Le verbatim de… Bernard Jullien, maître de conférences en économie

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Bernard Jullien est maître de conférences en économie à l’université de Bordeaux et spécialiste de l’industrie automobile. Il revient pour Ouest-France sur le coût, encore trop élevé, des voitures électriques.

Les entreprises ont peut-être le plus grand rôle à jouer pour mener à bien cette transition écologique. Mais ce changement progressif de nos habitudes passera aussi par l’accompagnement des citoyen·nes les plus précaires. Car encore aujourd’hui, difficile de demander aux habitant·es des zones rurales d’adopter des transports en communs ou plus doux. D’abord parce que les voitures électriques restent encore aujourd’hui trop chères.

Ultime exemple, pour les conducteur·rices de polluants, rouler à Montpellier deviendra de plus en plus compliqué. La zone à faibles émissions (ZFE) va instaurer des restrictions de circulation progressives. En vue d’aboutir à une interdiction totale du diesel dès 2028. Le renouvellement du parc automobile est lancé. Les ventes de voitures électriques progressent, mais pour qui ? Selon l’économiste Bernard Jullien, les voitures électriques restent inaccessibles pour un grand nombre de Français·es. Même avec la prime à la conversion. 

Créer des bornes électriques de rechargement sur tout le territoire constitue une condition sine qua non pour transformer notre mobilité.

Les ventes de véhicules électriques ont progressé de 63 % en France l’an dernier et ont représenté presque 10 % des voitures neuves. Est-ce suffisant pour que l’automobile cesse de polluer en 2050 ?
Pas du tout. Les ménages français n’achètent en moyenne qu’un million de voitures neuves par an – et même un peu moins l’an dernier – contre six millions de voitures d’occasion. Et dans ces six millions de voitures d’occasion, qui ont une valeur moyenne de 6 000 euros, 42 % ont plus de 10 ans, dont la moitié plus de 15 ans. Les ménages achètent donc deux fois et demie plus de voitures de plus de 15 ans, dont la valeur moyenne est de moins de 4 000 euros, que de voitures neuves, dont la valeur moyenne est de 27 000 euros. L’achat de voitures neuves, déjà le fait d’une minorité âgée et aisée, est encore plus élitiste pour les voitures électriques.

Le renouvellement du parc des voitures françaises est donc trop lent ?
Oui, d’autant plus que pour des raisons de méthodes de calcul, jusqu’en 2020, on a sous-estimé son âge moyen, qui n’est pas de 9 mais de 11 ans, et son nombre, qui n’est pas de 37 mais de 40 millions de voitures. Avec moins de deux millions de véhicules neufs par an en incluant les achats des entreprises, renouveler le parc français prend plus de vingt-cinq ans. Même en arrêtant de vendre des voitures à moteur thermique en 2035, on n’aboutit pas à un parc propre en 2050.

C’est le prix des voitures électriques qui pose problème ?
Oui, elles sont beaucoup trop chères par rapport au budget que les ménages peuvent consacrer à l’automobile. En reproduisant, en électrique, des clones des modèles polyvalents à moteur thermique, dotés d’une grande autonomie, de batteries énormes, comme les constructeurs sont en train de le faire, on aboutit à une production centrée sur des modèles vendus entre 35 000 et 40 000 euros.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur le site de Ouest-France

Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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