« Nous ne sommes rien sans les autres », défend Isalou Regen, auteure du livre Open

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Isalou Regen, par Astrid di Crollalanza

La méditative Isalou Regen témoigne des bienfaits de l’ouverture aux autres et à la vie.

À la rencontre de l’autre. Dans son livre titré Open, paru fin avril aux éditions Albin Michel, Isalou Regen fait de l’ouverture une condition pour se sentir plus heureux·se et résilient·e. Adepte de méditation depuis plus de vingt ans, l’auteure, qui se réclame de tradition bouddhiste, donne quelques clés pour s’ouvrir à soi, aux autres et à la vie. Et en finir avec ces portes que l’on se ferme, souvent liées à la peur – qui n’a rien d’illégitime – et nos problèmes du quotidien, plus ou moins graves. Si le bonheur constant reste une illusion, l’ouverture – une sensation plus qu’un concept abstrait, soit une représentation – apparaît bien plus accessible. Isalou Regen n’est « ni une coach ni une psy ». Elle ne détient pas « la vérité ». Mais partage son expérience, dont l’ouverture – après plusieurs épreuves tragiques – se révèle sans doute comme le principal remède. En vue de se dépasser ou de se transformer. Entretien.

Vous préférez parler d’ouverture, car pour vous, le bonheur est illusoire ?

Oui, je me méfie de cette injonction au bonheur qui s’impose dans notre société. Où il faut à tout prix être heureux·se et qui culpabilise celles et ceux qui n’y parviendraient pas. Non, j’estime que le bonheur constant est une illusion, il ne peut exister. C’est vrai que l’on voit se multiplier les coachs de développement personnel pour atteindre le bonheur. Je n’ai rien contre les professeur·ses de bonheur, mais je préfère parler d’instants de bonheur plutôt que d’un but ultime. Le bonheur relève avant tout d’une représentation fantasmée.

C’est pourquoi je considère que nous devrions changer notre rapport au bonheur. Passer de la représentation à la recherche des causes du bonheur. Donc je parle de l’ouverture dans mon livre, que je perçois davantage comme une sensation, un sentiment. Bien plus accessible et instantanée. Il suffit d’un clic à l’intérieur. Après, bien entendu, on peut faire le lien entre l’ouverture et le bonheur. D’ailleurs, les études en neurosciences et psychologie positive le montrent : s’ouvrir aux autres, au monde, nous rend plus heureux·se !

Et pourtant, nos problèmes personnels (maladie, désamour, etc.) s’érigent comme des obstacles dans notre ouverture aux autres ? Comment alors s’ouvrir ?

Bien sûr. J’ai moi-même subi plusieurs épreuves douloureuses. Qui m’ont poussée aussi à écrire ce livre. J’ai compris que pour surmonter les déconvenues, les échecs, les tristesses, et les transformer, il fallait s’ouvrir. Plus nous vivons des périodes de chaos, et plus l’ouverture permettra de les traverser. Les signes de fermeture, comme la peur ou la colère, ne vont pas dans ce sens. Ces moments de chaos nous servent à créer, inventer, grandir et nous transformer.

Déjà, pour s’ouvrir, il faut comprendre que nous sommes de base plus enclin·es à la fermeture, un héritage de nos ancêtres. Notre cerveau est programmé pour la survie – comment faire pour survivre ? Bien loin donc de la question de savoir si l’on est heureux·se ou pas. Tout le monde fonctionne via ce biais cognitif négatif. Ce même biais qui nous pousse, par exemple, à nous concentrer sur les news négatives. Fort heureusement, en dehors de ces programmes négatifs, un autre instinct de survie existe : l’empathie ! Soit l’ouverture de cœur. Qui, avec l’entraide, forment les piliers de notre ouverture aux autres.

Quel avenir pour les relations humaines – après le passage de la pandémie et l’essor des nouvelles technologies ?

Ce sera un grand défi. La pandémie a dressé un portrait de l’autre qui se réduit au risque qu’il a de nous transmettre le virus. Une période dans laquelle l’autre s’apparente à un danger potentiel. À côté de cela, on assiste à des basculements dans notre rapport aux autres. Et notamment au travail puisque le télétravail s’est généralisé. Lequel menace le lien social entre collègues. Je crois qu’il ne faudra pas perdre certains rituels comme ceux de la convivialité. Tellement essentiels pour faire exister un collectif.

Non l’homme n’est pas un loup pour l’homme ! Nous ne sommes rien sans les autres. Et cette pandémie nous l’a démontré. Personne ne veut rester seul·e. Personne ne souhaite vieillir dans la solitude. Je crois avant tout à une société plus participative et collaborative.

Question bonus : pourquoi « Open » ?

Parce que « Open bar » ! Je pense aussi à la réouverture des terrasses que tout le monde attend. Et puis, avouons qu’« ouverture » est moins sexy…

Propos recueillis par Geoffrey Wetzel

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