Le verbatim de… Marie-Laure Bégout, chercheuse à l’Ifremer

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Marie-Laure Bégout est chercheuse à l’Institut français de recherche pour l’exploitation de la mer (Ifremer). Elle revient, pour Ouest-France, sur la technique du chalutage, terrible pour les poissons.

« Si un être souffre, il ne peut y avoir aucune justification morale pour refuser de prendre en considération cette souffrance », Peter Singer, La libération animale, 1975. Le bien-être animal, un sujet « tabou » qui profite aux défenseur·ses d’un végétarisme à « la mode » ? Un discours à nuancer… La souffrance animale est bien réelle, mieux encore : elle est avérée. En 2021, Romain Espinosa publiait Comment sauver les animaux ?, un essai édifiant qui décrit l’écart entre l’amour que nous portons aux animaux et la souffrance endurée dans les abattoirs. Cette ambivalence, autrement nommée « paradoxe de la viande », est développée par de nombreux spécialistes. 88 % des Français·es souhaitent voir les animaux d’élevage mieux traités, selon un sondage Ifop dévoilé par la Fondation Brigitte Bardot. Mais des milliers d’animaux continuent d’être tués chaque jour…

Massacres dans les abattoirs et terreur dans les océans ? En 2021, l’ONG allemande Soko Tierschutz a enquêté à bord de deux chalutiers, l’un est français, l’autre britannique. Les images relayées dans une vidéo de l’association animaliste L214 démontrent l’extrême cruauté des méthodes de chalutage. Des poissons à l’agonie, qui suffoquent, amassés dans des filets géants, écrasés sous le poids de leurs milliers de congénères et piétinés par les pêcheurs… Pourquoi diable se préoccuper du sort de ces poissons qui finiront dans nos assiettes ? Selon une étude publiée dans la revue The Philosophy transaction of Royal Society en 2019, les poissons souffrent de manière extrêmement similaire aux humains. Un constat plus qu’évident pour Marie-Laure Bégout, chercheuse en physiologie à l’Ifremer de Palavas et de Sète. Elle l’affirme : « Les molécules antidouleur utilisées par les humains fonctionnent également chez les poissons. »  Un bilan amer qui pousse à interroger (une énième fois) les techniques de pêche. Pour Marie-Laure Bégout, pourquoi ne pas encadrer le bien-être des animaux de pêche par des labels ? MM

 

 

 

 

 

 

 

 

 

L’ONG de défense des animaux L214 a dévoilé une nouvelle vidéo choc, mardi 22 février. Cette fois, l’association s’attaque aux pratiques de la pêche au chalut, avec des images tournées à bord de deux navires français et britannique, dans les eaux de la Manche.

Cette vidéo montre des poissons entassés, suffoquant sur le pont du navire. Est-ce le reflet de la réalité ?

Rien ne me surprend dans ces images, elles reflètent la réalité du chalutage. C’est la méthode qui veut ça, les grands filets capturent tous les poissons et crustacés tapis dans le fonds, mais aussi des animaux à proximité comme des requins ou des seiches. C’est une pêche très peu sélective, qui provoque du stress et de la souffrance chez les animaux remontés à la surface.

Donc les poissons ressentent de la douleur ?

Oui, la question ne se pose même pas. Des études ont analysé les émotions des poissons et des crustacés. Il en ressort que ces animaux ont les mêmes récepteurs que les mammifères, ils sont eux aussi dotés de nocicepteurs (terminaisons nerveuses), même si leur physiologie est différente de celles des vertébrés. Des chercheurs britanniques ont, par exemple, montré qu’une truite réagit négativement à l’injection de petites quantités de vinaigre sur ses lèvres. Et que ​les molécules antidouleur utilisées par les humains fonctionnent aussi chez ce poisson !

D’autres méthodes existent-elles ?

Oui, certains chercheurs utilisent l’encéphalogramme pour mesurer l’activité du cerveau face à une situation de peur, d’autres passent carrément les poissons à l’IRM. On voit qu’ils ressentent le stress, la peur, la douleur, etc.

Quel est le problème avec les méthodes actuelles ?

La vidéo le montre bien, on voit des poissons comprimés dans le filet, puis écrasés sur le pont. Certaines espèces blessent les autres avec les rayons de leurs nageoires, même chose pour les araignées de mer avec leur carapace. On voit aussi que les animaux suffoquent, sachant que certaines espèces, comme le congre ou l’anguille, tiennent plusieurs heures avant de mourir par asphyxie.

L’intégralité de l’entretien est à retrouver sur le site de Ouest-France

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