Le verbatim d’… Audrey Chapot, anthropologue

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Temps de lecture constaté 2’30

Audrey Chapot est anthropologue et revient sur une fausse idée : notre vie tournerait autour du travail !

C’est sans aucun doute la première question que l’on adresse à un·e parfait·e inconnu·e. Ce qu’il·elle fait dans la vie. Non pas dans le sens de ses passions, ses hobbys, ce qu’un individu aime lire ou regarder. Mais son travail, sous-entendu sa profession, ce qu’il·elle fait généralement entre 9 h et 18 h. N’est-ce pas un poil réducteur ?

« Le travail n’a rien d’universel, ce sont les activités qui le sont », clame l’anthropologue Audrey Chapot. La crise covid-19 a rebattu les cartes. L’endroit où l’on vit prime de plus en plus sur le lieu où l’on travaille. Puisque les confinements successifs ont démontré le caractère essentiel de se sentir bien à domicile. On prête aussi plus attention aux conditions dans lesquelles on exerce notre métier au quotidien, suffit de regarder le personnel de l’hôtellerie-restauration qui a déserté le secteur pendant la crise… certain·es ne sont jamais revenu·es ! Le débat récurrent sur la mise en place d’un revenu universel se présente aussi comme un aveu que la société n’a plus besoin de tout le monde pour assurer « l’activité économique ». Alors oui, la norme qui place le travail au centre de nos vies perd progressivement du terrain. GW

« Comment ça oublions le travail ? Impossible ! Sans travail, notre société s’écroulerait.

Encore une idée reçue, un a priori qui nous coince dans des modèles de pensée figés et dorénavant dépassés. Dépassés car le travail ne répond plus aux enjeux de notre époque.

Rappelons-nous que le travail est une construction sociale. Il n’a rien d’universel.

Ce qui est universel, c’est l’activité (de création d’objets, d’idées ou d’arts). Les activités sont incontournables et structurantes, avec pour triple fonction : rôle de subsistance pour trouver alimentation et abris, rôle social pour maintenir la communauté, et rôle identitaire pour se positionner dans le groupe.

Toutes les sociétés connaissent les activités, toutes ne les définissent pas par l’idée de travail. Dans notre culture, le travail est un échange entre du temps de production et une rétribution, monétaire le plus souvent. Il est scellé par un contrat juridique, devenu norme sociale d’intégration. C’est un puissant instrument de conditionnement pour structurer, hiérarchiser, réguler et cimenter notre société. Ainsi, nous avons créé une distinction entre ce qui relève du travail (rémunéré) et du loisir (occupations temps hors travail).

Dans d’autres cultures, le travail rémunéré n’existe pas, les loisirs non plus. Cela signifie-t-il qu’ils ne travaillent jamais, qu’ils travaillent toujours ?

Le travail est de moins en moins au centre de nos vies, il devient un moyen parmi d’autres. Cette puissante métamorphose nous oblige à repenser le travail.

Oublions-le ! Ce modèle de société est régi par l’appel du statut social, la norme salariale du CDI, la réputation d’une entreprise, les compétences remplaçables et la richesse économique, pas par l’humain.

Ce qui est en cours, ce sont des activités flexibles, des identités professionnelles multiples non figées, des contributions par missions, engagées, où la qualité des relations humaines prime, avec des rétributions monétaires et autres.

Il s’agit d’abandonner la norme du travail pour se tourner vers les activités. Un changement d’état d’esprit radical. »

Retrouvez l’intégralité de la tribune dans Ouest France ici

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.