Pour échapper à la crise, les Français·es à l’assaut de l’écriture…

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Karine Obringer, responsable éditoriale au sein de la maison d’édition à compte d’éditeur, Nouvelles Plumes, et créée en 2013

Pendant le premier confinement, cinq millions de Français·es ont commencé l’écriture d’un manuscrit.

Confiné·es, ils·elles ont ressorti leur manuscrit, mis au placard car faute de temps. Pour d’autres, c’est la première fois qu’ils·elles se lançaient dans l’écriture d’un manuscrit. À l’ère Sars-CoV-2, où s’éternisent les fermetures des cinémas, des théâtres ou des musées, les Français·es s’en sont remis·es à l’origine même de la transmission de la culture : écrire. Encore et encore. Au point que pendant le premier confinement, un·e de nos concitoyen·nes sur dix* aurait commencé à écrire un livre. Éclairage en compagnie de Karine Obringer, responsable éditoriale au sein de la maison d’édition, à compte d’éditeur, Nouvelles Plumes.

« Face à une vie pas très drôle qui dure depuis près d’un an, certain·es ont voulu créer la leur », sourit Karine Obringer. Écrire pour s’évader et se libérer d’un monde anxiogène. Cette montée en puissance du nombre de manuscrits constatée lors du premier confinement a constitué une échappatoire à l’enfermement. « Tout le monde a sorti ou ressorti les trésors de ses tiroirs », illustre la responsable éditoriale de Nouvelles Plumes, Karine Obringer. Une maison d’édition participative qui offre à quiconque de proposer un manuscrit sur une plate-forme avant qu’un groupe de lecteur·rices bénévoles ne donnent leur avis, ainsi qu’un comité éditorial plus expert… pour une potentielle édition.

Une diversité culturelle pour casser l’image élitiste de l’édition…
Jamais facile de se lancer pour un·e néophyte. Pour qui le monde de l’édition a de quoi paraître inaccessible. D’abord, en raison d’un biais géographique : « La plupart des maisons d’édition, du moins les plus grandes, sont le plus souvent situées à Paris », rappelle Karine Obringer. Or, ce sont évidemment ces grandes maisons d’édition qui reçoivent énormément de manuscrits. D’où une forte sélectivité et moins d’élu·es à l’arrivée. Heureusement, la crise – essentiel aussi de retenir le positif – a poussé pas mal de personnes à oser. À confronter leurs écrits à un avis extérieur, objectif, une façon de prendre la température : « Même si les auteur·es ne se retrouvent pas publié·es, ils·elles auront pu avoir un reflet sur leur manuscrit », précise Karine Obringer, en référence aux lecteur·rices bénévoles qui relisent les livres reçus sur la plate-forme de Nouvelles Plumes. Rien n’empêche ensuite les auteur·es de retravailler leur manuscrit en vue d’une nouvelle tentative d’édition !

Autre enseignement à tirer de cet entrain pour l’écriture : la diversité des manuscrits reçus. De tout, du bon comme du moins bon, « des romans humoristiques aux écrits sur le confinement, tout y passe ! », constate Karine Obringer. Sur le profil des nouveaux·lles auteur·es aussi, on retrouve un brassage social, des mères de famille aux étudiant·es en passant par les retraité·es, pas de barrière, « on a reçu des manuscrits d’un auteur de 17 ans… et même d’un homme de 80 ans », pointe la responsable éditoriale.

L’avenir de l’édition, la fin des livres papier ?
Alors oui, le nombre de néoécrivain·es a été dopé par la crise sanitaire et les confinements successifs, mais la demande, soit le lectorat, a-t-elle suivi ? Karine Obringer, elle, le ressent : « On est encore sur une pente ascendante, malgré la fermeture des librairies l’année dernière, les gens ont continué à acheter et n’ont pas hésité à passer par du click and collect, le marché a plutôt bien résisté », se réjouit-elle. Les gens ont toujours cette appétence pour le livre. Et d’ailleurs, contrairement au premier confinement, les librairies sont désormais considérées comme des « commerces essentiels » par le gouvernement, ce qui signifie qu’elles pourront rester ouvertes en cas de reconfinement.

Le papier est-il en danger ? Bien que consciente de l’avantage pratique que peut constituer une liseuse, « un seul support pour stocker une multitude de livres », Karine Obringer ne croit pas à l’essoufflement du papier : « Il y a vraiment une dynamique autour du livre papier, qui incarne la transmission de la culture, d’auteur·es à lecteur·rices mais aussi de lecteur à lecteur ». L’émergence des boîtes à livres, partie intégrante du mobilier urbain, démontrent que la culture fait partie du quotidien, et il est vrai que le support papier laisse plus de traces que le numérique.

Geoffrey Wetzel

*Selon une enquête menée début mai par Harris Interactive

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