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La faute au « minage », pilier du bitcoin.

Le marché des cryptomonnaies se démocratise. Porté par l’envol du bitcoin dont le cours n’a cessé d’empiler les records. Même si, pour l’heure, ce que l’on surnomme parfois « l’or numérique » vit quelques péripéties. Une tendance baissière qui pourrait se transformer en krach ? En outre, les cryptomonnaies – surtout le bitcoin – reposent sur un modèle énergivore. Qui devra forcément se transformer s’il souhaite se « verdir ». Explications.

Ces cryptomonnaies, pourtant virtuelles, ont un réel impact sur l’environnement. Le bitcoin, qui représentait 70 % de la capitalisation du marché des cryptomonnaies en février, rend une sale copie en matière d’empreinte carbone. Et pour cause, le fonctionnement du bitcoin provoque une empreinte carbone annuelle proche de celle de la Nouvelle-Zélande ! C’est principalement le principe sur lequel repose cette cryptomonnaie, le « Proof of work » qui se révèle pointé du doigt.

D’où vient cette voracité en énergie ?
En vue de parvenir à des opérations sécurisées et transparentes, la blockchain (chaîne de blocs) fait fonctionner un grand nombre de machines. Lesquelles mobilisent une consommation énergétique qui interroge. Sur le bitcoin, une étude de la revue Nature communications chiffre à 130 millions de tonnes de carbone ce qu’émettront annuellement en Chine les activités de « minage ». Soit une consommation énergétique de 296,59 térawattheures (TWh) — plus que celle de l’Italie ou de l’Arabie saoudite. Cette dépense d’énergie viendrait donc de ce « minage » au cours duquel une masse d’ordinateurs surveillent en permanence ce qui est écrit et consigné au sein de la blockchain. Puisque cette technnologie suit une logique d’autogestion.

Or, cette surveillance fonctionne d’autant plus qu’un système de récompenses a été mis en place pour motiver les mineurs. Intervient alors le « Proof of work », soit « la preuve de travail ». Un problème mathématique proposé aux ordinateurs qui surveillent la blockchain. Les « gagnants » bénéficient d’une récompense, de nouveaux jetons bitcoin. Mais « le coût écologique du bitcoin provient quasi exclusivement de ce concours de calcul, de cette « preuve de travail », estime Jean-Paul Delahaye, chercheur au Centre de recherche en informatique, signal et automatique de Lille (Cristal). Plus le cours du bitcoin augmentera, plus il attirera de nouveaux mineurs. Un cercle vicieux pour l’impact énergétique qui pourrait devenir insoutenable.

Les cryptomonnaies vers un accord sur le climat
Plusieurs acteurs privés se sont rapprochés en vue d’un accord sur le climat spécial cryptomonnaies. Lancé par l’Energie Web Foundation basée en Suisse et fondée par le think tank américain Rocky Mountain Institute (RMI). Pour l’épauler aussi, l’Alliance for Innovative Regulations (AIR), autre think tank en faveur des innovations technologiques dans la régulation du secteur financier. « Si l’on peut rendre le bitcoin vert, il sera plus simple et à moindre risque pour des organisations d’en acheter », plaide Jesse Morris, directeur commercial de l’Energy Web Foundation. D’autres acteurs de l’industrie des cryptomonnaies ont rejoint l’accord. Comme la firme américaine Ripple, qui avait conçu en 2012 un protocole de paiement et la cryptomonnaie du même nom.

Les objectifs de l’accord restent en cours de préparation et seront prêts d’ici à novembre 2021. Ils s’inspireront notamment de ce qui avait été fait lors de l’accord de Paris (COP 21). L’ethereum, la deuxième cryptomonnaie, songerait à délaisser le « Proof of work » au profit d’un système moins énergivore. Via le recours à un nombre moindre de processeurs. Malgré tout, certains spécialistes n’y croient pas.  Du moins pour le bitcoin. C’est le cas de l’économiste Alex de Vries : « Certaines choses ne peuvent pas être réglées » en référence au mécanisme du bitcoin, bien en place. Aussi parce qu’une culture d’extrême liberté règne sur les technologies blockchain. Un processus décentralisé qui attire, où les échanges se font – de façon anonyme – sans l’intermédiaire d’une banque. Ou d’un État. Mais l’industrie crypto devra sans doute se transformer si elle souhaite durer. Il en va de sa crédibilité.

GW

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