La ganterie française vise le patrimoine immatériel

La filière de la ganterie française monte une candidature pour obtenir une reconnaissance au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Pour valoriser et développer ses savoir-faire, elle mise sur plusieurs projets.

Olivier Fabre, à la tête de la Maison Fabre, entreprise familiale basée à Millau depuis quatre générations, ne manque pas d’ambition pour sa filière. Certes, la grande époque, connue entre 1850 et 1920, est révolue. Mais la filière de la ganterie française s’articule autour de savoir-faire qu’il entend bien valoriser et, même, développer. Pour y parvenir, il a créé chez lui, dans l’Aveyron, une association de sauvegarde des savoir-faire de la filière dans son département, dont la vocation est de monter un dossier de candidature au patrimoine culturel immatériel de l’Unesco. Il sera déposé en 2022.

Avec l’aide de Nadia Bédar, à l’origine du classement de la ville de Grasse à l’Unesco en 2018 pour ses savoir-faire en matière de parfumerie, Olivier Fabre table sur la mise en avant du savoir-faire des femmes et des hommes de la région, mais plus largement sur une filière qui s’organise en amont, depuis l’agropastoralisme jusqu’à la conception elle-même du gant, en passant par la transformation des matières. « Notre projet vise à redonner du sens à toute une filière », dit Olivier Fabre. Une filière unique au monde, regroupant en réalité six départements : l’Aveyron, le Tarn, l’Hérault, le Gard, la Lozère et l’Aude. « Nulle part ailleurs n’existe un terroir avec autant de fêtes ou de traditions liées à l’agropastoralisme et au travail du cuir. C’est une culture locale », martèle-t-il.

Une avalanche de projets
Au-delà du pays du Millau, le dossier de candidature devrait inclure tous les gantiers français, implantés également à Saint-Junien ou à Grenoble. Il pourrait même associer l’Éthiopie, spécialiste de l’agneau de race métis. La candidature met en avant plusieurs projets de sauvegarde de la filière : formation – projet d’école dans une filière assurant jusqu’alors la relève de manière formelle –, chaire Unesco dédiée à la bientraitance animale, éducation de la jeunesse, solidarité à travers des opérations à caractère économique et social auprès des plus défavorisés, tourisme durable – route des gantiers, chasses au trésor, etc. – ou encore événementiel avec des colloques prévus dès 2021 à la Manufacture des Gobelins et à Millau, mais aussi à travers les festivités de la Sainte-Anne – la patronne des gantiers. Plusieurs élus locaux ou à l’échelle régionale se sont d’ores et déjà engagés aux côtés d’Olivier Fabre, qui a en outre reçu l’assurance du soutien du ministère de la Culture. « La ganterie est un patrimoine vivant qu’il faut non seulement valoriser et sauvegarder, mais aussi développer », assure Olivier Fabre. La filière s’articulait autour de centaines d’entreprises à la grande époque, elles ne sont plus que quelques-unes aujourd’hui. L’enjeu, donc, est de taille.

Romain Rivière, rédacteur en chef de L’Honoré

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