Le verbatim de… Marc Humbert, professeur d’économie politique

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Marc Humbert est professeur d’économie politique à l’université de Rennes. Il s’interroge dans Ouest France : « Est-ce que demain sera mieux ? »

A priori, peu de risque à affirmer que nous vivons – du moins à l’échelle individuelle – mieux qu’avant. Les nouvelles technologies – malgré ses dérives qu’il ne faut ignorer – nous permettent de garder contact avec notre entourage, familial ou amical, y compris lorsque l’on se trouve à l’autre bout du globe. Ces mêmes technologies qui nous autorisent à travailler depuis chez nous quand cela est possible. Nos plaisirs se retrouvent aujourd’hui de plus en plus satisfaits. Y compris les plus superficiels.

Et pourtant, ce constat ne vaut, hélas, que pour quelques-un·es. Non seulement pour les pays les plus riches. Mais aussi pour une partie et non toute  la population au sein même des États les plus puissants. On assiste à un paradoxe : on vivrait mieux à l’échelle individuelle, problème, c’est aussi néfaste pour le collectif. Le produire toujours plus de la part de grandes entreprises, pour répondre à notre demande de consommation – qui porte sur des produits parfois inutiles – a une influence sur notre planète. « Au rythme où augmentent les concentrations de gaz à effet de serre, l’élévation des températures à la fin du siècle sera bien supérieure aux objectifs de l’accord de Paris, soit 1,5 à 2 degrés celsius au-dessus des niveaux préindustriels », a prévenu fin octobre le secrétaire général de l’Organisation météorologique mondiale (OMM), Petteri Taalas. Hormis l’environnement, la pauvreté n’a évidemment pas disparu. Vit-on mieux aujourd’hui ? sans doute. Et demain ? GW

« Est-ce que demain sera mieux ? »

« Est-ce que demain sera mieux ? »

« Il paraît que les anciens ont toujours dit que c’était mieux avant. Je suis devenu un ancien et j’ai comme le souvenir que mes grands-parents, dans les années 1960, trouvaient qu’ils n’avaient jamais aussi bien vécu, bénéficiant avec une retraite d’une situation jamais connue auparavant. La vie quotidienne avait été transformée avec un habitat en dur, un équipement de la maison, des possibilités de transport, la télévision et les enfants qui partaient en vacances et qui avaient une voiture. Cela est devenu le cas pour plus de la moitié de la population, qui est entrée dans la société de consommation, sans chômage. C’était une entrée réclamée pour tous par les grévistes ouvriers de 1968 mais dénoncée pour son manque d’idéal par les étudiants qui pestaient aussi contre le conservatisme patriarcal et le néocolonialisme.

Le monde d’aujourd’hui est bien différent. Nous avons presque tous un téléphone « intelligent », un accès à Internet, aux « réseaux sociaux » et nous gardons le contact avec parents et amis même au bout du monde. Les supermarchés ont élargi nos consommations, parfois peu utiles, issues d’innovations artificielles déclassant trop vite les produits. Nous avons accès à une myriade de sortes de jouets pour enfant, de sortes de chaussures de sport quand n’existait que le choix entre tennis ou baskets. Nous sont proposés une infinie variété de produits laitiers quand il n’y avait que yaourt ou fromage blanc natures, un déluge de sodas, de produits surgelés, une panoplie de vélos quand un vélo durait une vie, on change de voitures… On peut se faire livrer à domicile, n’importe quoi venu du monde entier en quelques clics.

Assez agréable, mais l’habitat ne s’est pas vraiment amélioré, les sans-abri n’ont pas disparu, les secours catholique ou populaire et les restos du cœur n’ont jamais eu tant à faire, et le chômage de masse s’est installé. La durée de vie moyenne s’est allongée, mais le cancer et les maladies cardiovasculaires n’ont pas disparu et voilà que surviennent des pandémies. Elles seraient liées à notre impact sur l’environnement, dégradé fortement depuis les années 1960 : nos « avancées » ont réchauffé le climat qui en vient à brûler nos forêts et à inonder d’autres lieux, ont réduit la biodiversité, menaçant ainsi les possibilités de nous nourrir. Alors que la Fao (Organisation des nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, ndlr) nous indique que 3 milliards de personnes n’ont pas une alimentation suffisante pour se maintenir en bonne santé.

Quel bilan tirer de ce rapide panorama ? C’est mieux, beaucoup mieux aujourd’hui, pour ceux qui ont accès à toutes ces facilités de consommation. Mais l’expérience du confinement a permis d’apprécier que bon nombre de consommations n’étaient pas indispensables alors qu’elles ont des impacts négatifs au niveau collectif sur l’environnement. La vie quotidienne individuelle est rendue plus cool par nombre de « plus » non indispensables et réservés à un petit nombre, surtout à l’échelle de la planète. Ces plus ont même un effet négatif sur les possibilités futures de continuer en ce sens et de généraliser à ceux qui en sont exclus et qui semblent plus nombreux, au moins dans les pays riches. »

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