Apprentissage : ce qu’il faut savoir pour éviter une catastrophe annoncée

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Une tribune cosignée par la CDEFM (Conférence des directeurs d’écoles françaises de management) et le BNEM (Bureau national des étudiants en école de management).

« La loi pour la liberté de choisir son avenir professionnel constitue l’acte II de l’engagement présidentiel de rénovation profonde de notre modèle social. Elle porte l’ambition que chacun puisse se réaliser dans sa vie professionnelle. Pour y arriver, il faut lever les freins et les discriminations persistantes dans notre pays et se donner les moyens de créer cet espace d’émancipation qui permettra à nos concitoyens de choisir librement leur avenir professionnel » annonçait en 2018 Muriel Pénicaud, alors ministre du Travail. Trois ans après, qu’en a-t-on fait ? De quelle liberté parle-t-on exactement ?

À l’heure où le gouvernement souhaite ouvrir davantage l’apprentissage et où l’enseignement supérieur porte la croissance de ce dispositif qui connaît aujourd’hui un attrait sans précédent auprès des entreprises et des étudiants, France Compétences organise une baisse de son niveau de financement dans les écoles.

L’apprentissage est au cœur de l’ouverture sociale des Grandes écoles, auxquelles on reproche en outre de recruter une trop grande proportion d’étudiants issus des milieux les plus favorisés. Il est au cœur du maintien de la compétitivité de la France, et du développement des territoires, en ce qu’il permet aux TPE et PME d’accéder aux compétences de nos étudiants et jeunes diplômés.

Abaisser la prise en charge des coûts
Alors que les écoles de management et le Bureau national des élèves en école de management (BNEM) renforcent leur collaboration pour accompagner davantage encore les jeunes les moins favorisés et offrir un accès plus large aux Grandes écoles, France Compétences met un coup d’arrêt à cette volonté collective d’œuvrer à la promotion de la diversité sociale dans nos écoles en engageant une démarche souvent opaque qui vise à baisser la prise en charge des coûts supportés par nos écoles pour développer l’apprentissage, voire à proposer des prises en charge différentes pour des programmes identiques dans une même région. Le manque de lisibilité des décisions et des modes de calcul qui risquent d’aboutir à des résultats inéquitables par diplôme et par établissement laissent dubitatif quant aux objectifs de France Compétences. N’oublions pas que malgré des subventions publiques très faibles et en voie de disparition, les Grandes écoles de management sont un étendard de l’excellence française à l’international.

S’agit-il par ces choix de favoriser tel territoire aux dépens de tel autre ? L’apprentissage est-il l’otage d’un processus de décision visant à le supprimer petit à petit de la formation dans les Grandes écoles de management ?

Un recrutement d’apprentis plus coûteux pour les TPE/PME
France Compétences a été créé avec l’ambition d’améliorer l’efficacité du marché de la formation professionnelle et de l’apprentissage. Or, la baisse de la prise en charge des coûts contrats écartera de fait tous les jeunes qui n’auront pas les moyens de financer leurs études. Au final, les moyens employés n’aboutiront assurément pas à atteindre l’objectif affiché par cette loi.

Plusieurs milliers de jeunes, parmi les plus défavorisé·es, seront éloigné·es de la poursuite d’études dans les Grandes écoles de management. C’est une évolution sociétale que nous ne pouvons pas nous résoudre à accepter.

Il en va également des territoires. Comment les écoles de management pourront-elles continuer à garantir un bon maillage avec leur territoire alors que le développement des formations en alternance est menacé ? Comment les TPE et les PME, déjà fortement impactées par la crise, pourront-elles supporter l’augmentation de la charge financière qui leur sera demandée pour recruter un apprenti ? À l’heure même où la concurrence mondiale est exacerbée, pourront-elles rester compétitives sur leur territoire comme à l’international si elles doivent se priver des compétences des jeunes diplômé·es des écoles de management alors que les grandes entreprises pourront continuer d’en bénéficier ?

La démarche engagée contribuera inévitablement à créer une France à deux vitesses, ce qui agrandira les fractures tant sociales que territoriales.

Appel à France Compétences
Afin d’être un acteur d’un avenir plus inclusif pour nos jeunes générations et pour nos entreprises, nous vous remercions, Mesdames et Messieurs, chères et chers membres de France Compétences, de prendre en considération tous ces éléments lorsque vous vous réunirez pour décider de la prise en charge des coûts contrats. Nous restons disponibles pour travailler ensemble, avec vous, afin de trouver une solution qui concilie la poursuite de l’ouverture sociale de nos établissements et l’évolution de l’apprentissage. C’est de l’avenir des jeunes et du développement des territoires qu’il s’agit.

Les membres de la Conférence des directeurs des écoles françaises de management
Les étudiants du Bureau national des étudiants en école de management

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