Une COP de plus et nous ne sommes pas plus avancés…

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Geoffrey Wetzel,
journaliste-chef de service

Est-il réellement judicieux de confier la relève d’un défi aussi sérieux que le réchauffement climatique à des conférences sur le climat (COP) ?

« Nous devons drastiquement réduire les émissions maintenant et c’est une question à laquelle cette COP n’a pas répondu », dixit le secrétaire général des Nations unies Antonio Guterres. Embêtant. Car c’est précisément pour cette raison que s’organisent, année après année, les fameuses COP. La 27e édition, tenue à Charm el-Cheikh (Égypte), a pourtant joué les prolongations – une des conférences les plus longues de l’histoire après plus de deux semaines de débat. Mais, à l’arrivée, elle non plus n’a pas rempli sa mission.

À l’instar de l’ONU, l’Union européenne n’a pas caché sa déception : « Ce que nous avons là, c’est un pas en avant trop court pour les habitants de la planète. Il ne fournit pas assez d’efforts supplémentaires de la part des principaux émetteurs pour augmenter et accélérer leurs réductions d’émissions », a conclu le vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans. Une fois de plus, le climat patientera. Même si la volonté de maintenir le réchauffement à 1,5 degré par rapport à l’ère préindustrielle (Accord de Paris de 2015) est reconduite. Sur le papier seulement. Car dans les faits, les engagements actuels des pays signataires de l’accord ne permettent pas de tenir cet objectif, ni même celui de contenir l’élévation de la température à +2 degrés. Ce serait davantage +2,4 degrés, au mieux, sinon jusqu’à +2,8 degrés de plus à la fin du siècle.

À titre de comparaison, à un peu plus d’1 degré actuellement par rapport à l’ère préindustrielle : nous empilons les catastrophes naturelles, sécheresses, canicules, mégafeux, inondations, etc. Nous avons vécu un été 2022 témoin. Une version soft de ce qui arrivera en 2030, en 2040… soit demain. Finalement, à quoi servent ces COP si elles restent hermétiques à la réalité ? « On passe son temps à essayer d’arriver à quelque chose qui satisfasse tout le monde […] Une COP, c’est énormément de discussions pour finir par arriver à un texte qui est souvent, malheureusement, une déclaration d’intention », résume plutôt bien Jean-Marc Jancovici, président du Shift Project. Notamment parce que les décisions se prennent à l’unanimité.

Bref une COP, c’est le moment où l’on philosophe sur le réchauffement climatique, l’on débat sur les façons de polluer toujours mais un peu moins, un rendez-vous où l’on n’oblige personne à rien. Où in fine aucun acteur n’agit vraiment. Dans le même temps, les Français doivent trier leurs poubelles, rouler à l’électrique, ne pas abuser de la clim, maintenir leur chauffage à 19 degrés, porter des cols roulés. Et c’est tant mieux me direz-vous. Sans doute, mais cette France, même sobre, ne pèse pas grand-chose dans cet océan de la démesure dans lequel baignent un certain nombre de pays – vous les reconnaîtrez.

Plus personne ne croit vraiment à ces COP. Même Greta Thunberg, la jeune suédoise papesse de l’écologie, n’a pas fait le déplacement. Je vous le dis, ces conférences-là vieillissent mal. Heureusement, un accord a tout de même été conclu lors de cet événement : un fonds spécifique dédié aux pays les plus pauvres, principales victimes du réchauffement climatique. Dit autrement, les pays riches continueront à polluer, mais ils compenseront, financièrement, les dommages qu’ils causent et causeront toujours à l’égard des plus pauvres. Polluer, oui, à condition de payer.

Une COP de plus et nous ne sommes pas plus avancés. « Greenwashing », lance-t-on généralement aux multinationales qui se comportent de la sorte. Comme Coca-Cola, notamment, justement sponsor de cette COP 27. Un spectacle bien ridicule. Organisez une conférence sur le climat à Dubaï et la boucle sera bouclée… la COP 28 par exemple ?

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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