visibles». Il existe des initiatives similaires dans d’autres pays, par exemple en Allemagne mais surtout en Italie…

Une organisation du travail repensée

Tous novices en restauration, les employés, ayant chacun écopé d’un surnom (le beau gosse, la tornade, la bombe, le farceur…), ont eu un mois pour se familiariser avec le métier et apprendre les fondamentaux, quitte à répéter des gestes anodins des centaines de fois. L’organisation du travail a dû être totalement repensée pour s’adapter à leur rythme et leurs compétences. Payés un peu plus que le SMIC, ils travaillent seulement 22h30 par semaine, disposent d’une salle de repos. Les encadrants tentent d’éviter toute situation de stress ; gérer le «feu» mais dans le respect de l’autre.

Des clients ravis

On a également simplifié la prise de commande car certains ne savent ni lire ni écrire : un tampon par choix entre les trois entrées, les deux plats et les trois desserts proposés au menu du jour. Ce management souple et «à la carte» fait le pari de valoriser, parfois aussi de réconforter. Parce que certains ont des difficultés de préhension, le restaurant a également investi dans des assiettes ergonomiques, plus stables. « Dresser la table, faire le service, c’est très compliqué, mais j’adore ça », confie Antoine, 35 ans qui a longtemps travaillé en Établissement et service d’aide par le travail (Esat), toujours en milieu protégé. Sa bonne humeur est communicative ; son envie de bien faire ravit les clients. Thomas Boulissière, gérant du Reflet, se dit « ébahi » par les progrès de ses recrues.

Des investisseurs convaincus

On doit celle belle initiative à Flore Lelièvre. A 26 ans, cette ancienne étudiante en architecture d’intérieur a imaginé ce lieu en pensant à son frère, trisomique lui aussi. Elle a réussi à convaincre des investisseurs pour un montant de 380 000 euros. L’objectif de cette SAS « économiquement viable » selon la jeune femme ? Faire tomber les préjugés et convaincre que, quelles que soient les différences, chacun a du talent et sa place en milieu ordinaire. Le Reflet affiche complet, les critiques des clients sont unanimement positives ; besoin d’un autre argument ?

*www.restaurantlereflet.fr/

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