Le verbatim de… Raphaël Llorca, communicant et doctorant en philosophie

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Raphaël Llorca est communicant et doctorant en philosophie. Il revient, pour Ouest-France, sur la montée de l’extrême droite.

Comment évoquer la présidentielle 2022, sans aborder « Reconquête! », le parti politique d’Éric Zemmour ? Cette année, le candidat à l’élection présidentielle est sur tous les fronts : il s’exprime à outrance, provoque des polémiques et monopolise le champ médiatique. Cette omniprésence dessert-elle le propos de la candidate du Rassemblement National, Marine Le Pen ? Absolument pas ! Si l’on en croit le dernier sondage Ifop/Ipsos publié dans Le Monde, Marine Le Pen gagnerait même du terrain : 26 % d’intentions de vote au premier tour pour les 18-34 ans.

Dans son ouvrage, les nouveaux masques de l’extrême droite, l’ère de la radicalité Netflix, Raphaël Llorca, doctorant en philosophie du langage, décrit Marine Le Pen comme une figure proche du peuple, en témoigne son fort soutien aux gilets jaunes. Elle se différencie d’Éric Zemmour. Dans La Langue de Zemmour, la chercheuse Cécile Alduy décrit un discours « saturé de violence ». Une esthétique autoritaire et radicale, mais qui séduit une partie de l’opinion. Pour Raphaël Llorca, les deux figures mènent au fond la même bataille : rendre audibles les thèmes naguère diabolisés de l’extrême droite. MM

 

 

 

 

Dans votre ouvrage, vous placez votre analyse dans un moment récent, que vous appelez « le moment Zemmour ». Quel est-il ? Comment a évolué la parole de l’extrême droite en France, ces derniers mois ?

C’est le moment de prise de conscience – et on le voit notamment dans les intentions de votes – que les mots, les images, les expressions, les arguments d’Éric Zemmour, pénètrent un peu partout et dans toutes les têtes. J’ai voulu comprendre cela. Il y a eu des analyses de politologues, de sondeurs, mais il m’a semblé qu’il manquait une pièce, un élément pour comprendre. On parle beaucoup de la bataille des idées, mais pas suffisamment de la bataille des signes.

Ce qui m’a interpellé, c’est cette période de sidération collective et cette petite musique, cette irrésistible ascension de l’extrême droite : au fond, il y aurait une certaine fatalité à cette montée. C’est intégré dans les consciences collectives, il y a une forme d’acceptation de cette situation, comme si l’extrême droite répondait à une « fin de l’histoire ».

J’ai essayé de montrer comment les masques de Marine Le Pen et Éric Zemmour, leurs façades symboliques, ce qu’ils donnent à voir et à lire, reflètent des stratégies d’accession au pouvoir et des imaginaires opposés.

On a beaucoup évoqué l’entreprise de « dédiabolisation » menée par le Rassemblement national ces dernières années. Vous vous penchez, dans votre livre, sur l’étude des « masques ». Celui revêtu par Marine Le Pen depuis quelques mois serait « le masque du neutre ». Qu’entendez-vous par cette formule ?

Marine Le Pen a collé aux codes esthétiques du macronisme. Par exemple, on peut le voir dans sa vidéo au Louvre, où elle revient entre guillemet sur les « lieux du crime », où Emmanuel Macron célébrait sa victoire en 2017. Elle reprend cet univers sémantique, cet état d’esprit. On a également pu voir cela lors des élections régionales : elle se revendique d‘un état d’esprit de joie, d’espérance, ce qui est un positionnement central du mouvement macroniste.

Elle récupère des valeurs de la liberté, avec le slogan « Liberté, liberté chérie » qu’elle rédige de manière manuscrite, comme le premier logo d’En Marche, avec un arrière-fond vert, une couleur qui n’a jamais été utilisée par l’extrême droite !

Retrouvez l’intégralité de la tribune sur le site de Ouest-France

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