Le verbatim de… Patrick Artus

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Patrick Artus est professeur à l’École d’économie de Paris et directeur de la recherche et des études de Natixis. Il revient pour Ouest-France sur les enjeux à venir pour l’économie française. L’enseignement et le logement en font partie.

Plus que trois mois avant l’élection présidentielle de 2022. Les candidat·es sur la grille de départ se précisent et les petites phrases « politiciennes » ont déjà envahi le paysage médiatique. Problème, elles portent souvent sur deux thèmes en particulier : la santé – que l’on a tendance à réduire à la pandémie covid-19 – et l’immigration. Au détriment de la transition écologique, du logement ou de l’enseignement. Ouvrons un débat sur l’intégralité des sujets.

L’économiste Patrick Artus, lui, s’y attelle. Et a le mérite de poser sur la table ce qu’il considère comme le sujet numéro un pour les prochaines élections : l’école, « sans aucun doute ». Essentiel de se pencher sur les compétences des élèves, pourquoi nos bambins affichent des résultats médiocres – un phénomène confirmé par nombre d’enquêtes internationales comme Pisa – au regard d’autres pays ? et notamment en sciences. Parmi les autres défis à appréhender : lier transition écologique et croissance – possible selon Artus – et gérer la crise du logement, avec des prix immobiliers qui augmentent. GW

Patrick Artus estime que l'école est le sujet numéro un à l'approche des élections présidentielles.
Patrick Artus

Qu’est-ce qui vous frappe au terme de ces deux années ?
Les deux phénomènes majeurs sont l’accélération de la transition écologique qui est un enfant de cette crise et la numérisation de l’économie. Il y a enfin, ce qui est peut-être le plus nouveau, un autre regard sur les politiques économiques. Le déficit public financé par la création monétaire, c’était normalement radicalement interdit et ça devient relativement banal. On n’en a peut-être pas tiré toutes les conséquences. On se permet des choses avec les politiques économiques qui étaient explicitement interdites en Europe. C’est une rupture complète.

L’industrie automobile se réinvente. Quels sont les risques sur le plan social ?
Je suis persuadé que la transition écologique n’est pas un problème technologique. C’est un débat qu’on peut d’ailleurs avoir avec les écologistes de la décroissance. Je pense qu’on a maintenant les technologies pour réaliser cette transition sans faire baisser le PIB (énergies renouvelables, hydrogène, smart grids…). Il y a des avancées incroyables y compris dans la fusion nucléaire. On a fait en dix ans plus de progrès qu’au cours des trente années précédentes. Mon inquiétude porte sur la question sociale. Il va falloir changer la nature d’un très grand nombre d’emplois. La filière automobile pense qu’on va perdre entre 120 000 et 150 000 emplois en France. On va dans le même temps devoir créer 200 000 emplois dans la rénovation des logements. Mais ce ne sont ni les mêmes emplois, ni les mêmes compétences ni les mêmes salaires. L’autre sujet, c’est celui de la mobilité des compétences qu’on ne sait pas gérer. Transformer les compétences et les lieux de travail de plusieurs centaines de milliers de salariés est un défi majeur auquel il faut se préparer.

Des axes essentiels à aborder avant la présidentielle ?
Les prix augmentent de 7 % par an sur la France entière. On n’en parle pas beaucoup pour l’instant dans cette campagne présidentielle. Et ces pourcentages sont encore plus élevés dans certaines métropoles de l’Ouest. Si vous cumulez hausse du prix de l’énergie et de l’immobilier, vous avez une situation politique explosive.

Et le sujet numéro un ? Ce serait sans aucun doute l’école. L’axe des politiques économiques, c’est celui des compétences. Ce qui est très important, ce sont les petites classes. La maternelle, c’est un enjeu pour les enfants. Or, toutes les grandes enquêtes internationales (Pisa, Teems) affichent de mauvais scores pour les élèves français. Nos résultats en sciences sont catastrophiques. Dans le primaire, les professeurs des écoles ont surtout des formations littéraires. De plus, les jeunes filles, en dehors de la médecine, ne suivent pas suffisamment les filières scientifiques. Dans une économie de plus en plus numérique et qui veut se réindustrialiser, le défi mérite d’être relevé. Si on arrive à faire cela, le reste suivra assez vite.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien mené pour Ouest-France ici

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