Le verbatim de… Fabienne Greffet, maîtresse de conférences en science politique à l’université de Lorraine

Temps de lecture estimé : 3 minutes

Les politiques s’invitent de plus en plus sur les réseaux sociaux. 

Facebook, Tik Tok, Instagram, Twitter, Snapchat… Hauts lieux du combat politique de demain ? Il y a les journaux télévisés et les grands entretiens accordés à la presse nationale, certes, mais les candidat·es à l’élection présidentielle 2022 s’invitent aussi – voire surtout – sur les réseaux sociaux. Il suffit d’allumer Tik Tok pour apercevoir Jean-Luc Mélenchon (LFI) siroter un lait-fraise en terrasse. Pour Éric Zemmour ? Il préfère le bowling ! Le Président de la République Emmanuel Macron s’est lui-même illustré sur la toile lors de son mandat, multipliant les apparitions sur Tik Tok et YouTube.

Ces pratiques visent à créer le « buzz » afin de cibler les jeunes électeur·rices. Pour l’entourage de Valérie Pécresse (LR), les réseaux sociaux permettent de conquérir une audience plus large, loin des « meetings politiques qui n’attirent que des convaincus. » Les candidat·es à l’élection présidentielle deviennent alors accessibles aux internautes. Rien de plus naturel que de boire un verre en terrasse ou que de jouer au bowling ? Certainement. En revanche, la crédibilité politique des candidat·es peut-être impactée.

Dans un entretien publié sur le site de FranceInfo, Arnaud Benedetti, professeur associé à l’université Paris-Sorbonne, déclare : « Si de plus en plus de personnalités politiques franchissent le pas et se tournent vers ces réseaux sociaux, ils peuvent potentiellement mettre leur image en danger ! » Cette modification des méthodes de campagne politique est inquiétante, et ce danger porte un nom, « les fake news ». Les médias sociaux, bien que très utiles, sont le théâtre de nombreuses dérives. Notamment dans les domaines de la santé et de l’économie. La viralité à l’aube de l’accélération numérique n’est plus à prouver. La crise des « gilets jaunes » en 2019 est d’ailleurs une parfaite illustration des transformations politiques apportées par les réseaux sociaux. Autre exemple, lors de la campagne présidentielle de 2020 aux États-Unis, le bras de fer qui a opposé Biden à Trump. À l’arrivée, une intervention de Zuckerberg en personne pour interdire aux candidat·es de publier de nouvelles publicités sur Facebook la semaine juste avant le vote… Bien que dangereux, la présence des politiques sur les médias sociaux semble inévitable. À condition d’être utilisés à bon escient. Dans un entretien accordé au journal Ouest-France, Fabienne Greffet, maîtresse de conférence en science politique à l’université de Lorraine souligne l’importance pour les candidat·es de se rendre visibles. MM

Pour la prochaine élection présidentielle, il semble indispensable pour les candidats d’avoir une présence sur les réseaux sociaux. Quels enjeux cela représente-t-il pour eux ?

Aujourd’hui, une grande proportion de la population (environ 70 % des particuliers) s’informe sur Internet et notamment sur les réseaux sociaux. Les candidats vont donc aller là où s’informent les électeurs. L’enjeu est d’être présent pour toucher ce public mais aussi atteindre de nouveaux groupes. C’est notamment le cas du public jeune, très présent sur les réseaux sociaux. Même s’ils ne sont pas forcément en âge de voter, les jeunes se forgent des idées sur les réseaux qui se traduiront éventuellement plus tard dans les urnes, c’est le pari que font les équipes de campagne.

C’est aussi une manière moins clivante pour le candidat de parler de lui, sans évoquer directement une proposition ou un programme. Lorsqu’Emmanuel Macron a commencé sur Tik Tok, il a félicité les néobacheliers, puis, quelques mois plus tard, il a fait une vidéo avec McFly et Carlito pour sensibiliser aux mesures sanitaires. Cela ne s’inscrit pas dans la campagne à proprement parler, d’autant qu’il n’est pas encore officiellement candidat, mais c’est une manière de se rendre visible, si ce n’est populaire auprès de jeunes qui ne sont pas forcément encore des électeurs mais qui peuvent en parler autour d’eux.

La pandémie va-t-elle également influencer la présence numérique des candidats ?
De manière plus conjoncturelle, la crise sanitaire entre également en compte dans cette élection. Généralement, les campagnes présidentielles se répartissent entre déplacements sur le terrain, meetings politiques, interventions médiatiques (presse, télévision, radio) et la présence sur les réseaux sociaux.

Or, cette année, tout ce qui est déplacement terrain et meeting est rendu difficile par la pandémie. La situation sanitaire complique les déplacements. Même s’ils ne sont pas interdits, il y a quand même une hésitation à organiser un rassemblement avec des milliers de personnes. Cela produit un regain d’intérêt pour l’espace médiatique et surtout les réseaux sociaux où le temps de parole n’est pas limité.

Est-ce la fin des médias classiques ? 

Pas du tout, par les réseaux sociaux, les candidats cherchent aussi à attirer les médias classiques, qui restent centraux pour diffuser les messages de campagne. C’est ce qu’un collègue britannique, Andrew Chadwick, appelle les campagnes hybrides, en prenant comme exemple la campagne de Barack Obama en 2008. À l’époque, les équipes de campagne du futur président américain avaient créé une plate-forme où il fallait s’inscrire et où l’on pouvait faire un don qui servait ensuite à acheter de l’espace publicitaire médiatique classique. En France, il n’est pas possible d’acheter des espaces publicitaires pour faire campagne, mais les interventions médiatiques et sur les réseaux sociaux sont stratégiquement pensées de façon à ce que chacune renforce l’autre.

En 2012, Eva Joly avait créé le buzz avec une vidéo de chats qui incitait les électeurs à s’inscrire. À l’époque, cela avait créé le buzz auprès des médias classiques. Inversement, les interventions et réparties lors des débats télévisés sont découpées en courts extraits vidéos par les équipes de candidats, pour pouvoir être diffusées sur les réseaux et démultiplier l’audience. Pour exister médiatiquement, on peut aussi parler des innovations de campagne. En 2017, Jean-Luc Mélenchon a créé son hologramme, une première technique en France. Publiciser cette initiative a permis au leader de la France insoumise d’exister médiatiquement entre la primaire de la droite en novembre 2016 et celle de la gauche en janvier 2017.

La suite de la tribune est à retrouver sur le site de Ouest-France

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