Des fruits et légumes en barquette carton ou en vrac, mais sans plastique

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L’économie circulaire se met en place en France, mais en laissant tout le temps à la distribution et aux industriels de se sevrer d’un plastique étouffant.

C’est le grand ennemi et la grande menace, l’ennemi public n°1 sur toute la planète, le plastique. Depuis la fin du xixe siècle et l’avènement du plastique synthétique, cette matière de matériaux polymères que l’industrie a savamment mélangés à des substances miscibles ou non dans la matrice polymère, était pourtant le contenant miracle, l’emballage par excellence. Il est aujourd’hui le poison qui menace toute la biodiversité, humain compris. Le plastique s’insinue partout, de la banquise aux sources profondes. Il constitue un 7e continent dans les océans, fragmenté en plusieurs « soupes » : dans le nord et le sud du Pacifique, le nord et le sud de l’océan Atlantique et dans l’océan Indien. Avec un agrégat majeur, dans le nord-est de l’océan Pacifique, entre la Californie et l’archipel d’Hawaï, mis en évidence en 1997. Il rassemble des déchets plastiques sur 1,6 million de km²… La grève des éboueurs à Marseille et les confinements en montré à quel point il constitue le composant majeur d’une pollution extrême des bois et des plages de la cité, contre laquelle luttent une poignée de plongeur·ses et de ramasseur·ses. Mais tous les littoraux sont devenus le réceptacle final de ces coulées de plastiques qui échappent au recyclage (lire encadré).

1er janvier 2022, des fruits et légumes débarrassés de leurs emballages plastifiés ou du cellophane
Outre la réalité des ravages causés par les polymères bourrés d’additifs de ces matériaux adaptés à tous les besoins imaginables, les médias ont une raison d’en évoquer l’actualité : la confirmation de l’interdiction du plastique jetable en guise d’emballage le 1er janvier 2022 pour les pommes sous cellophane, les poivrons en sachets et les carottes en barquettes et la plupart des fruits et légumes (une trentaine). Soit 37 % de légumes et de fruits aujourd’hui vendus emballés, dont la moitié sous plastique. C’est pour la grande distribution le début du vrac, comme le pratiquent la plupart des magasins dits « bio ». Une remise en cause de filières industrielles de production, mais pour la grande distribution une belle économie, à investir dans le papier et le carton. Et pour les consommateur·rices, une rééducation aux contenants réutilisables à apporter. Les distributeurs en infraction s’exposent, à partir du 1er janvier, à des amendes jusqu’à 15 000 euros, une somme qui ne devrait inquiéter que les petits commerçants. Tous les distributeurs « bénéficient » pourtant d’une exception : les fruits fragiles – fraises, framboises ou abricots – échappent à l’interdiction de l’emballage plastique jusqu’en… 2026. Un moratoire qui désole, entre autres, France nature environnement et nombre de militants écologistes. Sa porte-parole, Laura Chiron, déplore sur France Info hier 11 octobre, un programme jugé trop lent, trop reporté. « 2026, c’est beaucoup trop loin », dit-elle, quand on devrait en France avoir accéléré depuis longtemps le calendrier d’interdiction du plastique. Lequel, au surplus, selon elle, retient à la surface davantage le virus de la covid que le papier ou le carton. Les distributeurs, redoutent, eux, d’avoir à cacher leurs produits, et par conséquent craignent des ventes amoindries, piètre réserve face aux enjeux.

Le grand et lent programme de « déplastification » n’a commencé en France qu’en 2016, par étapes. Il ne devrait aboutir à la disparition de tout le plastique jetable qu’en 2040 seulement.

Le plan France contre le plastique : objectif 2040 !
Des objectifs répartis sur quatre périodes, 2021-2025, 2025-2030, 2030-2035, 2035-2040. À l’évidence, de cinq en cinq ans, la France prend tout son temps pour se débarrasser du plastique jetable. Encore fait-elle partie des pays les plus programmés dans l’Union européenne : la loi européenne d’interdiction de la vente d’objets en plastique à usage unique n’est appliquée, pour l’heure, que par une poignée d’États membres. La Roumanie ou la Pologne ont d’ores et déjà affirmé ne pas vouloir en tenir compte !
Dans le détail, le premier « décret 3R » de la loi Anti-gaspillage et pour une économie circulaire (Agec), 3R pour Réduction, Réemploi et Recyclage, fixe à 20 % la réduction des emballages plastiques à usage unique d’ici à la fin 2025, « dont au minimum la moitié obtenue par recours au réemploi et à la réutilisation ». Mais à 100 % les emballages en plastique à usage unique réputés à juste titre « inutiles », les blisters autour des piles et des ampoules. D’ici à 2025 toujours, il s’agit que 100 % des emballages en plastique à usage unique soient recyclables, « ne perturbent pas les chaînes de tri ou de recyclage, ne comportent pas de substances ou éléments susceptibles de limiter l’utilisation du matériau recyclé ». Dans la foulée, est interdite depuis le 1er janvier 2021 « la distribution gratuite des bouteilles en plastique dans les établissements recevant du public ou dans les locaux professionnels ». Les événements festifs, culturels ou sportifs « ne pourront plus imposer l’utilisation de bouteilles en plastique ». Idem, plus de confettis en plastique depuis le 1er janvier 2021. Parmi les autres obligations plus ou moins observées :

