La banque entre amis : une piste pour réconcilier les Français avec la finance ?

La crise de 2007-2008, dont la « finance internationale » – cet adversaire « sans nom ni visage » – était coupable, a suscité par réaction une nouvelle tendance chez les usagers et consommateurs des services et produits bancaires. Las de cet ennemi fantomatique, on a souhaité que la finance prenne enfin un visage amical.

Le premier réflexe fut pourtant d’éliminer l’adversaire : le désir de désintermédiation avait occasionné des slogans comme « Mon banquier, c’est moi ». Mais la tendance est désormais à l’assouvissement de notre pulsion grégaire ou tribale : « la banque entre amis », promet Fidor (banque allemande créée 2009, désormais filiale du Groupe BPCE et dont le lancement en France est prévu fin 2017).

Le modèle des banques communautaires est ancien : au xixe siècle, la communauté noire américaine voulait offrir des services bancaires aux plus démunis, évidemment non-bancarisés. Une vingtaine de « black-owned banks » ayant une clientèle « négro-américaine » existent encore aux Etats-Unis. Avec une stratégie similaire, de nombreux établissements se sont développés, souvent dans les pays émergents, dont les plus célèbres sont peut-être la Banque Palmas (Brésil) ou la Grameen Bank (Bangladesh) : l’idée est de cibler une communauté identifiable par sa couleur de peau, ses origines, ses croyances religieuses, son mode de vie rural, etc., et de lui réserver exclusivement une offre spécifique.

Le modèle proposé par Fidor est différent : c’est une véritable banque communautaire 2.0, entièrement digitalisée, qui propose non seulement les services classiques de la banque en ligne, mais structure surtout une communauté d’usagers. Incités par des primes, clients et membres s’entraident, échangent conseils et bons plans (même dans des établissements concurrents), se posent des questions, se recommandent des produits, suggèrent de nouvelles idées… Bref, il s’agit d’un système collaboratif dont le but n’est pas de s’adresser à une communauté mais de créer une communauté. Lente à démarrer, la stratégie digitale de BPCE me semble au final finement orchestrée : la banque de réseaux devient celle des réseaux sociaux. Mais de nombreux défis restent encore à relever pour que Fidor soit le succès escompté.

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