Le verbatim de… Michel Eltchaninoff, philosophe, sur le conflit russo-ukrainien

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Michel Eltchaninoff est philosophe et auteur de l’ouvrage Dans la tête de Vladimir Poutine, paru en 2015. Il revient, pour le Journal du Dimanche, sur la nécessité de ne pas laisser avancer le président russe.

Les yeux du monde entier sont rivés sur l’Ukraine. Depuis la nuit du 23 au 24 février, début de l’invasion russe. Dans un affrontement qui s’apparente à David contre Goliath, les Ukrainiens, courageux, résistent. Les hommes âgés entre 18 et 60 ans ne quittent pas le territoire et défendent leur pays jusqu’au bout. Des familles se retrouvent coupées en deux, les hommes restent en Ukraine, femmes et enfants s’en vont, notamment en Pologne. Les Occidentaux fournissent l’Ukraine en équipements et munitions et tentent d’intimider la Russie économiquement…

… Mais sera-ce suffisant ? Pour le philosophe Michel Eltchaninoff, « n’ayons pas d’illusions : Poutine ira plus loin si on le laisse avancer. » Nous vous posons cette semaine cette question : selon-vous, la France doit-elle combattre militairement la Russie ? De son côté, l’attaquant russe menace tous les pays qui s’interfèreraient devant son opération, celle, on le rappelle, de « démilitariser et dénazifier » l’Ukraine. Et tous les moyens sont bons pour y parvenir, Poutine a d’ailleurs mis en alerte la force de dissuasion russe. Michel Eltchaninoff y voit avant tout un chantage nucléaire, les Occidentaux ne doivent pas se laisser duper et continuer à aider les Ukrainiens à se défendre. Alors le nucléaire, un coup de bluff de Poutine ?

Poutine souhaite « démilitariser et dénazifier » l'Ukraine.

Jeudi, au premier jour de l’invasion russe, j’ai parlé à un ami de Kiev, le philosophe Volodymyr Yermolenko. Épuisé, mais très calme, il m’a raconté qu’il avait entendu des explosions tout près de chez lui. Beaucoup de gens commençaient à fuir en voiture vers l’ouest du pays. Lui, avec sa femme et ses enfants, ne quitte pas Kiev. Il sait pertinemment qu’en tant qu’intellectuel démocrate, si Moscou installe un régime fantoche, il sera sur la liste des personnes à réprimer. Mais il reste. Les Ukrainiens sont des résistants. Cela fait un siècle qu’ils se battent pour leur indépendance.

Comment en sommes-nous arrivés là ? Il suffisait pourtant d’écouter les déclarations du président russe. Depuis le début des années 2010, Vladimir Poutine explique dans ses discours que l’Occident cherche à affaiblir la Russie, « la repousser dans un coin », parce qu’il serait jaloux de sa force vitale et ne supporterait pas l’existence même de ce grand pays. Persuadé que l’Europe s’effondre pour avoir oublié ses racines et s’être fourvoyé dans le libéralisme politique ou le règne du droit, constatant que les États-Unis sont en train de perdre leur place de gendarme du monde, Vladimir Poutine a sonné l’heure de la grande revanche.

N’ayons pas d’illusions : Poutine ira plus loin si on le laisse avancer. Il ne reste aux démocraties qu’à s’opposer fermement à lui, au lieu de vouloir à tout prix dialoguer. Comment ? En ne cédant pas à la panique ni au chantage nucléaire. En aidant les Ukrainiens à se défendre. En soutenant massivement la société civile ukrainienne et les très nombreux Russes qui ne veulent pas la guerre.

Retrouvez l’intégralité de la tribune sur le site du JDD

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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