Un vent de liberté(s)

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Geoffrey Wetzel,
journaliste-chef de service

Les autocraties ? des colosses aux pieds d’argile. En Chine, on croyait Xi Jinping tout puissant, imperturbable. Mais face à un peuple en quête de liberté, même le président de la République populaire de Chine peut vaciller et assouplir son emprise. Et c’est tant mieux.

« Il y en a marre des codes sanitaires », « non aux confinements, nous voulons la liberté », « Parti communiste chinois, retire-toi » ou encore « Xi Jinping, démissionne ! ». Voilà quelques semaines que le peuple chinois se rebelle – à Pékin, Shanghai ou Canton – rarissime dans le pays de tonton Xi. En cause, les restrictions drastiques et absurdes imposées par le gouvernement pour faire face à la pandémie covid-19. Une folie sanitaire responsable de drames humains, dix morts, dans l’extrême ouest de la Chine, à Urumqi, où les pompiers ont eu du mal à accéder à un immeuble en feu en raison du verrouillage de certains quartiers – il arrive que certaines résidences soient complètement confinées dès lors qu’un seul cas covid apparaît. Oui, parfois, le remède est bien pire que le mal. La politique « zéro covid » a assez duré.

La société chinoise, une cocotte-minute qui a explosé. D’autant plus en pleine Coupe du monde au Qatar, événement très suivi en Chine, où les masques brillent par leur absence dans des gradins à l’ambiance festive. « Vivons-nous sur une autre planète ? Est-ce la Chine qui se coupe du reste du monde ou le reste du monde qui ne veut plus de la Chine ? », lit-on sur les réseaux sociaux. Avant que les messages ne soient censurés. Depuis, les caméras chinoises restent braquées sur le terrain, les joueurs, plus que le spectacle des tribunes.

Jamais bon lorsqu’un peuple se sent trahi. Lorsque le message d’un chef s’effrite. On le sait, une dictature repose avant tout sur une personnalité. Un homme à qui l’on reconnait toutes les qualités. Un modèle, un exemple, une figure charismatique. Xi Jinping n’est plus tout cela… résultat, les aspirations à un autre type de régime se multiplient.

Affaibli, Xi Jinping préfère, d’abord, esquiver le malaise. Et parler des autres. Fin novembre, le chef du Parti communiste chinois exprimait ses condoléances à la Télévision centrale au peuple des Îles Salomon, l’archipel a fait face à un séisme ravageur – même si à l’arrivée le tremblement de terre n’a causé aucun décès. Quelques jours plus tard, les médias officiels chinois, donc Xi Jinping, insistait sur le don de 100 millions de dollars à Cuba, excellent partenaire commercial, pour que le pays puisse faire face à la crise économique qu’il traverse avec le renforcement de l’embargo américain.

Après la phase de l’indifférence, et face à des manifestants plus que jamais déterminés, Xi Jinping joue l’apaisement. Et davantage de « souplesse » dans la politique covid mise en place. Le président du Conseil européen Charles Michel, en visite récente à Pékin, explique : si les protestations existent, selon les propos qu’il a recueillis de Xi Jinping, c’est parce que les « gens sont frustrés », essentiellement des étudiants. Même s’il minimise la révolte, le président chinois ne prend pas le risque de s’exposer à une rébellion plus insistante, comprenez une révolution. Il justifiera une politique plus souple par le caractère moins mortel du variant Omicron. Un dictateur n’admet pas le pouvoir d’un peuple à se faire entendre. Et pourtant, si un régime autoritaire lâche du lest, c’est qu’il en est contraint.

Partout dans le monde, les dictatures s’enrhument. Les autocraties se fragilisent. Vladimir Poutine, qui voulait sa blitzkrieg – guerre éclair – en Ukraine, essuie une défaite militaire à l’est de l’Europe, dans une guerre qui dure depuis près d’un an. Même si, évidemment, les soldats ukrainiens bénéficient des ressources matérielles envoyées par l’Otan. Sur les terres iraniennes, les femmes, d’abord, puis les hommes, se rebiffent contre les musulmans fanatiques au pouvoir – notamment après la mort de la jeune kurde Mahsa Amini, arrêtée par la police des mœurs pour avoir enfreint le code vestimentaire. Face aux protestations, l’Iran a annoncé l’abolition de cette police des mœurs. L’on verra les applications réelles avec le temps, mais ces assouplissements montrent que ces dictatures-là sont bel et bien malades.

Un vent de liberté(s) souffle à travers le globe. « Rien n’est plus contagieux que la liberté », écrivait l’auteur français Christian Bobin.

Journaliste-Chef de service rédactionnel. Formé en Sorbonne – soit la preuve vivante qu'il ne faut pas « nécessairement » passer par une école de journalisme pour exercer le métier ! Journaliste économique (entreprises, macroéconomie, management, franchise...). Friand de football et politiquement égaré.

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