Le verbatim de… Mounia Hocine, enseignante-chercheure au Cnam

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Mounia Hocine est enseignante-chercheure en prévention des risques sanitaires au Cnam. Pour elle, la santé au travail est un enjeu national.

« La dégradation de la santé mentale des travailleurs représente donc un fardeau économique et sanitaire majeur qui ne cesse d’augmenter, et qui place la lutte contre les risques psychosociaux en tête des défis de demain », la chercheure Mounia Hocine insiste pour mettre au premier plan, en tant qu’enjeu national, la santé au travail. Laquelle ne se réduit pas aux accidents du travail physiques mais s’étend jusqu’à la prévention des risques psychosociaux.

En 2018, le baromètre intitulé « Travail et santé psychique » révélait qu’un·e salarié·e sur cinq souffrait de troubles psychiques. Et encore nous étions encore étranger·ères à la pandémie covid-19. La situation s’est sans doute aggravée depuis. Les entreprises ont tout intérêt à prendre au sérieux les risques psychosociaux – au même titre que les pépins physiques – car des salarié·es qui n’ont pas le moral sont logiquement moins productif·ves. Dans ce sens, ÉcoRéseau Business prépare, pour son prochain numéro qui paraîtra au cours du mois de décembre, un dossier sur le burn out, ces salarié·es qui se consument de l’intérieur. Là aussi, l’enjeu est national.

Si le moral se dégrade, les dommages congruents sont souvent multiples : mal-être, perte de motivation, anxiété, voire dépression. Mais les répercussions ne s’arrêtent pas là : quel individu, si exceptionnel soit-il, est capable de préserver (voire renforcer) sa santé physique lorsque son pendant gémellaire, la santé psychique, lui fait défaut ? Peu de gens, en réalité.

Lorsque la santé mentale est tourmentée, les conséquences vont également être sociétales – elles vont affecter l’entourage familial et professionnel – mais aussi économiques – elles augmentent la sinistralité des entreprises (absentéisme, présentéisme, turnover, etc.) et les dépenses en soins.

La dégradation de la santé mentale des travailleurs représente donc un fardeau économique et sanitaire majeur qui ne cesse d’augmenter, et qui place la lutte contre les risques psychosociaux en tête des défis de demain.

Lorsque les résultats du baromètre « Travail et santé psychique » de la Fondation Pierre Deniker ont été publiés en novembre 2018, nul n’aurait pu prédire à quel point nos vies allaient être bouleversées par une pandémie mondiale, un an plus tard. Et pourtant, déjà à l’époque, le constat clé du baromètre était sans appel : « Un salarié sur cinq en France souffre de troubles psychiques. Et que le déséquilibre vie privée/vie professionnelle, le manque de soutien et de reconnaissance au travail en sont les principales causes. »

La santé au travail vient d’être propulsée au sommet des préoccupations des dirigeants, économiques comme politiques. Sous la forme d’une nouvelle loi, celle du 2 août 2021. Un texte qui vient rappeler (et renforcer) les obligations légales de l’employeur pour préserver la santé mentale de ses salariés. Une nouvelle ère s’ouvre donc : plus de culture de ce qui est acceptable ou non, mais une approche pragmatique, et finalement plus positive pour tous les protagonistes.

D’ailleurs, il suffit de se poser la question suivante pour être convaincu que les choses doivent évoluer encore plus vite : « En quoi une chute devrait être considérée comme plus légitime/urgente pour un soin ou un arrêt de travail que la mise en place d’une action de prévention par rapport à une santé psychique défaillante ? » ​Personne n’est blâmé à cause d’une entorse, mais un mauvais état psychique reste préjudiciable pour le salarié. Ce déni est encore trop répandu en France, ce qui constitue un frein majeur pour le passage à l’action. Les entreprises et les pouvoirs publics doivent œuvrer davantage pour rattraper le retard et stopper la progression inquiétante de ce phénomène.

Retrouvez l’intégralité du point de vue de Mounia Hocine sur le site de Ouest-France

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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