Le verbatim de… Pierre Le Coz, philosophe

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Pierre Le Coz est philosophe et spécialiste français de l’éthique. Il revient sur l’intérêt à ne pas moraliser celles et ceux qui ne veulent pas du vaccin anti-covid.

Depuis ce vendredi 15 octobre, les tests anti-covid – antigéniques et PCR – sont devenus payants pour les personnes majeures non vaccinées. Ces « tests de confort », a-t-on pu lire dans certains médias. Se faire tester avant de visiter un musée ou d’aller au restaurant ou au cinéma relève aussi d’un acte citoyen. Y compris pour une catégorie de population réticente au vaccin anti-covid – pour diverses raisons. La vaccination obligatoire – qui ne dit toujours pas son nom – se dessine.

Comme je l’ai déjà exprimé, rien ne sert de faire des « antivax » les parias de la société. Rien ne sert de les pointer du doigt pour leurs comportements soi-disant égoïstes ou inconscients. Bref, rien ne sert de les moraliser. Tentons plutôt de comprendre ce qui pousse certain·es Français·es à réfléchir, encore aujourd’hui, si oui ou non ils·elles iront se faire vacciner. Ce sera déjà plus constructif. GW

« Depuis de nombreux mois, la communauté d’expertise médicale et scientifique s’accorde à penser que la vaccination est l’instrument de lutte le plus efficace pour endiguer les vagues successives de contaminations. Pour autant, les résistances sont grandes dans une partie de la société. Chacun se doit d’écouter et d’essayer de comprendre les sceptiques. L’enjeu est d’enrayer la spirale conflictuelle qui tend actuellement à dégrader les relations professionnelles, amicales et familiales. Le vaccino-scepticisme ne constitue d’ailleurs pas un bloc homogène composé exclusivement de complotistes « anti-vaccins ». C’est un point essentiel à retenir pour éviter de tomber dans le moralisme ambiant qui incline les « bons citoyens » à accabler les « mauvais » de quantité de vices (égoïsme, cynisme, mauvaise foi, désinvolture, négligence, etc.).

Plutôt que de moraliser, il faut tenter de comprendre où réside exactement le problème éthique. La morale kantienne peut nous servir d’inspiration. Elle réclame que le principe qui inspire nos actions soit non-contradictoire et universalisable. Or, le sujet non-vacciné ne franchit pas le test de l’universalisation possible de sa maxime. Il s’accorde un traitement de faveur, agissant comme il ne voudrait pas que les autres agissent. En effet, si tout le monde prenait modèle sur lui, il perdrait le bénéfice qu’il tire lui-même de la vaccination à laquelle ses semblables ont consenti (souvent à contrecœur). Gageons que si nous avions le choix entre passer une soirée entre amis avec un groupe de vaccinés et un groupe de non-vaccinés, la compagnie des premiers aurait notre préférence. Parce que le non-vacciné ferait en principe le même choix, sa position n’est ni universalisable ni cohérente.

On peut craindre qu’une mesure de vaccination obligatoire consacre la faillite de la confiance et le triomphe de la contrainte. Pour l’heure, la France a fait le choix de limiter la vaccination obligatoire à certains corps de métiers, tout en l’accompagnant d’une mesure de type nudge. Le « nudge » désigne la méthode du « coup de pouce ». Elle s’incarne notamment dans le dispositif du « passe sanitaire » entré en vigueur durant l’été 2021. Son succès ne s’est pas fait attendre puisque des millions de personnes se sont vaccinées dans les semaines suivantes.

Le dispositif du « passe sanitaire » constitue un pis-aller ingénieux qui permet d’éviter des atteintes aux libertés plus graves que celles que lui reprochent ses adversaires. La méthode du « coup de pouce » se situe en phase avec les évolutions culturelles d’une société qui se cherche une voie médiane entre libéralisme dérégulé et rigorisme autoritaire. Elle exerce une amicale pression sur les volontés individuelles sans pour autant les contraindre. Derrière sa nouveauté apparente, le nudge réactualise une maxime classique du réalisme politique : pour agir sur les hommes, il faut les prendre comme ils sont et non tels qu’ils devraient être. »

Retrouvez l’intégralité du point de vue de Pierre Le Coz publié dans Ouest France ici

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