Le manager français : coupable d’être mauvais ?

C’est la rentrée et j’en ai déjà marre. En vrai, j’en avais déjà marre en vacances. En plein mois d’août, une sale nouvelle m’avait énervé. Tous les quatre ans, l’institut Gallup publie une enquête mondiale intitulée « State of the Global Workplace ». Cette étude approfondie concerne 142 pays. Elle évalue l’engagement des collaborateurs dans leurs entreprises. Qui répond à ces questions ? Les collaborateurs eux-mêmes. En 2014, 9 % d’entre nous se déclaraient engagés dans nos organisations. Cet été, le résultat est tombé comme un couperet. Nous ne sommes plus que 6 % à nous considérer engagés dans nos entreprises ; 69 % se déclarant désengagés et 25 % activement désengagés. En Europe occidentale, seule l’Italie fait pire que nous.

Comment expliquer ce résultat ?

Par la médiocrité de notre management. Les récriminations à son encontre sont multiples et les résultats varient selon la taille. En clair, plus l’entreprise est grande, plus les managers sont mauvais. Que leur reproche-t-on ?

De ne pas faire progresser leurs collaborateurs, de ne pas entretenir une bonne ambiance dans l’équipe et de manquer d’empathie. Les managers français sont-ils pour autant responsables ? Oui. Sont-ils coupables ? Non.

Les premiers coupables sont les écoles de management et ce pour deux raisons. Comme l’a écrit, avec brio, Henry Mintzberg dans son ouvrage paru en 2005 Des managers pas des MBA, les business schools considèrent trop souvent le management comme de la plomberie avec une prédominance de matières rationnelles. Manager c’est également une affaire de poésie, de vision et d’émotions positives. Par exemple, les écoles françaises de management forment les étudiants à devenir excellents et non pas à surmonter leurs échecs. On reconnaît les qualités d’un manager dans sa capacité à rebondir après un plantage.

Quelles sont les écoles qui proposent un contenu pédagogique sur l’échec ?

Ensuite, manager est un métier de capitalisation d’expériences. Si vous avez une idée pour fabriquer le scooter de demain non polluant, sans conducteur, vous trouverez dans n’importe quelle école de commerce un professeur de stratégie pour vous enseigner en quelques jours tout ce dont vous avez besoin sur le sujet. A l’inverse, si vous possédez un doctorat en stratégie, des années de labeur ne suffiront pas à concevoir un scooter révolutionnaire.

S’il existait un « livre de cuisine managériale » qui permettrait de délivrer ce qu’il faut faire, ça ferait longtemps que toutes les écoles l’enseigneraient à leurs étudiants. Manager est un métier d’action qui s’apprend par la répétition de gestes, en mode essai/erreur. Être meilleur manager ne s’arrête jamais. Une carrière de 40 ans n’y suffit pas. Encore faut-il en avoir conscience ? L’enquête Gallup nous le rappelle amèrement. Managers, il est temps de vous bouger. Pas hier, pas demain. Maintenant.

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