Un chèque alimentaire pour renforcer le système d’aides au plus démuni·es

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Le gouvernement doit encore trancher entre les scénarios envisagés pour ce dispositif d’aide aux ménages précaires et aux agriculteur·rices.

La crise nuit particulièrement aux plus démuni·es, ce n’est plus à prouver. Pour consolider ses aides et respecter l’engagement d’Emmanuel Macron pris à la mi-décembre, le gouvernement travaille sur un « chèque alimentaire », pour aider les ménages modestes à manger mieux, et les agriculteur·rices les plus vertueux. Et les débats sont très tendus au sein de la majorité présidentielle. Dans le même temps, d’autres dispositifs se précisent.

Sur la question du futur chèque alimentaire, l’exécutif se divise. Entre membres du gouvernement et de la majorité à l’Assemblée, les propositions se succèdent. Julien Denormandie, le ministre de l’Agriculture, défend une option qui coûterait entre 2 et 4 milliards selon les estimations, pendant que Bruno Le Maire, le ministre de l’Économie, adopte une position proche de celle de Barbara Pompili, la ministre de la Transition écologique, et envisage plutôt une solution qui ne dépasserait pas les 300 millions d’euros. Matignon va devoir trancher pour dessiner les contours de ce chèque alimentaire ou chèque de « sécurité sociale alimentaire ». Dans l’idée, il s’agit de permettre à la fois aux plus modestes de manger des produits sains et d’éviter une « pandémie de la faim » chez les plus pauvres, tout en permettant aux agriculteur·rices de vivre. La proposition, qui émane de la Convention citoyenne pour le climat, avait fait l’objet d’un engagement de la part du président de la République le 14 décembre 2020.

Casse-tête opérationnel
La proposition de Julien Denormandie consiste à créer un chèque ou une carte alimentaire à destination des jeunes et des familles avec enfants à revenus modestes, qui pourrait être dépensé dans les petits commerces et la grande distribution, pour de l’alimentation fraîche et produite localement. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles (FNSEA) propose de son côté que ce chèque ou cette carte à puce soit distribué par les Centres communautaires d’action sociale (CCAS), auxquels 5 millions de personnes ont accès, à hauteur de 5 euros par jour. Une proposition sur le modèle des « food stamps » américains, dont le coût important (2 à 4 milliards d’euros) ne convainc pas Bercy. La question des produits à mettre en avant, elle aussi, divise. La Confédération paysanne se montre défavorable à la proposition de la FNSEA qui « encourage l’agriculture industrielle », selon son porte-parole Nicolas Girod. Le syndicat agricole prône « la création d’une branche de la sécurité sociale garantissant un accès universel à l’alimentation, produits locaux, restauration collective ».

Bruno Le Maire défend pour sa part un scénario plus resserré que son confrère ministre de l’Agriculture. Le ministre de l’Économie soutient, comme la FNSEA, l’idée de confier le dispositif aux CCAS, et propose que l’État paie la différence entre un panier alimentaire normal et un panier répondant aux critères durables définis par la loi « Egalim » de 2018.  La majorité présidentielle est elle aussi bien décidée à faire entendre sa voix, en amont de l’étude du projet de loi Climat et résilience en mars. Mounir Mahjoubi, député de Paris très actif sur le dossier, se rapproche du scénario de Julien Denormandie et propose un chèque de 30 à 50 euros par mois, accessible aux jeunes et aux familles défavorisées, à dépenser en circuit court ou dans les enseignes de grande distribution, à condition qu’elles jouent le jeu.

Renforcement des aides en 2021
Outre le casse-tête du chèque alimentaire, qui devra rapidement trancher pour respecter l’objectif de proposer des chèques dès septembre 2021, d’autres dossiers se précisent. Le Revenu de solidarité active (RSA) est notamment sur la table du gouvernement. Toujours frileux à l’idée d’élargir le RSA aux 18-25 ans, l’exécutif table plutôt sur une « garantie jeunes » renforcée, pour accompagner les plus fragiles vers l’emploi. Le constat est clair pour Guillaume Allègre, de l’Observatoire français des conjoncture économiques : « Il n’existe pas, en France, de filet de sécurité universel pour les moins de 25 ans. » Malgré l’urgence de la crise et la pression d’une grande partie de la gauche et des syndicats, l’élargissement du dispositif n’est pas à l’ordre du jour. Le gouvernement préfère pour l’instant mettre en avant les dispositifs d’accompagnement vers l’emploi.

Quelques années plus loin, le « minimum vieillesse », autre nom de l’Allocation de solidarité aux personnes âgées (Aspa), se voit augmenté de 0,4 % pour 2021. La prestation versée aux retraité·es aux faibles ressources passe ainsi à 906,81 euros par mois pour une personne seule et à 1 407,82 euros pour un couple. Le plafond de ressources annuelles à ne pas dépasser pour pouvoir bénéficier de l’allocation s’établit, lui, à 10 881,75 euros pour une personne seule et 16 893,94 euros pour un couple. Parmi les grandes mesures « sociales » nées de la crise, la ministre du Travail Élisabeth Borne vient également d’annoncer la prolongation de la garantie de revenu pour les travailleur·ses précaires de trois mois, jusqu’à fin mai. L’aide, créée en novembre, garantit un revenu mensuel de 900 euros nets par mois, notamment aux saisonnnier·ères ou travailleur·ses de l’événementiel. Le dispositif s’adresse à celles et ceux qui ont travaillé au moins 138 jours en CDD ou en intérim en 2019, mais qui n’ont pas pu travailler suffisamment en 2020 pour recharger leurs droits à l’assurance-chômage à cause de l’assurance sanitaire.

Les mesures et les dispositifs s’accumulent, face à la détresse de la jeunesse et des plus démuni·es. À tel point que le revenu universel, proposition phare du candidat Benoît Hamon en 2017, revient dans le débat. Entre mécanismes de revenus garanti et fléchage vers l’emploi, l’exécutif devra trouver le juste équilibre.

Adam Belghiti Alaoui

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