Le verbatim de… Thierry Pouch, économiste, sur la guerre en Ukraine et ses effets sur l’alimentation mondiale

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Thierry Pouch est économiste, chef du service études et prospectives de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture. Il revient, pour Ouest-France, sur les conséquences du conflit russo-ukrainien, parmi elles : l’alimentation mondiale !

Fin février, la Russie a décidé d’envahir l’Ukraine. En vue de « démilitariser et dénazifier » le pays de Zelensky. Voilà donc plus de trois semaines que le conflit a débuté, provoquant pertes civiles, déplacements de population et séparations des familles. En parallèle, une grande partie des pays de l’Occident empilent les sanctions contre la Russie.  Problème, le pays de Poutine est à l’origine de 11 % de la production mondiale de blé et de 22 % des exportations…

… De quoi s’attendre à des pénuries en termes d’alimentation dans le monde. Lundi 14 mars, le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, annonce un risque de développement d’un « ouragan de famines » à l’échelle mondiale. « Depuis 15 jours, depuis le début du conflit, ce sont environ 10 millions de tonnes de blé et 18 millions de tonnes de maïs qui ne sont pas sortis du port d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine », renchérit l’économiste Thierry Pouch.

Faut-il s’attendre à des pénuries en termes d’alimentation mondiale ?

Pourquoi la guerre en Ukraine fait-elle craindre le risque de famines ?

La Russie est à l’origine de 11 % de la production mondiale de blé et de 22 % des exportations : elle est le premier exportateur mondial de blé. Si le pays ne parvient plus à exporter du fait de la guerre, parce que les terminaux portuaires ne fonctionnent pas, ou que le trafic ferroviaire est à l’arrêt, elle risque de retirer de la circulation le blé pour le garder sur son sol.

Depuis 15 jours, depuis le début du conflit, ce sont environ 10 millions de tonnes de blé et 18 millions de tonnes de maïs qui ne sont pas sortis du port d’Odessa, dans le sud de l’Ukraine. Si on ajoute à cela la récolte qui s’annonce catastrophique en Chine pour des raisons climatiques, on observe une trajectoire périlleuse.

Quels pays seront les premiers touchés par l’arrêt de ces exportations ?

Ce blocage des marchandises en Ukraine et en Russie va provoquer un rationnement des quantités à l’échelle mondiale et, par conséquent, une nouvelle poussée de prix. Nous sommes sur une trajectoire de bataille, de convoitise autour des disponibilités agricoles. Pour ceux qui pourront payer, cela ira. Ce sera très compliqué pour les autres.

Comme le dit Antonio Guterres, il y a des famines qui se préparent. 84 % du blé importé en Égypte vient de Russie et d’Ukraine. Et le pays a peu de réserves monétaires : ils vont le payer au prix fort. En Turquie, 63 % de blé vient de Russie, et 11 % d’Ukraine. En Tunisie, 41 % du blé vient d’Ukraine… Il y a encore d’autres pays qui seront touchés et qui sont déjà très fragilisés, comme le Yémen ou encore l’Afghanistan.

En France, quelles peuvent être les conséquences ?

Les autorités françaises n’excluent pas de taxer les exportations pour garder les marchandises sur le territoire, alors que nous sommes autosuffisants, et que nous exportons la moitié de notre production.

Ensuite, l’Ukraine est le premier producteur mondial de tournesol, avec lequel elle fait des tourteaux pour l’alimentation du bétail. 50 % de nos tourteaux importés en France viennent d’Ukraine. Si nous n’avons plus ça pour nourrir nos porcs et volailles, nous risquons d’avoir des difficultés pour la production.

Enfin, à l’automne, les producteurs vont se poser la question de l’assolement (la rotation des différentes cultures sur une partie de terre) et cela va être conditionné par la disponibilité des engrais. Or il se trouve que l’on fait de l’engrais principalement avec du gaz, qui vient de Russie. Tous les agriculteurs avec qui je travaille commencent à être inquiets quant aux disponibilités de gaz, d’engrais mais aussi d’énergie. Les serres, les bâtiments, il faut les chauffer.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur le site de Ouest-France

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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