  • Des bacs de tri dans les supermarchés. Ils permettront de collecter les emballages achetés après passage en caisse.
  • Interdiction des boîtes en polystyrène expansé.
  • Interdiction de la fabrication et l’importation de sacs en plastique à usage unique.

Ce qui entre en vigueur au 1er janvier 2022
Le 1er janvier 2022, le suremballage plastique des fruits et légumes frais de moins de 1,5 kg ne sera pas le seul banni. Parmi la kyrielle des obligations :

  • Les établissements recevant du public devront proposer au moins une fontaine d’eau potable.
  • Les publications de presse et les publicités seront expédiées sans emballage plastique.
  • Les sachets de thé et de tisane en plastique non biodégradable seront interdits à la vente.
  • Les jouets en plastique gratuits distribués aux enfants dans certains restaurants, interdits.

Tout comme l’étiquetage direct sur les fruits ou les légumes sera prohibé, à moins que lesdites étiquettes ne soient compostables et constituées en tout ou partie de matières biosourcées.

Et bien sûr, l’État n’achètera plus de plastiques à usage unique – lieux de travail ou événements. OM

Les chiffres hallucinants de la grande invasion du plasticus

Plastique, « du latin plasticus, explique Wikipedia, lui-même issu du grec ancien πλαστικός, plastikós, “relatif au modelage”, dérivé du verbe πλάσσειν, plássein, “mouler, former”, dont dérive aussi le mot plasma ».

• 1950 : la production de la matière nouvelle issue principalement du pétrole pèse 1 tonne par an.

• 2000 : 200 millions de tonnes par an.

• 2020 : 400 millions de tonnes par an (600 millions en 2030).

On en recycle seulement 9 %, on en incinère 12 %. Les 7 milliards de tonnes restantes (79 %) partent en décharges, dans les canalisations, en pleine nature, dans les mers et les océans…

  • Emballages : 1/3 de la production.
  • Union européenne : + 1 milliard d’emballages par an (nourriture et boissons).

• 1 million de bouteilles plastiques produites par minute, près de 500 milliards par an, la plupart non recyclées.

  • Production de bouteilles en plastique par Coca-Cola : 88 millions par an.
    • 16 milliards de tasses à café jetables par an.
  • 5 billions de sacs en plastique, autrement dit 5 000 milliards par an.
  • 36 milliards de « pailles ».
  • 66,6 kg de déchets plastiques produits par personne et par an en France, soit 4,5 millions de tonnes de déchets plastiques (55 % des emballages en France).
  • 10 millions de tonnes de déchets rejetés dans la mer chaque année dont 75 % en plastique. Dans la Méditerranée, 600 000 tonnes (3 280 Boeing 747).

• 86 millions de tonnes de déchets plastiques dans la mer, mais seulement 0,5 % à la surface de l’eau, 39 % entre le fond et la surface ou dans les profondeurs en haute mer. 33,7 % sur les côtes et les fonds marins et 26,8 % dans les eaux côtières. Tout ce plastique se désagrège en particules microplastiques, ingérées par les espèces vivantes.

• Plus d’1 million d’oiseaux en meurent. Plus de 600 organismes marins et 135 000 mammifères marins.

• La production et l’incinération du plastique sont responsables de l’émission de 400 millions de tonnes de CO2 dans le monde chaque année. Source : JobSense.

1 COMMENTAIRE

  1. cette interdiction n’est pas trop tôt pour des objets jetables aisément substituables ! , c’est vraiment une bonne nouvelle, car il faut en effet prendre en compte que les plastifiants, les phtalates sont des perturbateurs endocriniens : » prévention des risques des perturbateurs endocriniens » : http://www.officiel-prevention.com/protections-collectives-organisation-ergonomie/risque-chimique/detail_dossier_CHSCT.php?rub=38&ssrub=69&dossid=507

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