Un pays faussement guéri qui se donne des banderilles

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Entre 5 ans d’un pouvoir établi qui risquait de s’endormir sur ses lauriers et 5 ans d’une vie parlementaire plus représentative des Français·es et forcément plus agressive et plus exigeante, les votant·es ont choisi le coup de pied aux fesses.

Olivier Magnan, rédacteur en chef

Le vaisseau France entre donc dans le gros temps. Et doit mobiliser ses forces.

Tout comme le bouleversement climatique commence à générer des tempêtes et allumer des incendies, la République française renoue avec les remous politiques et les tourmentes parlementaires : avant même la fatidique règle du silence médiatique jusqu’à 20 heures qui interdit aux journalistes d’annoncer les premiers résultats, les médias, grâce à la Belgique qui n’a pas à respecter cette règle, savaient dès 19 heures que le président n’aurait pas de majorité absolue. Les chiffres qui tombent après 20 heures consacrent la recomposition : environ 131 élu·es pour la Nupes – France Insoumise, 72 élu·es, PS, 24, PC, 12, EELV, 23 –, 245 pour la majorité présidentielle – Ensemble ! avatar amaigri de La République en Marche, triomphale en 2017, 154 élu·es, Modem, 48, Horizons 27. [chiffres mis à jour]

Il s’agit d’abord de rappeler la nouvelle donne sous la forme d’un résumé chiffré :

  • Majorité absolue refusée : il aurait fallu 289 élus au parti du président réélu pour que le quinquennat à venir soit pour Emmanuel Macron, sinon une sinécure, au moins un boulevard parlementaire. Avec quelque 245 député·es, il n’est pas certain que ses grandes réformes et ses choix budgétaires soient systématiquement votés sans recours à ses alliés (Modem et Horizons, le parti d’Édouard Philippe totalisent 75 sièges), sans concessions aux Républicains (grand perdant avec 61 sièges), voire sans recours (limité) au 49.3.
  • La France bascule dans une majorité relative qui constitue une véritable claque pour le président réélu, mais aussi une déception pour La France Insoumise augmentée qui espérait bien plus que ces quelque 131 sièges (la seule France Insoumise n’aligne que 72 député·es).
  • Le Rassemblement national est à peu près le seul parti à tirer profit de ces élections tourmentées avec 89 sièges, groupe supérieur aux Républicains (61 élu·es). Une logique électorale : Marine le Pen fut quand même la finaliste de la présidentielle.
  • Enfin, dans les rangs des ministres candidat·es, c’est en partie la débandade. Première ministre tout juste réélue, forcément en sursis, ministre de la Santé récusée, ministre de la transition écologie oubliée, ministre de la Mer battue, président de l’assemblée désavoué, président de groupe parlementaire blackboulé.

Les Français·es que l’on dit passionnés·es par la politique ont décidé de ne rien simplifier en fracturant la stabilité des cinq années passées, comme s’ils et elles sortaient d’une crise majeure en fustigeant une macronie qui les avaient protégés, qui les avaient mis sous bulle. Comme si les électeur·rices n’étaient pas dupes, comme si le formidable pouvoir apparemment redonné à Emmanuel Macron n’était au mieux qu’une réaction binaire antirassemblement national.

Le président réélu va gouverner sur un volcan, sous les huées, les provocations et les votes de la Nupes (qui aura pourtant fort à faire pour rester unie), sous les attaques galvanisées du Rassemblement national, alors même que les Républicains fantômes et les petits partis alliés – Modem, Horizons – auront du mal à ne pas user d’un mégaphone pour couvrir les vociférations d’une opposition galvanisée.

Il faut désormais à ce pays avancer dans une nouvelle forme de cohabitation parlementaire voulue par moins de la moitié du corps électoral. Avant de crier à l’ingouvernable et craindre les réformes impossibles, peut-être faut-il se réjouir de la réaction obligée d’une majorité acculée qui devra sortir de son confort et convaincre : demain, la transition énergétique sera avant tout une transition politique. Ce gouvernement doit plus que jamais limiter la catastrophe écologique, sauf à se faire rappeler à ses devoirs par une opposition forte.

Quand, à 21 heures, le décidément indispensable Bruno le Maire dresse la perspective d’une politique gouvernementale ouverte et plus audacieuse, réveillée sous les banderilles, le ministre de l’Économie délivre, d’un calme olympien, un signal positif rassurant. Il estime que la majorité devra se sublimer pour mériter ce qui reste sa légitimité. Futur Premier ministre ou pas, Le Maire se positionne clairement comme futur candidat crédible à la présidentielle de 2027…

Le doyen de la tribu. Ai connu la composition chaude avant de créer la 1re revue consacrée au Macintosh d'Apple (1985). Passé mon temps à créer ou reformuler des magazines, à écrire des livres et à en traduire d'autres. Ai enseigné le journalisme. Professe l'écriture inclusive à la grande fureur des tout contre. Observateur des mœurs politiques et du devenir d'un monde entré dans le grand réchauffement...

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