Le verbatim d’… Anne Muxel, sociologue

Temps de lecture estimé : 2 minutes

Anne Muxel est sociologue et auteure de nombreux ouvrages dont Toi, moi, et la politique : amour et convictions (Seuil, 2008). Elle revient pour Ouest-France sur le vote politique entre conjoint·es.

Moins de trois mois avant l’élection présidentielle de 2022.  Les candidat·es des divers partis se positionnent ou se retirent, se tirent dans les pattes ou en appellent à l’union. Le Président de la République Emmanuel Macron, lui, attend encore le bon moment pour se déclarer officiellement prétendant à un second quinquennat. Mais les débats politiques ont déjà commencé au sein des familles, des couples aussi. Le foyer, voilà un lieu où l’on brise tous les tabous de ses idées politiques.

« Non seulement c’est dans les couples que l’on partage le plus les mêmes orientations et les mêmes choix politiques, mais c’est souvent dans les couples que l’on parle le plus de politique et que l’on échange le plus ses idées », explique la sociologue Anne Muxel. Pas de tabou politique au sein des couples. Pas d’isoloir. L’on connaît le bulletin que glissera son·sa conjoint·e dans l’urne. Souvent le même que soi. Soit parque l’on a tendance à choisir sa moitié en fonction de ses propres valeurs, convictions et opinions. Soit parce qu’au fil du temps, la socialisation conjugale opère. La réalité du quotidien vécue par un couple – l’évolution de l’un ou l’autre dans le milieu professionnel, les relations amicales, l’intervention des familles respectives – conduit souvent à un rapprochement des opinions politiques, malgré d’éventuelles divergences au départ. GW

Selon plusieurs études, les trois quarts des conjoints ont les mêmes orientations politiques. Comment l’expliquez-vous ?
Non seulement c’est dans les couples que l’on partage le plus les mêmes orientations et les mêmes choix politiques, mais c’est souvent dans les couples que l’on parle le plus de politique et que l’on échange le plus ses idées. Bien plus qu’avec d’autres membres de la famille. Entre conjoints, il y a une sorte de fluidité et une plus grande transparence qu’entre parents et enfants ou au sein de la fratrie. La relation avec le conjoint est une relation affinitaire, choisie et qui repose sur une supposée entente, donc on y engage aussi davantage de soi et de ce qui forme son identité profonde. Les convictions, qu’elles soient politiques ou religieuses, sont au fondement de cette identité profonde. Et c’est ce qui explique que partager les mêmes idées, y compris les choix politiques, puisse être un aspect plus important que dans une relation qu’on n’a pas choisie.

Et pour ceux dont les orientations politiques divergent ? Une partie d’entre eux met en avant la tolérance et le lien affectif.
Il y a ceux que j’ai appelés, dans mes travaux, des figures de l’intimité démocratique. C’est-à-dire des couples qui font vivre cette démocratie au niveau intime et qui se montrent souvent intéressées par des choix dissemblables et par la différence. La conversation qui existe au sein du couple est alors démocratique par essence, dans la mesure où elle fait coexister la pluralité d’opinions, voire des avis divergents.

Le lien conjugal influence-t-il le choix politique de l’un ou l’autre des conjoints au fil des ans ?
Une socialisation conjugale peut se faire au fil du temps. Notamment quand il y a divergence d’opinions à la base, parfois mal vécue. Cet effet de socialisation conjugale, c’est-à-dire la construction d’un récit commun et les arbitrages faits face à des problèmes de la vie quotidienne ou à des événements, peut entraîner un rapprochement des idées de l’un et de l’autre. Un couple est soumis à l’actualité ambiante, à la médiatisation de la politique, mais aussi à ce qui se passe pour chacun dans le milieu professionnel, aux relations amicales, aux interventions des enfants et de la famille de chacun. C’est une interaction très complexe au travers de laquelle la fabrique des opinions politiques se fait aussi.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur le site de Ouest-France

Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici

J’accepte les conditions et la politique de confidentialité

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.