Maisons de vente aux enchères : comment choisir ?

Avec les ventes en ligne, plus de risque d’enchérir sans faire exprès !
Avec les ventes en ligne, plus de risque d’enchérir sans faire exprès !

« Adjugé, vendu ! »

Va-t-on bientôt acheter aux enchères comme on achète au supermarché ?

La question est provocatrice mais elle résume bien le mouvement qui se dessine dans le milieu de la vente aux enchères. Autrefois cantonné aux ventes physiques, où marchands et collectionneurs venaient enchérir en levant la main face à un commissaire-priseur frappant la vente, le secteur s’ouvre au numérique, aux nouveaux entrants, et surtout aux nouveaux clients.

Faut-il évoquer Ebay lorsqu’est amené le sujet de la dématérialisation de la vente aux enchères ? En un sens oui, car le principe est le même : chacun fait son offre, jusqu’à ce que le plus gourmand remporte l’enchère. Pourtant, Ebay n’est pas un site de vente aux enchères au sens juridique du terme dans l’Hexagone, car les ventes ne sont pas chapeautées par des commissaires-priseurs. En France, les ventes aux enchères peuvent concerner de nombreux biens, mais sont surtout assimilées au monde de l’art, car la vente aux enchères garantit une expertise et surtout la présence d’un commissaire-priseur. Pour cette raison, il était encore difficile d’imaginer jusqu’à peu une vente aux enchères ailleurs que dans une salle de ventes. L’arrivée du live streaming a pourtant réussi à la déplacer jusqu’à notre salon.

Conserver une qualité de service même à domicile ?

Toutes les maisons de vente aujourd’hui, ou presque, pratiquent la vente dite live, c’est-à-dire retransmise en direct via une webcam sur Internet, afin de permettre à tous d’enchérir en direct. « C’est un relais formidable, nous apprend Etienne de Baecque, commissaire-priseur à Lyon et à Paris. C’est comme le téléphone il y a quinze ans sauf qu’en live les gens peuvent suivre toute la vente. » Les internautes se connectent donc sur leur ordinateur, et peuvent passer des ordres en direct. Plus besoin de se déplacer, du coup, et potentiellement plus de clients pour les commissaires-priseurs, même s’ils sont unanimes pour dire que cela tend à vider les salles physiques. Car le secteur a également pris le pli de la vente 100% en ligne, nommée vente « online ». Ces dernières sont accessibles via différents sites, comme Drouot Online, Interenchères, et ne nécessitent plus de date et heure précises comme pour une vente physique. Le commissaire-priseur ouvre sa vente durant une dizaine de jours et la clôture généralement le dimanche soir, afin de laisser le temps aux collectionneurs, passionnés ou particuliers, de passer leurs ordres sur la plateforme quand bon leur semble. Les maisons de vente s’assurent ainsi de toucher une clientèle plus large et parfois totalement nouvelle, comme l’explique Diem Crenais, commissaire-priseur, qui a fondé Yellow Peacock avec l’ambition d’en faire un pure player de la vente aux enchères : « Nous avons un public que nous n’avions pas lorsque nous travaillions en salle. Nous avons beaucoup de primo-acquérants, des gens qui n’ont jamais acheté aux enchères mais qui, drainés par les réseaux sociaux ou la publicité, vont nous acheter un objet ciblé comme sur un site de vente en ligne ».

Segmentation de l’offre et ciblage plus fin des ventes

Et selon l’entrepreneur la formule a un avantage que la vente physique n’offre pas : elle permet de détailler les lots, et ainsi de les vendre un à un, là où une vente en salle les aurait vendus en bloc afin de rentabiliser le temps. Etienne de Baecque a d’ailleurs ainsi pu réaliser en ligne une vente de boutons, adressée à un public très ciblé de collectionneurs, qu’il n’aurait pas pu tenir dans une vente physique. Mais les acheteurs ne regrettent-ils pas de ne plus voir l’œuvre ou le lot avant de l’acheter ? « Si l’on est honnête dans sa démarche de photos, et de renseignements techniques, 90% des objets ne nécessitent pas d’être vus avant », nous explique le commissaire-priseur de Deauville, Bruno Marechal, qui constate lui aussi que ce type de vente lui apporte une nouvelle clientèle, plus jeune. Il faut dire que la vente en ligne permet de réduire au maximum les contraintes d’achat, ce qui explique pourquoi chez Yellow Peacock, 98% des acheteurs achètent sans avoir vu l’œuvre en vrai. C’est d’autant plus vrai pour certains types de ventes, nous explique Bruno Marechal : « Il y a des choses qui s’y prêtent plus que d’autres, le vin s’y prête très bien, la photographie aussi. En fait, pour tout ce qui est aisément transportable c’est facile pour tout le monde ».

Des experts qui rassurent

Si la souplesse de la vente n’est plus à démontrer, le particulier, ou même l’expert, achète-t-il sur internet à tous les prix ? Paul Ferloni, fondateur du site marchand Libretis, spécialisé dans les livres rares et les estampes, estime qu’il y a un « pallier psychologique aux alentours de 3000 euros » pour un achat en ligne. « Au-dessus, les gens vont vouloir voir l’œuvre, à moins que le marchand soit connu » nous explique-t-il. Si l’entrepreneur a créé sa propre boutique en ligne, il conseille également de passer par des sites de vente en ligne, qui garantissent un meilleur référencement et une communauté d’acheteurs, comme Amorosart, Expertissim, Abebook ou encore Catawiki. A l’entendre cependant, l’acheteur en ligne bénéficie de garanties suffisantes pour acheter sans appréhension : « que l’on achète sur un site de professionnel ou dans une vente aux enchères, il existe la même garantie dans les deux cas. A partir du moment où un expert fait une facture, il est responsable de son expertise, et si un doute est émis sur l’authenticité du lot, sa responsabilité dure encore cinq ans après l’émission du doute. Le cas échéant il rembourse l’intégralité de la somme ». Mais si la garantie joue, c’est surtout la confiance dans l’expert qui fait la différence selon le fondateur de Libretis, « les gens cherchent une relation de confiance, ils veulent savoir comment l’expert travaille. On se dirige souvent vers un marchand qui a des goût similaires, qui va nous proposer des choses que l’on ne cherche pas forcément ».

Chaque maison sa spécialité

Pour ceux qui préfèrent l’excitation de la salle de vente aux enchères et qui ont le temps ou les moyens de s’y rendre en semaine, l’Hôtel Drouot est évidemment la référence. On y trouve des biens qui peuvent être adjugés à tous les prix, et de tous types. Christie’s et Sotheby’s dont la réputation n’est plus à faire non plus rassasieront, entre autres, les passionnés d’art moderne, contemporain et asiatique. Artcurial sera l’adresse pour les passionnés de bandes dessinées ou encore de voitures, la maison de vente Alde s’adressera, elle, plus aux amateurs de livres, tandis que la maison Ader est spécialisée dans les estampes. Parmi les nouveaux venus, la maison de vente Fauve, dont le slogan « Libérez les enchères » est assez évocateur, tente de moderniser l’approche. Les ventes ont lieu le week-end, les experts accompagnent le curieux autant que le passionné, et un café a été installé pour créer un lieu de vie autour des potentiels trésors mis aux enchères.

Nicolas Pagniez

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