Le verbatim de…. Bruno Latour, philosophe

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Bruno Latour est philosophe des sciences et publie un livre – coécrit avec Nikolaj Schultz – qui s’adresse aux partis écologiques et leurs électeur·rices. Il revient, pour Ouest-France, sur le manque de mobilisation des masses en faveur de l’écologie .

À moins de trois mois de l’élection présidentielle de 2022, l’écologie se range au second plan des débats et échanges politiques. Le gouvernement actuel fait de la crise sanitaire la seule préoccupation, ou presque, du moment. Avec l’arrivée du variant Omicron, « plus contagieux mais moins dangereux », la pandémie sévit de moins en moins. Le moment peut-être de parler d’écologie ? pas sûr puisqu’une grande partie de l’opposition souhaite recentrer les débats sur la sécurité et l’immigration – des thèmes absolument essentiels – mais l’un empêche pas l’autre !

Hausse des températures et espèces menacées… on le sait et on le voit, le climat se dérègle. Ultime exemple : un thermomètre qui affiche plus de 50 degrés celsius dans une ville reculée de la région de Pilbara, en Australie-Occidentale. Soit du jamais vu depuis une soixantaine d’années ! Les climato-sceptiques se font de plus en plus rares, et c’est tant mieux. Mais face au constat, l’action peine à décoller. GW

Votre mémo s’adresse « aux partis écologiques et leurs électeurs présents et à venir », quel est le message que vous vouliez leur faire passer avec votre ouvrage ?
Il reste encore beaucoup d’efforts à accomplir pour rendre la question écologique compréhensible au public. Vous avez probablement vu le film d’Adam McKay : Dont Look Up : déni cosmique ? C’est un film important parce qu’avec son succès, il est vu par tout le monde et donc il offre une mise en scène très efficace de la situation.

Mais les menaces auxquelles nous avons affaire, n’ont rien à avoir avec celles de la comète qui risque de s’abattre sur la Terre dans le film. Elles sont bien plus diffuses, lentes et intimes.

Vous dites dans votre ouvrage : « Aujourd’hui, la certitude de la catastrophe semble plutôt paralyser l’action ». Pourquoi, alors que la crise écologique est une réalité connue de tous désormais, n’arrive-t-on pas à mobiliser les masses ?
Il y a beaucoup de raisons. La première, c’est que cela demande une transformation profonde des habitudes. Pendant des années, nous avons voulu moderniser les professions comme celles des agriculteurs, des infirmières, des industriels, des professeurs… Aujourd’hui, on s’aperçoit qu’on entre dans un monde nouveau et, brusquement, on demande aux gens de faire machine arrière et de changer leurs habitudes.

C’est très difficile, pour vous comme pour moi. Nous avons des maisons, des voitures, des usines qui sont déjà-là… Il y a un tas de bonnes raisons pour lesquelles on ne se précipite pas vers la cause écologique.

Vous insistez beaucoup sur le choix des mots. Plutôt que parler de décroissance, vous préférez employer le terme de « prospérité »
On ne voit pas bien une manifestation où les gens scanderaient : « Décroissons, décroissons, décroissons… ». « Croître », c’est un très beau mot. C’est un peu dommage de l’utiliser négativement. C’est quand même un peu le sens de la vie. Je préfère « prospérité » parce que je pense que c’est un but parfaitement légitime pour les sociétés.

Si on veut mobiliser, il faut prendre soin de choisir ses mots.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur le site de Ouest-France

Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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