Le verbatim de… Philippe Askenazy, économiste du travail

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Philippe Askenazy est économiste du travail au CNRS. Il revient pour Ouest-France sur les hausses de salaires observées ces derniers temps.  

Au sein de certains secteurs, les salarié·es ont pris de plein fouet la crise covid-19. D’abord les travailleur·ses en première ligne, les fameux·ses « premier·ères de cordée », celles et ceux qui ont continué à faire tourner un pays quasi à l’arrêt. Et puis d’autres, comme les restaurateur·rices, les hôtelier·ères, les professionnel·les de l’événementiel, etc. Mais, une fois l’orage passé – tout de même très contenu en raison du soutien de l’État et son « quoi qu’il en coûte » – ce n’est pas tant la question du chômage qui s’est posée, ou même la faillite des entreprises, mais bien celle des hausses de salaires.

Le débat sur les revalorisations salariales a pris d’autant plus d’ampleur que l’inflation sévit en France – et en Europe. Dans ses dernières prévisions, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) prévoit un taux d’inflation à +2,8 %. Simple, du jamais vu depuis 2008. Les hausses de salaires constituent une des solutions pour augmenter le pouvoir d’achat et faire face à la hausse généralisée des prix. Encore faut-il qu’elles concernent tout le monde, et notamment celles et ceux qui en ont le plus besoin.

Pourquoi les revendications salariales reviennent-elles sur le devant de la scène ?

En premier lieu, le facteur qui est en jeu est la remontée de l’inflation. Les difficultés liées au pouvoir d’achat des travailleurs se traduisent par des revendications salariales, d’autant plus qu’il y a eu une hausse du salaire minimum en octobre qui a eu tendance à écraser par le bas la hiérarchie salariale.

Par ailleurs, les salariés voient que la situation des entreprises – qui ont été soutenues pendant la crise avec la politique du « quoi qu’il en coûte » – est relativement saine aujourd’hui, que les cotations des grandes entreprises atteignent des niveaux records…

Enfin, il y a des tensions sur certains métiers. Avec, d’un côté, des entreprises comme dans l’hôtellerie-restauration qui ont besoin d’attirer et, de l’autre – en particulier dans les métiers du numérique qui requièrent un certain type de qualifications – des salariés qui vont réclamer des augmentations salariales sous peine de partir à la concurrence. C’est d’ailleurs là que les augmentations sont les plus spectaculaires.

Les « travailleurs de la première ligne  »​, ceux qui ont été particulièrement exposés au plus fort de la crise sanitaire, ont-ils vraiment pu bénéficier de la « prime Macron » ​ou de hausses de salaires ?

Non, il n’y a pas de souffle particulier pour ces professions de « première » ou « deuxième ligne »​, la reconnaissance s’est arrêtée là. On commence à avoir un peu de recul : la prime Macron a été plutôt donnée au sein de grandes entreprises, mais il y a eu certains effets d’aubaine, avec d’autres éléments salariaux qui ont pu être diminués en contrepartie.

La raison est aussi structurelle : ces salariés ont un faible pouvoir de négociation individuelle et il y a une très faible négociation collective au sein de ces entreprises. Pourtant, les travaux d’économistes montrent qu’ils ont été victimes de la crise de la covid, avec une surexposition au risque pour eux et leurs familles : la surmortalité des personnes âgées en Seine-Saint-Denis, ce sont les décès des parents de ces travailleurs.

En France, la question de la réparation de cette prise de risques a été plutôt prise en compte par la société que par leurs employeurs, avec l’augmentation de la prime d’activité ou les 100 euros de la prime pouvoir d’achat ​débloqués par le gouvernement.

Retrouvez l’intégralité de l’entretien sur le site de Ouest-France

Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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